LES TROIS TRAGIQUES FRANÇAIS
Eh ! qui peut de Corneille atteindre la hauteur? Ce génie élevé , profond et créateur, A son heureuse amante ouvre une autre carrière , Remplit d'un feu divin son âme tout entière : Pensée, expression, image, sentiment, Tout est sublime en lui. Dans un beau mouvement, Poussé d'un noble instinct, s'il veut à la mémoire Offrir des anciens temps l'intéressante histoire, Ces Romains, ces héros qu'il aime à rappeler, Sont plus grands, plusRomains,quand il les failparler. Au-dessus d'elle-même il ravit Melpomène : Pure, et n'ayant plus rien de la faiblesse humaine. Son accent, de son front l'auguste majesté, Sa marche , tout annonce une divinité.
Mais le tendre Racine , en soupirant pour elle, La fit redevenir une simple mortelle :
Elle le sent bientôt au trouble de son cœur , Et nomme avec orgueil son aimable vainqueur. Dans ce cœur né sensible, oh! comme il s'insinue! Par degrés il y verse une flamme inconnue. Racine aimait trop bien pour n'être pas aimé : Et l'amour! qui jamais l'avait mieux exprimé? Quel goût exquis et pur ! que de grâce ! quel style ! C'est l'âme d'Euripide et la voix de Virgile.
Melpomène, à ses pieds apercevant Voltaire , Eprouva, quoique triste, un charme involontaire De Sophocle d'abord il sut l'entretenir; C'est ainsi qu'il rappelle à son doux souvenir Tous ceux qu'elle a chéris : amant doux et flexible, Brillant, mais plus aimable encore que sensible, Son esprit, par le goût, par les Grâces guidé, S'embellit de tous ceux qui l'avaient précédé. Beau talent que seconde , étend et fortifie L'appareil imposant de la philosophie!
Son amante avec lui se plut à voyager : De costume et de mœurs elle aimait à changer. Chaque peuple étonné reconnut son langage : Heureuse si Voltaire eût été moins volage, Et n'eût brigué souvent les faveurs de Clio , De la docte Uranie et surtout d'Éralo !
CF. MF.AIE. Ibid
3 Mel|>onicnc.
* Voyez le môme sujet, eu prose.
ET PARALLÈLES