ÎOT1ER AUX ÉTATS DE LA LIGUE
«'Vous destinez, dit-il, Mayenne au rang suprême ' : Je conçois votre erreur, je l'excuse moi-même. Mayenne a des vertus qu'on ne peut trop chérir, Et je le choisirais si je pouvais choisir. Mais nous avons nos lois, et ce héros insigne, S'il prétend à l'empire, en est dès lors indigne. » Comme il disait ces mots, Mayenne entre soudain Avec tout l'appareil qui suit un souverain. Potier le voit entrer, sans changer de visage : a Oui, prince, poursuit-il d'un ton plein de courage, Je vous estime assez pour oser contre vous, Vous adresser ma voix pour la France et pour nous En vain nous prétendons le droit d'élire un maître. La France a des Bourbons, et Dieu vous a fait naîlrt Près de l'auguste rang qu'ils doivent occuper, Pour soutenir leur trône, et non pour l'usurper. Guise, du sein des morts, n'a plus rien à prétendre, Le sang d'un souverain doit suffire à sa cendre : S'il mourut par un crime, un crime l'a vengé. Changez avec l'Etat que le ciel a changé : Périsse avec Valois 2 voire juste colère ; Bourbon 5 n'a point versé le sang de votre frère.
Éternels boulevards qui n'ont point garanti
Dos Lombards le beau territoire; Ces monts qu'eut traversés, par un vol si hardi
l Le duc de Jlayciu : Henri lll,(N. £.) > Henri IV.
:, frère du duc de Guise. (N. E )
ET MORCEAUX ORATOIRES
Ui
Le ciel, ce juste ciel, qui vous chérit tous deux , Pour vous rendre ennemis, vous fit trop vertueux. Mais j'entends le murmure et la clameur publique, J'entends ces noms affreux de relaps, d'hérétique ; Je vois d'un zèle faux nos prêtres emportés, Qui, le fer à la main... Malheureux! arrêtez! Quelle loi, quel exemple, ou plutôt quelle rage, Peut à l'oint du Seigneur arracher votre hommage? Le fils de saint Louis, parjure à ses serments, Vient-il de nos autels briser les fondements? Au pied de ces autels, il demande à s'instruire; Il aime, il suit les lois dont vous bravez l'empire. Il saft, dans toute secte, honorer les vertus, Respecter votre culte, et même vos abus. Il laisse au Dieu vivant, quivoitce que nous sommes, Le soin que vous prenez de condamner les hommes. Comme un roi , comme un père,il vient vous gouverner, Et, plus chrétien que vous, il vient vous pardonner. Tout est libre avec lui ; lui seul ne peut-il l'être? Quel droit vous a rendus juges de votre maître? Infidèles pasteurs, indignes citoyens, Que vous ressemblez mal à ces premiers chrétiens, Qui , bravant tous ces dieux de métal ou de plâtre, Marchaient, sans murmurer, sous un maître idolâtre, Expiraient sans se plaindre, et sur les échafauds, Sanglants,percés de coups, bénissaient leurs bourreaux Euxseuls étaientchrétienSjje n'en connaispointd'autres Ils mouraient pour leurs rois, vous massacrez le vôtres; Et Dieu, que vous peignez implacable et jaloux , S'il aime à se venger, barbares , c'est de vous. » voltaihe. Ilenriade, ch. IV.
nAROLD * AUX GRECS ARMÉS POUR LA LIBERTÉ.
Le soleil, se plongeant sous les monts de PAttique, Prolonge sur Phylé l'ombre du Penlhélique *; Appuyé sur le tronc de l'arbre de Daphné, De chefs et de soldats Harold environné, Comme un fils revenu des rives étrangères, Qui partage au retour ses présents à ses frères , Leur montre de la main , sur la poussière épars, Ces faisceaux éclatants de lances, de poignards, Ces monceaux de boulets qui sillonnent la terre, Ces chars retentissants qui roulent le tonnerre, L'or qui paya le sang, le fer qui ravit l'or. Les chefs à leurs soldats partagent ce trésor; Le féroce Albanais, PËpirote au front chauve, L'Étolien, couvert d'une saie au poil fauve, Les dauphins de Parga, ces hardis matelots, Qui jamais de leur sang ne teignent que les flots, Le laboureur armé des vallons de Phocide , Le nomade pasteur des fiers coursiers d'Ëlide, Au son de la trompette, aux accents du tambour, Sous leurs drapeaux bénits défilent tour à tour, Déroulent les faisceaux, et, parés de leurs armes, Leur promettent du sang en les baignant de larmes. Leur cœur voit dans Harold un être plus qu'humain, Qui, le soc, le trident, ou l'olive à la main, Venait, comme les dieux, entouré de mystère, Porter un nouveau culte ou des lois à la terre; Mais Harold, imposant silence à leurs transports : « Je ne suis qu'un barbare, étranger sur vos bords, * Fils d'un soleil moins pur et de moins nobles pères, ? Indigne, ôlilsd'llellé, de vous nommer mes frères,
