FÉLIX ET PAULINE
FELIX
Sa grâce est en sa main , c'est à lui d'y rêver.
PAULINE
Faites-la tout entière.
FÉLIX
Il la peut achever.
PAULINE
Ne l'abandonnez pas aux fureurs de la secte.
FÉLIX
Je l'abandonne aux lois qu'il faut que je respecte.
PAULINE
Est-ce ainsi que d'un gendre un beau-père est l'appui
FÉLIX
Qu'il fasse autant pour soi comme je fais pour lui.
PAULINE
Mais il est aveuglé.
FÉLIX
Mais il se plaltà l'èlre :
Qui chérit son erreur ne la veut pas connaître.
PAULINE
Mon père , au nom des dieux...
i Quand le marquis de Masearille des Précieuses Ridicules se vante d'avoir emporte une demi-lune, Jgdclçl lui répond : C -C{«i( bien une haut tout entière ! (N. E.}
Ne les réclamez pas, Ces dieux dont l'intérêt demande son trépas-.
PAULINE
Hs écoutent nos vœux.
FÉLIX
Eh bien , qu'il leur en fasse.
PAULINE
Au nom de l'empereur dont vous tenez la place..,
FÉLIX
J'ai son pouvoir en .nain ; mais, s'il me l'a commis , C'est pour le déployer contre ses ennemis.
PAULINE
Polyeucte l'cst-il ?
FÉLIX
Tous chrétiens sont rebelles.
N'écoulez point pour lui ces maximes cruelles; En épousant Pauline , il s'est fait votre sang.
Je regarde sa faute, et ne vois plus son rang. Quand le criny? d'État se mêle au sacrilège, Le sang ni l'amitié n'ont plus de privilège.
PAULINE
Quel excès de rigueur !
FÉLIX
Moindre que son forfait.
PAULINE
Oh ! de mon songe affreux trop véritable effet! Voyez-vous qu'avec lui vous perdez votre iille?
FÉLIX
Les dieux et l'empereur sont plus que ma famille.
corneille. Polyeucte, acte m, se- m.
AGAMEMNON ET IP1IIGÉNIE. IFlUGÉNIK.
Qnci bonheur de me voir la fille d'un tel père !
AGAMEMNON
Vous méritez, ma fille, un père plus heureux.
IPIIIGÉNIE.
Quelle félicité peut manquer à vos vœux?
A de plus grands honneurs un roi peut-il prétendre?
j'ai cru n'avoir au ciel que des grâces à rendre.
AGAMEMNON ( à pari).
«irani'ls dieux! à son malheur dois-je la préparer?
N'éclaircireî-vous point ce front chargé d'ennuis':
DIAJ.OGULS.
Ah! ma fille...
IPIIIGENIE.
Seigneur, poursuivez.
AGAMEMNON
Je ne puis.
IPIIIGÉNIE.
Périsse leTroycn auteur de nos alarmes!
AGAMEMNON
Sa perte à ses vainqueurs coûtera bien des larmes.
IPIIIGÉNIE.
Les dieux daignent surtout prendre soin de vos jours!
AGAMEMNON
Lesdieux, depuis un temps, me sont cruels et sourds.
IPIIIGÉNIE.
Calchas, dit-on, prépare un pompeux sacrifice.
AGAMEMNON-
Puissé-je auparavant fléchir leur injustice1.
IPIIIGÉNIE.
L'offrira-t-on bientôt?
AGAMEMNON
Plus tôt que je ne veux.
IPIIIGÉNIE.
Me sera-t-il permis de me joindre à vos vœux? Verra-t-on à l'autel votre heureuse famille?
Hélas!
AGAMEMNON
ÏPIIICENIE.
Vous vous taisez?
Adieu,
AGAMEMNON
Vous y serez, ma fine.
racine, iphigênie, act. u , se. it,
MODÈLE D'EXERCICE
On connaît celle scène déchirante où Iphigénie accable de caresses un père malheureux dont ces mêmes caresses percent le cœur. Assurément, je n'ai rien à dire à Euripide sur une scène si bien conçue et si bien remplie , si ce n'est qu'il faut le plaindre d'avoir été si cruellement défiguré par Brumoy. Mais doit-on blâmer Racine de ne l'avoir pas imité jusque dans les petits détails de naïveté que peut-être permettaient les mœurs du théâtre grec, sans que ce soit une raison pour qu'on les aimât sur le nôtre? Quand Agamcinnon dit à sa fille : « Plus vous montrez de raison dans toutes « vos réponses, plus vous m'affligez, » elle répond : « Je vous dirai des folies , si cela peut vous
DIALOGUES
i amuser. » Une jeune fille telle qu'Iphigénie a pu laisser échapper celte saillie , qui est de son ùge ; mais tout l'art de Racine pouvait-il la faire passer? Je n'ose le décider; mais je crois qu'on peut en douter. En suivant de trop près la nature, on s'expose quelquefois à en manquer l'effet sur la scène , et il ne faut qu'un mot pour mêler le rire aux larmes. A tout prendre , les deux scènes me paraissent également belles dans les deux pièces ; mais celle de Racine , à mon avis , finit mieux.
