IES SATIRIQUES
L'ardeur de se montrer, et non pas de médire , Arma la vérité du vers de la satire.
Lucile le premier osa la faire voir, Aux vices des Romains présenta le miroir, Vengea l'humble vertu de la richesse altière, Et l'honnête homme à pied du faquin en litière. Horace à celte aigreur mêla son enjoûment. On ne fut plus ni fat ni sot impunément : Et malheur à tout nom qui , propre à la censure, Put entrer dans un vers sans rompre la mesure!
Perse, en ses vers obscurs, mais serrés et pressants, Affecta d'enfermer moins de mots que de sens.
Juvénal, élevé dans les cris de l'école , Poussa jusqu'à l'excès sa mordante hyperbole. Ses ouvrages, tout pleins d'affreuses vérités , Elincellent pourtant de sublimes beautés : Soit que, sur un écrit arrivé de Caprée , Il brise de Séjan la statue adorée ; Soit qu'il fasse au conseil courir les sénateurs-, D'un tyran soupçonneux pâles adulateurs ; Ou que, poussant à bout la luxure latine, Aux portefaix de Rome il vende Messaline1. Ses écrits pleins de feu partout brillent aux yeux.
De ces maîtres savants disciple ingénieux, Régnier2, seul parmi nous , formé sur leurs modèles, Dans son vieux style encore a des grâces nouvelles : Heureux si ses discours, craints du chaste lecteur. Ne se sentaient des lieux où fréquentait l'auteur, Et si , du son hardi de ses rimes cyniques, 11 n'alarmait souvent les oreilles pudiques!
Le latin dans les mots brave l'honnêteté; Mais le lecteur français veut être respecté : Du moindre sens impur la liberté l'outrage, Si la pudeur des mots n'en adoucit l'image. Je veux dans la satire un esprit de candeur, El fuis un effronté qui prêche la pudeur.
B01LEAU. Aripoei., ch. II.
Voyez Horace, et, si dans son délire Sa main voltige au hasard sur sa lyre, Avec quel art variant ses accords , D'un mode à l'autre il s'élève , il s'abaisse ! Vrai dans sa fougue, et sage en son ivresse. Des mœurs de Rome ingénieux censeur, D'un ton moins haut si l'ami de Mécène A mes regards en expose la scène, Quelle morale est plus pure et plus saine! Qu'il y répand de charme et de douceur! En le lisant avec lui je crois vivre.
A Tivoli je m'empresse à le suivre; La liberté, l'enjoûmenl, la raison, Dans sa retraite accourent sur ses traces; L'Amour y vient sans bandeau ni poison , Et la vieillesse y joue avec les Grâces. De nos devoirs le mutuel accord , De nos besoins l'intime et doux rapport ,
l Voyez Satires x, IV, VI.
"■ Régnier, poète satirique français, né en 1573, < liilJ. (N. E.)
Le choix du bien, sa nature immuable,
Le vrai , l'utile, étude inépuisable,
De l'amitié le charme et les liens,
L'art précieux de plaire à ce qu'on aime,
L'art de trouver sou bonheur en soi-même;
Sous ces berceaux , voilà nos entretiens 3.
marmontel. Épilre aux Poêles.