IMAGES ET MONUMENTS DE DEUIL DANS LES JARDINS
Craignez donc d'imiter ces froids décorateurs Qui ne veulent jamais que des objets flatteurs.
I Voyez Morale, en prose, mêmes sujets ou analogues. S Dans un de ses plus beaux paysages, le Poussin a repré-
Jamais rien de hardi dans leurs froids paysages : Partout de frais berceaux et d'élégants bocages , Toujours des fleurs,toujours des lestons; c'est toujours Ou le temple de Flore ou celui des Amours. Leur gaîté monotone à la fin m'importune. Mais vous, osez sortir de la route commune : Inventez, hasardez des contrastes heureux; Des effets opposés peuvent .«'aider entre eux. Imitez le Poussin : aux fêtes bocagères, Il nous peint les bergers et les jeunes bergères , Les bras entrelacés, dansant sous des ormeaux, Et près d'eux une tombe où sont écrits ces mots : Et moi je [us aussi pasteur dans VArcadie 2. Ce tableau des plaisirs, du néant de la vie, Semble dire : « Mortels! hâtez-vous de jouir; Jeux, danses et bergers, tout va s'évanouir; » Et, dans l'âme attendrie, à la vive allégresse Succède par degrés une douce tristesse.
Imitez ces effets : dans de riants tableaux Ne craignez point d'offrir des urnes, des tombeaux, D'offrir de vos douleurs le monument fidèle : Eh ! qui n'a pas pleuré quelque perte cruelle? Loin d'un monde léger, venez donc à vos pleurs , Venez associer les bois, les eaux, les fleurs. Tout devient un ami pour les âmes sensibles : Déjà, pour l'embrasser de leurs ombres paisibles, Se penchent sur la tombe , objet de vos regrets, L'if, le sombre sapin , et loi , triste cyprès , Fidèle ami des morts , protecteur de leur cendre ; Ta tige, chère au cœur mélancolique et tendre, Laisse la joie au myrte et la gloire au laurier : Tu n'es poinl l'arbre heureux de l'amant, du guerrier Je le sais; mais ton deuil compatit à nos peines.
Dans tous ces monuments, pointde recherches v Pouvez-vous allier, dans ces objets louchants, L'arl avec la douleur, le luxe avec les champs? Surtout ne feignez rien. Loin ce cercueil faclice, Ces urnes sans douleur', que plaça le caprice; Loin ces vains monuments d'un chien et d'un oiseau : C'est profaner le deuil, insulter au tombeau.
Ah! si d'aucun ami vous n'honorez la cendre, Voyez sous ces vieux ifs la tombe où vont descendre Ceux qui, courbés pour vous sur des sillons ingrats, Au sein de la misère espèrent le trépas. Rougiriez-vous d'orner leurs simples sépultures? Vous n'y pouvez graver d'illustres aventures, Sans doute. Depuis l'aube où le coq matinal Des rustiques travaux leur donne le signal, Jusques à la veillée où leur jeune famille Environne avec eux le sarment qui pétille, Dans les mêmes travaux roulent en paix leurs jours. Des guerres, des traités, n'en marquent poinllecours: Naître, souffrir, mourir, c'est toute leur histoire; Mais leur cœur n'est point sourd au bruit de leur méiuoirw Quel homme vers la vie, au moment du départ, Ne se tourne, et ne jclte un triste et long regard, A l'espoir d'un regret ne sent pas quelque charme, Et des yeux d'un ami n'attend pas une larme?
Pour consoler leur vie, honorez donc leur mort. Celui qui , de son sang faisant rougir le son , Servit son Dieu, son roi, son pays, sa famille, Qui grava la pudeur sur le Iront de sa fille, D'une pierre moins brute honorez son tombeau; Tracez-y ses vertus et les pleurs du hameau ; Qu'on y lise : Ci-ail le bon fils, le bon père, Le bon époux. Souvent un charme involontaire Vers ces enclos sacrés appellera vos yeux.
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danse Je bergers. Auprès d'eux esl un tombeau I on lil ; Elin Arcadia ego [H. E )
MORALE RELIGIEUSE
Et toi , qui vins chanter sous ces arbres pieux, Avant de les quitter, Muse , que la guirlande Demeure à leurs rameaux suspendue en offrande. Que d'autres dans leurs vers célèbrent la beauté; Que leur Muse, toujours ivre de volupté, Ne se montre jamais qu'un myrte sur la tête, Qu'avec ses chants de joie et ses habits de fête; Toi , tu dis au tombeau des chants consolateurs, Et ta main , la première , y jeta quelques fleurs. delille. Les Jardins, ch. V.