LE FRANC DE POMPICNAN
INFLUENCE t>'UN BON OU D'UN MAUVAIS GOUVERNEMENT.
Sous un prince adoré, tout fleurit, tout prospère; S'il commande en monarque, il administre en père. Il aide ses sujets dans les jouis de malheurs; Économe attentif de ses biens et des leurs,
* » Rufay, botaniste célèbre , né a Paris en 1G98, mon *Jen 173U, fut le premier directeur spécial du Jardin des ïlaulcs. mitron lui succéda. (N. E.)
Ardent à les venger, sr quelqu'un les opprime, Lui-même apprend aux rois cette sainte maxime : Que les dons , les tributs , fruits de tant de soupirs , Sont faits pour les besoins, et non pour les plaisirs.
Loin des yeux;, loin du cœur d'an monarque sensible, Les tableaux douloureux, le spectacle terrible Des maux, de la misère, et du long désespoir De tant d'infortunés soumis à son pouvoir! Ou plutôt olfrons-lui ces touchantes images : Des mortels abrutis et devenus sauvages; Des familles en pleurs importunant les cioux; Des pays autrefois peuplés, industrieux, Où l'art du laboureur, ce premier art des hommes, Cet artqui nous l'ait vivre, injustes que nous sommes, Cet art que tant de rois ont honoré, chéri, Est par un vil service indignement flétri ; Des vallons, des coteaux, et des plaines fertiles, Où le cultivateur qui de ses mains utiles A conduit la charrue et manié la faux, Ne trouve que la faim au bout de ses travaux ; Des domaines entiers sans maître et sans culture, Des bois et des sillons pleins d'une bourbe impure; Des chemins effacés, des villages détruits, Et des prés sans herbage, et des vergers sans fruits; Des murs abandonnés, où, parmi les reptiles, Des troupeaux sans pasteurs, des vieillards sans asiles, Sont ensemble couchés sous des toits enlr'ouverts. Là de faibles enfants, victimes des hivers, Sous un ciel étranger suivent leur triste mère , Qui déplore avec eux le trépas de leur père. Ici l'épouse enceinte, au fort de ses douleurs, De l'extrême indigence éprouve les horreurs : Succombant aux besoins, autant qu'à son mal même. Elle lient dans ses bras le tendre époux qu'elle aime. Et qui de tout son sang voudrait la secourir, Le quitte avec regret, et meurt avec plaisir.
0 rois! l'ignorez-vous? Vos sujets sont vos frères; C'est à vous, à vous seuls d'adoucir leurs misères.
Qu'il est beau de régner surdes peuples nombreux! C'est la force du maître, il n'est grand que par eux. Un royaume désert est la honte du prince; La plus brillante cour vaut moins qu'une province. Un monarque éclairé porte au loin ses regards, Rend la vie et le zèle au peuple comme aux arts. Conduite par l'amour, sa douceur bienfaisante, Partout inépuisable, et partout agissante, Vole, franchit les airs de climats en climats, Jusqu'aux extrémités de ses vastes États. Son front calme et serein dissipe les alarmes; Les yeux à son aspect ne versent plus de larmes : C'est le soleil du pauvre, et l'astre du bonheur. La terre et les humains ressentent sa faveur. Telle est au point du jour cette fraîche rosée, Secours délicieux d'une plante épuisée, Source de ces parfums qu'au retour du printemps Exhalent à l'envi les jardins et les champs. Telle est la douce pluie en automne attendue, Qui, sans bruit, sans orage, à grands flots répandue, Vient donner aux raisins , trop durcis par l'été, Leur couleur transparente et leur maturité.
Cependant l'industrie et les hommes renaissent; Le commerce fleurit, les moissons reparaissent; Le coteau retentit îles chants du vigneron; L'écho des bois s'éveille aux airs du bûcheron ; Le laboureur, content, vers son hameau ramène Les taureaux vigoureux qui sillonnent la plaine;
s Silva était un médecin fameux sous Louis XV. Rfi a deaux en 1C82, il mourut a Paris en 1742. (N. E.) s Voyez, U« partie, morale religieuse.
MORALE RELIGIEUSE
La flûte et le hautbois assemblent les troupeaux-, -^ Le moissonneur, chargé de ses propres fardeaux , Qui de l'âpre exacteur ne seront plus la proie, Aux mains de ses enfants les remet avec joie. C'est le prix des sueurs, et ce prix est sacré. Le champêtre repas est déjà préparé , Repas d'hommes contents, banquet de la sagesse , Commencé sans ennui , terminé sans ivresse. L'envieux, le méchant n'y portent point leur fiel; On y bénit le prince,, on y rend grâce au ciel. Quelle félicité! quel maître et quel empire! L'étranger est jaloux, et l'univers admire.