‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 508 sur 649 · ANNE DE BOCLEN ET ELISABETH SA FILLE · texte numérisé non relu

ANNE DE BOCLEN ET ELISABETH SA FILLE

Je vais goûter encor quelques moments bien doux : Embrasse-moi , ma fille, et viens sur mes genoux.

ELISABETH

Ma mère, ce malin comme lu m'as laissée.*

BOULEN

Quel souvenir amer revient à ma pensée!

ELISABETH

Autrefois lu m'aimais, tu ne me quittais pas; Souvent, durant les nuits, je dormais dans tes bras,

BOULKN.

Elle n'aura donc plus une mère auprès d'elle!

ELISABETH

Pendant toute la nuit vainement je t'appelle.

BOCLEN.

Ma fille, à chaque mot, veux-tu me déchirer?

ELISABETH

Comme loi, maintenant, je ne fais que pleurer.

BOULEN

Combien tous tes discours ont de grâce et de charmes !

ELISABETH

Ma mère...

BOULEN

Quoi ! sa main veut essuyer mes larmes !

ELISABETH

Mais d'où vient ta douleur?

BOULEN

Tu le sauras un jour...

ELISABETH

Ne quitteras-tu point ce triste et noir séjour ?

BOULEN

J'en sortirai ce soir.

ELISABETH

Ah ! j'en suis bien contente!

BOULEN

La mort qu'on me prépare est loin de son attente! Elisabeth, regardant les chaînes de sa mère. Ce fer est trop pesant; il doit blesser tes mains.

BOULEN

Je subirai bientôt de plus cruels destins.

ELISABETH

Quel est donc le méchant qui peut causer ta peine?

BOULEN

Un puissant ennemi m'accable de sa haine;

l'our prix de ma tendresse , il a proscrit mes jours.

ELISABETH

Eli! que n'appclles-lu mon père à ton seeourj?

us

Ton pcre?

DIALOGUES

ÉLISABETn.

Il te chérit , il viendra te défendre,

BOULES

Lui, tu le crois?

ÉLISABETn.

Mon père ! ah ! s'il pouvait m'entendre ! On fait tout ce qu'il veut.

BOUI.EIÏ.

Oui ! je le sais trop bien.

ELISABETH

Allons auprès de lui... Tu ne me réponds rien!

BOULES

Enfant, n'hérite pas du malheur de ta mère : Surtout clans ses rigueurs crains d'imiter ton père '. chéniek. Henri VIII, act. îv, se. IV-

ÏIUSSOTIN ET VADIUS; TRISSOTIH.

Vos vers cntdesbeaulés que n'ont point tous les autres.

VADIUS

Les Grâces et Vénus régnent dans tous les vôtres.

TRISSOT1N.

Vous avez le tour libre , et le beau choix des mots.

VADIDS.

On voit partout chez vous l'ithos et le pathos 2.

TRISSOTIN

Nous avons vu de vous des églogues d'un style Qui passe en doux attraits Théocrite et Virgile.

VADIUS

Vos odes ont un air noble , galant et doux, Qui laisse de bien loin voire Horace après vous.

TRISSOTIN

Est-il rien d'amoureux comme vos chansonnettes?

VADIUS

Peut-on rien voir d'égal aux sonnets que vous faites?

TRISSOTIW.

Rien qui soit plus charmant que vos petits rondeaux?

VADIUS

Rien de si plein d'esprit que tous vos madrigaux?

TRISSOTIN

Aux ballades surtout vous êtes admirable.

J Voyez Ire partie. Lettres.

2 Deux mois consacres dans Aristotc. Ithos veut dire les 'irrurs, et Pathos, les passions. (W. E.)

ADIUS,

Et dans les bouts rîmes je vous trouve adorable.

TRISSOTIN

Si.Ia France pouvait connaître votre prix.

VAD1CS.

Si le siècle rendait justice aux beaux esprits,

TRISSOTIN

En carrosse doré vous iriez par les rues

VADIUS

On verrait le public vous dresser des statues.

{A Trissolin.) Hom! c'est une ballade, et je veux que tout net Vous m'en...

trissotin, « Radius.

