L'AUTEUR DRAMATIQUE DURANT LA PREMIÈRE REPRÉSENTATION DE SA PIÈCE
Jeneme connais plus, aux Iransportsqui m'agilent ; En tous lieux, sans dessein , mes pas se précipitent. Le noir pressentiment, le repentir, l'effroi, Les présages fâcheux , volent autour de moi. Je ne suis plus le même enfin depuis deux heure',. Ma pièce auparavant me semblait des meilleures. Maintenant je n'y vois que d'horribles défauts, Du faible, du clinquant, de l'obscur et du faux. De là, plus d'une image annonçant l'infamie : La critique éveillée, une loge endormie, Le reste, de fatigue et d'ennui harassé; Le souffleur étourdi, l'acteur embarrassé, Le théâtre distrait, le parterre en balance, Tantôt bruyant, tantôt dans un profond silence; Mille autres visions, qui toutes dans mon cœur Font naître également le trouble et la terreur.
{Regardant à sa montre. ) Voici l'heure fatale où l'arrêt se prononce, Je sèche; je me meurs. Quel métier! j'y renonce. Quelque flatteur que soit l'honneur que je poursuis, Est-ce un équivalent à l'angoisse où je suis? Il n'est force, courage, ardeur, qui n'y succombe. Car enfin, c'en est fait; je péris, si je tombe.
Où me cacher, où fuir, et par où désarmer L'honnête oncle qui vient pour me faire enfermer? Quelle égide opposer aux traits de la satire? Comment paraître aux yeux de celle à qui j'aspire? De quel front, à quel titre, oserais-je m 'offrir, Moi, misérable auteur qu'on viendrait de flétrir? (Après quelques moments de silence et d'agitation.) Mais mon incertitude est mon plus grand supplice. Je supporterai tout, pourvu qu'elle finisse. Chaque instant qui s'écoule, empoisonnant son cours, Abrège, au moins d'un an, le nombre de mes jours. piron. La Métromanie , act. v, se. v.