MARIUS DANS LES MARAIS DE M1NTURNES
Le monde a conspiré la perte d'un seul homme, El lu nature enlière est d'accord avec Home.
De son sein l'Océan m'écarte avec effroi, La terre me repousse et s'ébranle sous moi. C'estenvainquelaniiit, moinscruelleetplus sombre, Favorise mes pas et me prêle son ombre; Au défaut du soleil la foudre ici me luit, Et montre à l'univers qu'enfin Marins fuit! Par d'étonnants revers le sort veut que j'expie Les étonnants succès qui signalent ma vie. II veut faire admirer à la postérité Mon infortune autant que ma prospérité... Tout se tait; tout a fui dans une horreur profonde, Et seul je semble errer sur les débris du monde. Je n'irai pas plus loin : j'attends ici mon sort. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je brave la mort. Demanderai-je aux dieux qu'un trépas plus illustre Au nom de Marius ajoute un nouveau lustre? Quarante ans de combats m'ont épargné ce soin , Et, pour être immortel , je n'en ai pas besoin. Expirer loin de Home, en celte solitude, N'est-ce pas la punir de son ingratitude? Je l'abandonne en proie au plus pressant danger. Oui , me laisser mourir, c'est assez me venger. Teutons, Cimbres, Gaulois, que ce jour vous rallie; La mort de Marius vous livre l'Italie.
Mais Sylla cependant ne recueille-t-il pas Cet absolu pouvoir, objet de nos débals? Favorable à ses vœux, mon désespoir seconde Son orgueil qui l'appelle à l'empire du monde. Est-ce ainsi que mon cœur apprit à le haïr? Son plus fidèle ami le peut -il mieux servir? Ahlquels que soient les maux dont la mort nous délivre, Montrons-nous Marius, en osant encor vivre. Dussé-je encor m'atlendre à de plus grands revers, Je ne puis me résoudre à céder l'univers. Vivons tant que ce noble el puissant héritage D'un autre que mon fils peut être le partage; Vivons tant qu'un sénat guidé par l'intérêt N'aura pas à mes pieds révoqué mon arrêt; Vivons, tant que ce bras, pour victoire dernière, N'aura pas à Sylla fait mordre la poussière; Vivons : le ciel lèvent. En ces lieux j'aperçois L'abri qui m'est offert sous ces rustiques toits. C'est chez l'infortuné que la pitié se trouve : Sans peine on compatit au malheur qu'on éprouve-. A travers tant d'écueils les dieux qui m'ont sauvé Au plus obscur trépas ne m'ont point réservé. Leurs mains, qui sous mes pas aplanissent la route. Pour un grand avenir m'ont conservé sans doute. Éprouvons les destins, fatiguons leur courroux; Voyons si le malheur est plus constant que nous. arnault. Marius ù Miniurnes.