Avez-vous vu certain petit sonnet Sur la fièvre qui tient la princesse Uranie?

VADIUS

Oui. Hier il me fut lu dans une compagnie.

TRISSOTIN

Vous en savez l'auteur?

VADIUS

Non ; mais je sais fort bien Qu'à ne le point flatter, son sonnet ne vaut rien.

TRISSOTIN

Beaucoup de gens pourtant le trouvent admirable.

VADIUS

Cela n'empêche pas qu'il ne soit misérable. Et, si vous l'avez vu , vous serez de mon goût.

Je sais que là-dessus je n'en suis point du tout, Et que d'un tel sonnet peu de gens sont capables

» VADIUS

Me préserve le ciel d'en faire de semblables.

TRISSOTIN

Je soutiens qu'on ne peut en faire de meilleur, El ma grande raison est que j'en suis l'auteur.

Vous?

JRISSOTIK.

Moi.

VADIUS

Je ne sais donc comment se fit l'affaire.

TKISSOTIN.

C'est qu'on fut malheureux de ne pouvoir vous plaire.

VADIUS

Il faut qu'en écoutant j'aie eu l'esprit disirait, Ou bien que le lecteur m'ait gâlé le sonnet. Mais laissons ce discours , et voyons ma ballade.

TRISSOTIN

La ballade, à mon goût, est une chose fade;

Ce n'en est plus la mode, elle sent son vieux temps.

DIALOGUES

VADIBS.

La ballade pourtant cliarme beaucoup de gens.

TRISSOTIN

Cela n'empêche pas qu'elle ne me déplaise.

VADIDS.

Elle n'en reste pas pour cela plus mauvaise.

TRISSOTIH.

Elle a pour les pédants de merveilleux appas.

VADIUS

Cependant nous voyons qu'elle ne vous plaît pas.

TRISSOTIN

Vous donne* sottement vos qualités aux autres.

VADIDS.

Fort imperlinemment vous me jetez les vôtres.

TRISSOTIN

Allez, petit grima ud , barbouilleur de papier.

VADIUS

Allez, rimeur de balle , opprobre du métier l.

TRISSOTIN

Allez, fripier d'écrits, impudent plagiaire.

VADIUS

Allez, cuistre...

PI1ILAMINTE.

Hé,messieurs, que prétendez-vous faire?

trissotin, à Vadïus.

Va , va restituer tous les honteux larcins Que réclament sur toi les Grecs et les Latins.

VADIUS

Va, va-t'en faire amende honorable au Parnasse D'avoir fait à tes vers estropier Horace.

TRISSOTIN

Souviens -toi de ton livre, et de son peu de bruit.

VADIUS

Et toi , de ton libraire, à l'hôpital réduit.

TRISSOTIN

Ma gloire est établie, en vain tu la déchires.

VADIUS

Oui, oui , je le renvoie à l'auteur des satires.

TRISSOTIN

Je l'y renvoie aussi.

VADIUS

J'ai le contentement Qu'on voit qu'il m'a traité plus honorablement. H me donne en passant une atteinte légère, Parmi plusieurs auteurs qu'au palais on révère;

Mais jamais dans ses vers il ne te laisse en paix, Et l'on t'y voit partout être en butte à ses traits.

TRISSOTIN

C'est par là que j'y tiens un rang plus honorable. Il te met dans la foule ainsi qu'un misérable; Il croit que c'est assez d'un coup pour l'accabler, Et ne t'a jamais fait l'honneur de redoubler; Mais il m'attaque à part comme un noble adversaire, Sur qui tout son effort lui semble nécessaire : Et ses coups, contre moi, redoublés en tous lieux, Montrent qu'il ne se croit jamais victorieux.

VADIUS

Ma plume l'apprendra quel homme je puis être.

TRISSOTIN

El la mienne saura le faire voir ton maître.

VADIUS

Je te défie en vers, prose, grec et latin.

TRISSOTIN

Eh bien, nous nous verrons seul à seul chez Barbin2.' Molière. Les Femmes Savantes, acl. ni, se- v.

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