CLE0PATRE S ANIMANT A SON DERNIER FORFAIT
Enfin, grâces aux dieux, j'ai moins d'un ennemi; La mort de Séleucus m'a vengée à demi ; Son ombre, en attendant Rodogune et son frère, Peut déjà de ma part les promettre à son père ; Ils les suivront de près , et j'ai tout préparé Pour réunir bientôt ce que j'ai séparé. 0 toi qui n'attends plus que la cérémonie Pour jeter à mes pieds ma rivale punie , Kt par qui deux amants vont, d'un seul coup du sort, Recevoir l'hyménée, et le trône, et la mort, Poison, me sauras-tu rendre mon diadème? Le fer m'a bien servie; en feras- tu de même? Me seras-tu fidèle? Et toi que me veux-tu, Ridicule retour d'une sotte venu, Tendresse dangereuse amant comme importune? Je ne veux point pour fils l'époux de Rodogune, Et ne vois plus en lui les restes de mon sang, S'il m'arrache du trône, et la met en mon rang. Reste du sang ingrat d'un époux infidèle ', Héritier d'une flamme envers moi criminelle, Aiiue mon ennemie, et péris comme lui.
Pour la faire tomber j'abattrai son appui; Aussi bien sous mes pas c'est creuser un abîme, Que retenir ma main sur la moitié du crime : En te faisant mon roi, c'est trop me négliger Que te laisser sur moi père et frère à venger. Qui se venge à demi , court lui-même à sa peine : 11 faut, ou condamner, ou couronner sa haine.
Dûtle peuple en fureur, pour ses maîtres nouveaux, De mon s'ang odieux arroser leurs tombeaux ; Dût le Parthe vengeur me trouver sans défense, Bût le ciel égaler le supplice à l'offense, Trône, à t'abandonner je ne puis consentir! Par un coup de tonnerre il vaux mieux en sortir; Il vaut mieux mériter le sort le plus étrange. Tombe sur moi le ciel , pourvu que je me venge! J'en recevrai le coup d'un visage remis. Il est doux de mourir après ses ennemis! Et, de quelque rigueur que le destin me traite , Je perds moins à mourir qu'à vivre leur sujette.
CORNEILLE. liodO'/unc, act. V, SC. ire.
6E5IIKA5IIS FAIT CONNAITRE AUX GRANDS ET AU PEUPLE LE HÉROS QU'ELLE CHOISIT POUR ÉPOUX.
Si la terre, quinze ans de ma gloire occupée, Révéra dans ma main le sceptre avec l'épée,
» \nllochus, (ïerc île scicucus. (N. e.)
Dans celle même main , qu'un usage jaloux Destinait au fuseau sous les lois d'un époux ; Si j'ai, de mes sujets surpassant l'espérance, De cet empire heureux porté le poids immense, Je vais le partager, pour mieux le maintenir, Pour étendre sa gloire aux siècles à venir, Pour obéir aux dieux, dont l'ordre irrévocable Fléchit ce cœur altier si longtemps indomptable.
Ils m'ont ôté mon fils : puissent-ils m'en donner Qui, dignes de me suivre et de vous gouverner , Marchant dans les sentiers que fraya mon courage , Des grandeurs de mon règne éternisent '"ouvrage! J'ai pu choisir , sans doute, entre des souverains; Mais ceux dont les États entourent mes confins, Ou sont mes ennemis, ou sont mes tributaires. Mon sceptre n'est poinlfait pour des mains étrangères, Et mes premiers sujets sont plus grands à mes yeux Quêtons ces rois vaincus, par moi-même, ou par 'eux.
Relus naquit sujet; s'il eut le diadème, Il le dut à ce peuple, il le dut à lui-même. J'ai par les mêmes droits le sceptre que je tiens. Maîtresse d'un Etat plus vaste que tes siens , J'ai rangé sous vos lois vingt peuples de l'aurore , Qu'au siècle de Relus on ignorait encore. Tout ce qu'il entreprit, je le sus achever : Ce qui fonde un Etat le peut seul conserver. 11 vous faut un héros digne d'un tel empire, Digne de tels sujets , et , si j'ose le dire , Digne de cette main qui va le couronner , Et du cœur indompté que je vais lui donner. J'ai consulté les lois, les maîtres du tonnerre, L'intérêt de l'État, l'intérêt de la terre; Je fais le bien du monde en nommant un époux. Adorez le héros qui va régner sur vous ; Voyez revivre en lui les princes de ma race : Ce héros, cet époux, ce monarque, est Arsace. voltaire. Sémiramis, act. m, se. IV.
ORESTE , AU NOM DES GRECS, DEMANDE A PÏRRHCS DE LEUR LIVRER LE FILS D'HECTOR.
Avant que tous les Grecs vous parlent par ma voix, Souffrez que j'ose ici me flatter de leur choix, Et qu'à vos yeux, seigneur, je montre quelque joie De voir le fils d'Achille, et le vainqueur de Troie. Oui, comme ses exploits, nous admirons vos coups : Hector tomba sous lui, Troie expira sous vous; Et vous avez montré, par une heureuse audace, Que le fils seul d'Achille a pu remplir sa place.
Mais, ce qu'il n'eût point fait, la Grèce avec douleur Vous voit du sang troyen relever le malheur, Et, vous laissant toucher d'une pilié funeste, D'une guerre si longue entretenir le reste. Ne vous souvient-il plus, seigneur, quel fut Hector? Nos peuples affaiblis s'en souviennent encor : Son nom seul fait frémir nos veuves et nos filles; Et dans toute la Grèce il n'est point de familles Qui ne demandent compte à ce malheureux fils, D'un père, ou d'un époux qu'Hector leur a ravis. Et qui sait ce qu'un jour ce fils peut entreprendre? Peut-être dans nos ports nous le verrons descendre, Tel qu'on a vu son père embraser nos vaisseaux , El, la flamme à la main , les suivre sur les eaux.
Oserai-je, seigneur, dire ce que je pense? Vous-mèiue, de vos soins craignez la récompense, Et que dans votre sein ce serpent élevé Ne vous punisse un jour de l'avoir conservé. Enfin, de lous les Grecs satisfaites l'envie, Assurez leur vengeance, assurez voire vie:
ET MORCEAUX ORATOIRES
Perdez un ennemi d'autant pins dangereux , (Ju'il s'essalra sur vous à combattre contre eux.