‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 49 sur 649 · RÈGNE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

RÈGNE DE LOUIS XIV

Un roi plein d'ardeur et d'espérance saisit luimême ce sceptre qui, depuis Henri le Grand, •n'avait été soutenu que par des favoris et des ministres. Son âme, que l'on croyait subjuguée par ia mollesse et les plaisirs , se déploie , s'affermit et s'éclaire , à mesure qu'il a besoin de régner. Il se montre vaillant , laborieux , ami de la justice et de la gloire. Quelque chose de généreux se mêle aux | premiers calculs de sa politique. 11 envoie des français défendre la chrétienté contre les Turcs ,

on Allemagne et dans l'île de Crète : il est protecteur , avant d'être conquérant ; et , lorsque l'ambition l'entraîne à la guerre , ses armes heureuses et rapides paraissent justes à la France éblouie. La pompe des fêtes se mêle aux travaux de la guerre ; les jeux du carrousel , aux assauts de Valenciennes et de Lille. Cette altière noblesse, qui fournissait des chefs aux factions , et que Richelieu ne savait dompter que par les échafauds, est séduite par les paroles de Louis, et récompensée par les périls qu'il lui accorde à ses côtés. La Flandre est conquise ; l'Océan et la Méditerranée sont réunis ; de vastes ports sont creusés ; une enceinte de forteresses environne la France ; les colonnades du Louvre s'élèvent ; les jardins de Versailles se dessinent ; l'industrie des Pays-Bas et de la Hollande se voit surpassée parles ateliers nouveaux de la France ; une émulation de travail, d'éclat, de grandeur, est partout répandue ; un langage sublime et nouveau célèbre toutes ces merveilles et les agrandit pour l'avenir. Les épîtres de Boileau sont datées des conquêtes de Louis XIV; Racine porte sur la scène les faiblesses et l'élégance de la cour ; Molière doit à la puissance du trône la liberté de son génie ; La Fontaine luimême s'aperçoit des grandes actions du jeune roi, et devient flatteur. Voilà le brillant tableau qu'offrent les vingt premières années de ce règne mémorable.

Villemain. Discours d'ouverture , nov. 1824.

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