‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 448 sur 649 · UTILITE DES ENNEMIS · texte numérisé non relu

UTILITE DES ENNEMIS

Sitôt que d'Apollon un génie inspiré Trouve loin du vulgaire un chemin ignoré, En cent lieux contre lui les cabales s'amassent; Ses rivaux obscurcis autour de lui croassent; Et son trop de lumière , importunant les yeux, De ses propres amis lui fait des envieux : La mort seule ici-bas, en terminant sa vie, Peut calmer sur son nom l'injustice et l'envie; Faire au poids du bon sens peser tous ses écrits, Et donner à ses vers leur légitime prix.

Toi donc qui, t'élevant sur la scène tragique, Suis les pas de Sophocle, et seul , de tant d'esprits, De Corneille vieilli sais consoler Paris, Cesse de t'étonner si l'envie animée, Attachant à ton nom sa rouille envenimée, La calomnie en main, quelquefois te poursuit. En cela comme en tout, le ciel qui nous conduit,

mort ci» 1080. Louis XI V le ni en effet inviter par Colbert A venir travailler a l'achèvement du Louvre. Claude Ptrrault, célèbre architecte, ne a Paris en 1613, mort en H > ". Belle capitale lui doit l'Observatoire cl la colonnade du l.ouviv (iV.E.)

MORALE RELIGIEUSE

Racine, fait briller sa profonde sagesse.

Le mérite en repos s'endort dans la paresse ;

Mais par les envieux un génie excité

Au comble de son art est mille fois monté :

Plus on veut l'affaiblir, plus il croît et s'élance.

Au Cid persécuté Cinna doit sa naissance ;

Et peut-être ta plume, aux censeurs de Pyrrhus

Doit les plus nobles traits dont tu peignis Burrhus.

Moi-même dont la gloire, ici moins répandue, Des pâles envieux ne blesse point la vue, Mais qu'une humeur trop libre, un esprit peu soumis, De bonne heure a pourvu d'utiles ennemis, Je dois plus à leur haine, il faut que je l'avoue, Qu'au faible et vain talent dont la France me loue. Leur venin, qui sur moi brûle de s'épancher, Tous les jours en marchant m'empêche de broncher. Je songe, à chaque trait que ma plume hasarde, Que d'un œil dangereux leur troupe me regarde; Je sais sur leurs avis corriger mes erreurs, Et je mets à proût leurs malignes fureurs. Sitôt que sur un vice ils pensent me confondre, C'est en me guérissant que je sais leur répondre : Et,' plus eu criminel ils pensent m'ériger, Plus, croissant en vertu, je songe à me venger.

Imite mon exemple; et lorsqu'une cabale, Un flot de vains auteurs follement te ravale, Profite de leur haine et de leur mauvais sens, P.is du bruit passager de leurs cris impuissants. Que peut contre tes vers une ignorance vaine? Le Parnasse français, ennobli par ta veine, Contre tous ces complots saura te maintenir , Et soulever pour toi l'équitable avenir.

BoiLKAtr. Épitrevu.

MÊME SUJET

Le bel honneur d'attrouper les passants Au bruit honteux de nos cris indécents! Quelle pitié de prendre ainsi le change! N'allons donc point, pour blâme ou pour louange, Dépayser les talents estimés Et du public peut-être réclamés, En détournant leur légitime usage A des emplois indignes d'un vrai sage ; Et, nous vengeant par de plus nobles traits, Songeons au fruit qu'à de bien moindres frais Peut retirer un solide mérite Des ennemis que le sort lui suscite.

Tous ces travaux dont il est combattu Sont l'aliment qui nourrit sa vertu :

Dans le repos elle s'endort sans peine; Mais les assauts la tiennent en haleine.

Un ennemi, dit un célèbre auteur, Est un soigneux , un docte précepteur , Fâcheux parfois, mais toujours salutaire, Et qui nous sert sans gage ni salaire : Dans ses leçons plus utile cent fois Que ces amis dont la timide voix .

Craint d'éveiller notre esprit qui sommeille Par des accents trop durs à notre oreille. A qui des deux , en effet, m'adresser Dans les besoins dont je me sens presser?

1 Ces vers furent écrits par la Fontaine, en faveur du surintendant des finances, Fouquet,alors disgracié par Louis XIV. Il possédait une terre magnifique à Vaux. C'est lui que le poète désigne ici sous le nom d'Orontc. (IV. E.J

Est-ce au flatteur qui me loue et m'encense? Est-ce à l'ami qui me tait ce qu'il pense? Par tous les deux séduit au même point. Mon ennemi seul ne me trompe point, Du faible ami dépouillant la mollesse, Du vil flatteur dédaignant la souplesse, Son émélique est un breuvage heureux , Souvent utile, et jamais dangereux.

J.-B. Rousseau. Épitre m, liv. m.

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