L'HOMME DE BON SENS
A sa juste valeur j'estime la no Qu'on reçoive chez soi marquis, duc ou duchesse, C'est bien , si l'on est duc, et je ne le suis pas. Ma maison me convient; mais si je risque un pas Dans ce cercle titré dont l'éclat vous transporte, A cent devoirs fâcheux je cours ouvrir ma porte. Mon appétit s'en va lorsque je vois siéger Tout l'ennui des grands airs dans ma salle à manger. Ma langue est paresseuse à rompre le silence , S'il faut, au lieu de vous, dire voire excellence, Ou , Mécène du jour, flatter les favoris De l'Apollon bâtard qu'on adore à Paris. Je ne sais pas encor de quel air on écoute Vos auteurs nébuleux auxquels je n'entends goutte, Et tout leur bel esprit ne fait que m'élourdir, Moi, quicherche àcomprendreavantqued'applaudir. De traiter ces messieurs j'aurais eu la manie, Si j'étais assez sol pour me croire un génie; Mais, grâce à du bon sens, je sais ce que je vaux. Jouissez sans fracas du fruil de mes travaux, Avec de bonnes gens, des gens qu'on puisse entendre, [cendre, Qui de leur nom pour nous n'aient pas l'air de des- Qui ne m'observent pas pour me prendre en défaut, Si je parle sans gêne ou si je ris trop haut, El ne croient pas me faire une grâce infinie En me trouvant chez moi de bonne compagnie. Voilà mes gens, voilà les amis que je veux , Sûr qu'ils seront pour moi ce que je suis pour eux. Casimir dei.avigne. L'École des Vieillards, act. il, se. vu.