Yerra-t-on à l'autel, etc.
Adieu.
Et il sort , laissant une atteinte cruelle et profonde dans l'âme du spectateur. Ce trait est indiqué dans Euripide, mais il n'y est pas- détaché de manière à frapper un coup si juste , et qui soit le dernier.
« Il faut que je fasse, etc. »
11 s'attendrit encore sur elle, puis il la renvoie retrouver ses compagnes , et reste avec Clytemnestre , qui s'étonne de sa douleur. Il s'en excuse sur le chagrin de se séparer de sa fille en la mariant. Je ne sais si j'ai raison , mais il me semble qu'après une scène si douloureuse , il valait mieux faire sortir Agamemnon , qui , dans cet instant , ne doit guère avoir la force de tromper. Racine termine la scène, et éloigne le père quand il a dit le mot terrible : Vous y serez ; et je crois qu'en cela il a connu la mesure exacte des forces de la nature et de l'effet théâtral.
la harpe. Cours de Littérature, t. v.
ATIIALIE ET JOAS.
ATUALIE.
Comment vous nommez-vous?
JOAS-
J'ai nom Ëliacin.
ATIIALIE.
Votre père?
Je suis, dit- on, un orphelin, Entre les bras de Dieu jeté dès ma naissance, Et qui de mes parents n'eus jamais connaissance.
Vous êtes sans parents!
JOAS
Us m'ont abandonné.
ATIIALIE.
Comment! et depuis quand?
JOAS
Depuis que je suis né.
ATIIALIE.
Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre?
JOAS
Ce temple estmon pays, je n'en connais point d'autre.
ATIIALIE.
Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer?.,.
JOAS
Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.
ATIIALIE.
Qui vous mit dans ce temple?
Une femme inconnue, Qui ne dit point son nom , et qu'on n'a point revue.
ATIIALIE.
Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin?
JOAS
Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin? Aux petits des oiseaux il donne leur pâture, Et sa bonté s'étend sur toute la nature. Tous les jours je l'invoque, et, d'un soin paternel, Il me nourrit des dons offerts sur son autel.
ATIIALIE.
. . . . Quel estions les jours votre emploi?
J'adore le Seigneur; on m'explique sa loi. Dans son livre divin on m'apprend à la lire, Et déjà de ma main je commence à l'écrire.
Que vous dit celte loi?
Que Dieu veut être aimé; Qu'il venge tôt ou tard son saint nom blasphémé; Qu'il est le défenseur de l'orphelin timide; Qu'il résiste au superbe, et punit l'homicide.
J'entends. Mais tout ce peuple, enfermé dans ce lieus A quoi s'occupe-t-il ?
JOAS
Il loue, il bénit Dieu.
ATIIALIE.
Dieu veut-il qu'à toute heure on prie,on le contemple?
Tout profane exercice est banni de son temple.
A1HAL1E
Quels sont donc vos plaisirs?
JOAS
Quelquefois à l'autel Je présente au yiand prêtre ou l'encens ou le sel;
DIALOGUES
J'entends chanter de Dieu les grandeurs infinies, Je vois l'ordre pompeux de ses cérémonies.
Eh quoi! vous n'avez pointde passe-temps plus doux? Je plains le triste sort d'un enfant tel que vous. Venez dans mon palais ; vous y verrez ma gloire.
JOAS
Moi , des bienfaits de Dieu je perdrais la mémoire!
ATHALIE
Non; je ne vous veux pas contraindre à l'oublier.
JOAS
Vous ne le priez point.
ATIIALIE.
Vous pourrez le prier.
Je verrais cependant en invoquer un autre.
ATHALIE
J'ai mon dieu que je sers; vous servirez le vôtre. Ce sont deux puissants dieux.
JOAS
llfautcraindrelemien:
Lui seul est Dieu, madame, et le vôtre n'est rien.
ATUALIK.
Les plaisirs près de moi vous chercheront, en foule.
JOAS
Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule.
ATHALIE
Ces méchants , qui sont-ils?...
A Josabet.) ... J'aime à voir comme vous l'instruisez,
\A Joas.)
Enfin, Ëliacin, vous avez su me plaire;
Vous n'êtes point sans doute un enfant ordinaire.
Vous voyez, je suis reine, et n'ai point d'héritier :
Laissez là cet habit, quittez ce vil métier ;
Je veux vous faire part de toutes mes richesses,
Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses :
A ma table, partout, à mes. côtés assis,
Je prétends vous traiter comme mon propre fils.
Comme votre fils!
ATIIALIE.
Oui : vous vous taisez?
Je quitterais, et pour...
Quel père
ATHALIE
Eh bien?
JOAS
Pour quelle mère
&ACINE. AHialie, act. il, se. VII.