RIEN N'EST BEAU QUE LE VRAI
Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul estaimable : Il doit régner partout , et même dans la fable. De toute fiction l'adroite fausseté Ne tend qu'à faire aux yeux briller la vérité.
C'est la nature en tout qu'on admire et qu'on aime. Un esprit né chagrin plaît par son chagrin même. Chacun pris dans son air est agréable en soi : Ce n'est que l'air d'aulrui qui peut déplaire en moi.
Vois-tu cet importun que tout le monde évite, Ccthommeàloujours fuir, qui jamais ne vousquille? 11 n'est pas sans esprit; mais né triste et pesant, If veut être folâtre, évaporé, plaisant:
i Cardan , médecin ci mathématicien né à Paris, en 1502, K}l>n en 1576, fut plutôt un sophiste qu'un philosophe. Ses ouvraçes ont été réunis cl publiés à Lyon en ICG3. Spinosa, w îmis célcfcre «les athées modernes, né en 1032, mort
Il s'est fait de sa joie une loi nécessaire,
Et ne déplaît enfin que pour vouloir trop plaire»
La simplicité plaît, sans élude et sans art.
Tout charme en un enfant, dont la langue sans fani,
A peine du filet encor débarrassée,
Sait d'un air innocent bégayer sa pensée.
L'ignorance vaut mieux qu'un savoir affecté;
Rien n'est beau , je reviens , que par la vérité.
C'est par elle qu'onplaîtetqu'onpeutlongter.ips plaire;
L'esprit lasse aisément, si le cœur n'est sincère.
Mais la seule vertu peut souffrir la clarté. Le vice, toujours sombre, aime l'obscurité : Pour paraître au grand jour, il faut qu'il se déguise; C'est lui qui de nos mœurs a banni la franchise. Jadis l'homme vivait au travail occupé, Et, ne trompant jamais, n'était jamais trompé. On ne connaissait point la ruse et l'imposture; Le Normand même alors ignorait le parjure. Aucun rhéteur encore, arrangeant les discours , N'avait d'un art menteur enseigné les détours. Mais sitôt qu'aux humains, faciles à séduire. L'abondance eut donné le loisir de se nuire , La mollesse amena la fausse vanité; Chacun chercha pour plaire un visage emprunlo. Pour éblouir les yeux , la fortune arrogante Affecta d'étaler une pompe insolente :
L'or éclata partout sur les riches habits; On polit l'émeraude , on tailla le rubis; Et la laine et la soie en cent façons nouvelle.! Apprirent à quitter leurs couleurs naturelles. La trop courte beauté monta sur des patins, La coquette tendit ses lacs tous les matins; Et, mettant la céruse et le plâtre en usage, Composa de sa main les fleurs de son visage» L'ardeur de s'enrichir chassa la bonne foi. Le courtisan n'eut plus de sentiment à soi. Tout ne fut plus que fard, qu'erreur, que tromperie On vit partout régner la basse flatterie. Le Parnasse surtout, fécond en imposteurs, Diffama le papier par ses propos menteurs 2.
boileau, Épître m