‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 449 sur 649 · AUX NYMPHES DE VAUX, OU L'INCONSTANCE DE LA FORTUNE · texte numérisé non relu

AUX NYMPHES DE VAUX, OU L'INCONSTANCE DE LA FORTUNE

Les destins sont contents, Oronte est malheureux1. Vous l'avez vu naguère au bord de vos fontaines , Qui, sans craindre du sort les faveurs incertaines, Plein d'éclat, plein de gloire, adoré des mortels, Recevait des honneurs qu'on ne doit qu'aux autels. Hélas! qu'il est déchu de ce bonheur suprême! Que vous le trouveriez différent de lui-même! Pour lui les plus beaux jours sont de secondes nuits; Les soucis dévorants, les regrets, les ennuis, Hôtes infortunés de sa triste demeure , En des gouffres de maux le plongent à toute heure. Voilà le précipice où l'ont enfin jeté Les attraits enchanteurs de la prospérité. Dans les palais des rois cette plainte est commune; On n'y connaît que trop les jeux de la fortune, Ses trompeuses faveurs , ses appas inconstants; Mais on ne les connaît que quand il n'est plus temps. Lorsque sur cette mer on vogue à pleines voiles, Qu'on croit avoir pour soi le vent et les étoiles, Il est bien malaisé de régler ses désirs; Le plus sage s'endort sur la foi des zéphyrs. Jamais un favori ne borne sa carrière; Il ne regarde pas ce qu'il laisse en arrière; Et tout ce vain amour des grandeurs et du bruit Ne le saurait quitter qu'après l'avoir détruit.

Tant d'exemples fameux que l'histoire raconte Ne suffisaient-ils pas sans la perte d'Oronte? Ah! si ce faux éclat n'eût pas fait ses plaisirs, Si le séjour de Vaux eût borné ses désirs, Qu'il pouvait doucement laisser couler son âge!

Vous n'avez pas chez vous ce brillant équipage, Cette foule de gens qui s'en vont chaque jour Saluer à longs flots le soleil de la cour; Mais la faveur du ciel vous donne en récompense Du repos , du loisir , de l'ombre et du silence , Un tranquille sommeil, d'innocents entretiens; Et jamais à la cour on ne trouve ces biens.

LA FONTAINE

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