‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 439 sur 649 · LA REDELLION ET SES SUITES. LA SOUMISSION AUX PRINCES ET AUX LOIS · texte numérisé non relu

LA REDELLION ET SES SUITES. LA SOUMISSION AUX PRINCES ET AUX LOIS

Vivons en citoyens, vivons soumis , paisibles. De la rébellion les suites sont horribles. Quel changement heureux, quel bien dans les États Ont produit les complots, les partis, les combats? C'est vous que j'interroge, auteurs de ces intrigues Qui, dans le sein du trouble, ont enfanté les ligues; Vous qui, pour vos plaisirs, dévorant les tributs, Parlez de maux publics , et d'excès , et d'abus; Qui trompez le vulgaire, allumez l'incendie, Et, pour guérir l'État, immolez la patrie. Il est des malheureux, il est des oppresseurs, On le sait : mais faut-il, pour finir ces malheurs, Au bruit de la trompette arborer dans nos villes L'effroyable étendard des discordes civiles? Du sage patriote ètes-vous secondés?

Êtes -vous son espoir, son salut? Répondez. Les traîtres n'oseraient : eux-mêmes se condamnent; Ils usurpent en vain des titres qu'ils profanent. L'intérêt personnel, sous des noms spécieux, Conduit secrètement leurs coups ambitieux. Le peuple n'a jamais profité de leur crime; Il en fut le prétexte, il en est la victime.

Ce n'est pas qu'adoptant un système fatal , Je rende au despotisme un hommage vénal , Que j'accorde à des rois ce que Dieu leur refuse, Ni dans leurs attentats que ma voix les excuse. Non; je connais trop bien leurs devoirs différents. 4e hais la tyrannie, et je plains les tyrans. Mais si le droit divin, mai? si les lois humaines, Contre leurs passions sont des barrières vaines; Si, jusqu'en ses foyers, l'innocent craint pour lui, N'est-il donc pas contre eux de légitime appui , Des règles que le ciel, que la nature ait faites, Des juges dont le soin... Ce n'est pas vous qui l'êtes, Soldats, peuple, ni grands, prêtres, ni magistrats ;■ Le serment de vos cœurs enchaîne aussi vos bras. Qui détrône les rois, bientôt les assassine. Périsse pour toujours l'exécrable doctrine Qui de l'oint du Seigneur combattrait le pouvoir, Et d'un crime d'État ferait un saint devoir!

Des maîtres que le ciel établit sur nos tètes , La chute ou tes revers sont pour nous des tempêtes. La sûreté publique à leur sort nous unit : Dieu seul, quand il le veut, les juge et les punit. Mais ceux que la pitié ni la gloire ne touche, Les tyrans , en un mot, apprendront par ma bouche Qu'ils n'ont, après leur mort, ni sujets ni flatteurs, Que leurs propres eul'anls leur refusent des pleurs, fjuc la postérité , que le temps et l'histoire A l'opprobre, à l'horreur consacrent leur mémoire ; *ifc gue tel est leur destin dans ce séjour mortel : ' Mais qu'il est d'autres maux dans l'abîme éternel ;

Qu'ils y trouvent un Dieu terrible , inexorable :

Les cris de l'opprimé, les pleurs du misérable,

Le sang des nations, follement répandu

Pour un droit chimérique , ou trop mal défendu ,

Les crimes qu'ils ont faits, ceux qu'on fit pour leur plaire,

Les imprécations contre un règne arbitraire ,

L'accablant souvenir de ce qu'ils ont été,

Et des méchants entre eux l'affreuse égalité.

Épouvantable fin d'une illustre carrière! De quoi leur a servi cette majesté fière, Tant de gardes armés , tant de pompe et d'orgueil? Le sceptre est un fardeau , le trône est un écueil. Il n'est rien qui du peuple écarte les injures. Souvent le meilleur prince a causé des murmures. Que n'exigeons -nous pas, impérieux sujets! Des talents, des vertus, et même des succès? Vous dont le cœur est droi t, l'âme tranquille et saine, Parcourez les devoirs de cette vie humaine, Observez bien les rois , et vous direz : Hélas ! Trop heureux qui sait l'être: heureux qui ne l'est pas.

LE MÊME. DUC. philOS,

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