Vous, dontle monde entier, encomptantvosaïeux, Ne nomme que des rois, des héros ou des dieux! Mais partout où le temps fait luire leur mémoire, Où le cœur d'un mortel palpite au nom de gloire, Où la sainte pitié penche pour le malheur, La Grèce compte un fils, et ses fils un vengeur... Je ne viens point ici , par de vaines images , Dans vos seins frémissants réveiller vos courages : Un seul cri vous restait, et vous l'avez jeté. Votre langue n'a plus qu'un seul mot... Liberté! Eh ! que dire aux enfanlsou de Sparte, ou d'Athènes? Ceciel,cesmonts, ces flots, voilà vos Démosthèues. Partout où l'œil se porte, où s'impriment les pas;. Le sol sacré raconte un triomphe, un trépas*.. De Leuctre à Marathon tout répond, louEvouscne: Vengeance! liberté! gloire ! vertu ! patrie!! Ces voix que les tyrans ne peuvent étouffer, Ne vous demandent pas des discours, mais du fer.. Le voilà ! Prenez donc ! Armez-vous ! Que la terre Du sang de ses bourreaux enfin se désaltère! Si le glaive jamais tremblait dans votre main, Souvenez-vous d'hier, et songez à demain. Pour confondre le lâche et raffermir les braves, Le seul bruit de leurs fers suffit à des esclaves. Moi, pour prix du trésor que je viens vous offrir, Je ne demande rien que le droit de mourir, De verser avec vous, sur les champs du carnage, Un sangbouillantde gloire, et digne d'uu autreâge, Et de voir en mourant mon génie adopté ; Par les fils de la Grèce et de la liberté. : Oui, pourvu qu'en tombant pour votre sainte cause : Je réponde à l'exil par une apothéose; ( Que sur les fondements d'un nouveau Parthénon i La gloire d'une larme arrose un jour mon nom, i Et que de l'Occident ma grande ombre exilée ( S'élève clans vos cœurs un brillant mausolée, ( C'est assez. Le martyre est le sort le plus beau , i Quand la liberté plane au-dessus du tombeau. »
DE Lamartine. Ls dernier chant du Pèlerinage d'Harold.
LÉONIDAS AUX TROIS CENTS Sr-ARTIATES.
Ehbien '.écoutez donc l'espoir qu'un dieu m'inspire, Et le but salutaire où notre mort aspire! Contre ce roi barbare, et qui compte aux combats Autant de nations que nos rangs de soldats , Que pourraient tous les Grecs? Puissance inattendue, 11 faut qu'une vertu, même à Sparte inconnue, Frappe, étonne, confonde un despote orgueilleux. De notre sang versé va sortir, en ces lieux, Une leçon sublime; elle enseigne à la Grèce Le secret de sa force, aux Perses leur faiblesse. Devant nos corps sanglants on verra le grand roi Pâlir de sa victoire, et reculer d'effroi ; Ou, s'il ose franchir le pas des Thermopyles, Il frémira d'apprendre, en marchant sur nos villes, Que dix mille après nous y sont prêts pour la mort. Mais, que dis-je? dix mille! 0 généreux transport! Notre exemple en héros va féconder la Grèce! Un cri vengeur succède au cri de sa détresse : Patrie! indépendance! A ce cri tout répond Des monls de Messénie aux mers de rilellespont, Et cent mille héros, qu'un saint accord anime,
< on saîl que le poète a ilcsiui '■ l'i'/ie , promontoire d'Atiiei
tord Byi-onsou
s. Penlhélique ,
le Pcnthtlàs, montagne l>rès d'AthcnCS, dm OU lirait le i doute marbre ap\>el6 pehlhctlquii. kN. E.j
DISCOURS ET MORCEAUX ORATOIRES
S'arment, en attestant notre mort unanime. Au bruit de leurs serments , sur ces rochers sacrés , Réveillez-vous alors, ombres qui m'entourez ! Voyez en fugitif, sur une frêle barque, L'Hellespont emporter ce superbe monarque, Et la Grèce, éclipsant ses exploits les plus beaux, Rassurer son Olympe au pied de nos tombeaux. Si de tels intérêts j'ose un moment descendre, Amis, je vous dirai quel culte à notre cendre "Vont consacrer l'histoire et la postérité. Oui, nous nous emparons d'une immortalité Où nulle gloire humaine encor n'est parvenue; Et, quand de Sparte enfin l'heure sera venue, De ses débris sacrés, qui ne se tairont pas, Les tyrans effrayés détourneront leurs pas. Alors, des temps fameux levant les voiles sombres, Le voyageur sur Sparte évoquera nos ombres, Et, de Léonidas et de ses compagnons, Les échos n'auront pas oublié les grands noms. PiciiAT. Léonidas, act. tu, su. vi.