‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 495 sur 649 · RÉPONSE DE BURRHUS · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE BURRHUS

Je ne m'étais chargé, dans celte occasion ,' Que d'excuser César d'une seule action : Mais puisque, sans vouloir que je le justifie, Vous me rendez garant du reste de sa vie, Je répondrai , madame , avec la liberté | D'un soldai qui sait mal farder la vérité. Vous m'avez de César confié la jeunesse , Je l'avoue , et je dois m'en souvenir sans cesse. Mais vous avais-je fait serment de le trahir, D'en faire un empereur qui ne sût qu'obéir? Non. Ce n'est plus à vous qu'il faut que j'en réponde ; Ce n'est plus votre fils, c'est le maître du monde. J'en dois compte, madame, à l'empire romain Qui croit voir son salut ou sa perte en ma main. Ah ! si dans l'ignorance il le fallait instruire , N'avail-on que Sénèque et moi pour le séduire ? Pourquoi de sa conduite éloigner les ilalteurs? Fallait-il dans l'exil chercher des corrupteurs? La cour de Claudius , en esclaves fertile, Pour deux que l'on cherchait en eût présenté mille, Qui tous auraient brigué l'honneur de l'avilir : Dans une longue enfance ils l'auraient fait vieillir.

Dequoi vous plaignez- vous,madame?on vous révère; Ainsi que par César, on jure par sa mère : L'empereur, il est vrai , ne vient plus chaque jour Meure à vos pieds l'empire, et grossir votre cour. Mais le doit-il , madame? et sa reconnaissance Ne peut-elle éclater que dans sa dépendance? Toujours humble, toujours le timide Néron 2 N'ose- 1 -il être Auguste et César que de nom? Vous le dirai-je enfin ? Rome le justifie.

i Dôme, à trois affranchis si longtemps asservie, A peine respirant du joug qu'elle a porté ,

j Du règne de Néron compte sa liberté. Que dis-je? la vertu semble même renaître. Tout l'empire n'est plus la dépouille d'un maître : ! peuple au Champ-de-Mars nomme ses magistrats ;

1A,;rip|>iu<>. Ouiit. arricrc-pftilr-fillc d'Atir.iistc, femme de Claude, sorurde Callgula, merc do Néron. (N. e.) * L'ailiclC semble déplacé dans ce vers. (N, E.)

César nomme les chefs sur la foi des soldats : Thraséas au sénat, Corbulon dans l'armée, Sont encore innocents, malgré leur renommée. Les déserts, autrefois peuplés de sénateurs, Ne sont plus habités que par leurs délateurs. Qu'importe que César continue à nous croire, Pourvu que nos conseils ne tendent qu'à sa gloire; Pourvu que, dans le cours d'un règne florissant, Rome soit toujours libre, et César tout-puissant? Mais, madame, Néron suffit pour se conduire. J'obéis, sans prétendre à l'honneur de l'instruire. Sur ses aïeux, sans doute, il n'a qu'à se régler; Pour bien faire, Néron n'a qu'à se ressembler : Heureux, si ses vertus l'une à l'autre enchaînées Ramènent tous les ans ses premières années!

LE même. Brilannicus, act. i»r, se. i!.

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