LA STATUE DE CORNEILLE
Vous qui, pour enflammer les talents dont la France Sent frémir dans son sein la féconde espérance , Vous qui des mêmes fleurs entourez tous les ans L'autel où vos aïeux ont porté leurs présents , A votre vieux Corneille offrez un digne hommage. Les murs qui l'ont vu naître attendaient son image; Paris, tous les Français, tout un peuple jaloux Veut de lui rendre honneur s'honorer avec vous. C'est ainsi qu'à Strafford l'Angleterre idolâtre Couronnait dans Shakspear le père du théâtre. Juliette, à son nom, s'arrachant du cercueil, Othello tout sanglant près d'Ophélie en deuil , Macbeth, q ui sur leurs pas s'avançait d'un air sombre, De leur cortège auguste environnaient son ombre. Garrick, des spectateurs échauffait les transports... TVotre Garrick n'est plus; mais du moins chez les morts, Si Corneille l'a vu d'un lac de Trasimène *
Menacer devant lui l'arrogance romaine »,
1 On sait que Talma rendait d'une manière toute neuve te çrand caractère de Nicomede. (N. E.)
Enivré de ses vers, Corneille, en l'admirant, A pleuré de plaisir, et s'est trouvé plus grand.
Ah! qu'il pleure d'orgueil en se voyant renaître Dans le marbre animé par le ciseau d'un maître! Que David nous le rende avec ce vaste front Creusé par les travaux de son esprit fécond, Où rayonnait la gloire, où siégeait la pensée, Et d'où la Tragédie un jour s'est élancée. Simple dans sa grandeur, l'air calme et l'œil ardent, Que ce soit lui, qu'il vive, et qu'en le regardant On croie entendre encor ces vers remplis de tlanunc Dont le bon sens sublime élève , agrandit l'âme r Ressuscite l'honneur dans un cœur abattu; Proverbes éternels dictés par la vertu , Morale populaire à force de génie, Et que ses actions n'ont jamais démentie ! Venez donc, offrez-lui vos vœux reconnaissants; Offrez-lui vos tributs , orateurs : quels accents, Plus brûlants que les siens, de plus d'idolâtrie Ont embrasé les cœurs au nom de la patrie? Vous aussi , magistrats; c'est lui qui tant de fois Entoura de respect l'autorité des lois.
Venez , généreux fils , en qui l'affront d'un père Ferait encor du Cid bouillonner la colère; Pour les lui présenter, Rodrigue attend vos dons. Vous qui , les yeux en pleurs, à ses nobles leçons, Sentez de pardonner la magnanime envie, Rois , à lui rendre hommage Auguste vous convie. Et vous, guerriers , et vous qui trouvez des appas Dans ce bruit glorieux que laisse un beau trépas, Venez au vieil Horace apporter votre offrande. Venez, jeunes beautés, Chimène la demande. Accourez tous; Corneille a charmé vos loisirs : Payez en un seul jour deux cents ans de plaisirs! Vos applaudissements font tressaillir sa cendre; Appelé par vos cris, heureux de les entendre, Pour jouir de sa gloire , il descend parmi nous. Il vient, honneur à lui! Levez-vous, levez-vous! Aux acclamations d'une foule ravie, Les rois se sont levés pour honorer sa vie. Eh bien! qu'à leur exemple, émud'unsainttransp Le peuple, devant lui, se lève après sa mort!
Casimir delavigne. Discours en vers composé p vir une représentation solennelle donnée à Rouen en l'honneur de Pierre Corneille.
DIALOGUES