‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 525 sur 649 · MICHEL-ANGE, OU LA RENAISSANCE DES ARTS · texte numérisé non relu

MICHEL-ANGE, OU LA RENAISSANCE DES ARTS

Tous les arts ont brillé d'un rayon de sa gloire.

I'ONTANÏS.

C'en est fait, le luxe domine

Et sur Rome et sur l'univers :

Au sein de sa grandeur rencontrant sa ruine, Rome tombe ; el le monde est vengé de ses fers.

Voyez ces hordes homicides ,

Ces monstres, de carnage avides, Que vomit de son sein tout le Nord débordé : Pareils à ces torrents, sombres iils de l'orage,

Ils portent partout le ravage ,

Et l'Occident est inondé.

Rome! que de fléaux s'unissent Pour t'accabler de toutes paris !

Dans des fleuves de sang les nations périssent,

Et la flamme a déjà dévoré les remparts : Là , sont des colonnes brisées , Ici, des voûtes écrasées,

Là, des débris fumants des temples immortels ;

Et tous leurs dieux, perdus sous ces vastes décombres. Dans le silence et dans les ombres , Gisant au pied de leurs autels.

La ronce, de ses bras stériles, Entoure les hauts monuments;

Et les flancs de la terre , autrefois si fertiles ,

N'étalent pour moisson que d'affreux ossements.

* Abaissée au niveau de l'herbe,

Rome, au front allier et superbe,

Pleure sur ses palais que la mousse a couverts;

Le Tibre en a frémi sur son urne attristée, Et son onde erre épouvantée Au sein de ces nouveaux déserts.

0 Rome! sors de tes ruines, Grande ombre ! renais à sa voix :

Fais revivre à jamais l'orgueil des Sept Collines,

Sois la reine du monde une seconde fois. Michel-Ange a dit : Tout respire , L'airain , le marbre , le porphyre

En colonnes soudain s'élancent dans les airs;

Tels que, charmés jadis par la lyre thébaine,

Les rocs , sur les remparts d'Alcmène *, Montaient dans leurs ordres divers.

Rival de Scopas et d'Apelle , Tu surpassas tous leurs progrès, Toi, dont l'art, héritier de leur gloire immortelle,

3 Voyez lie partie.

t uans Ttaèbes, Aicmènc était femme d'Amphitryon, roi Thebes. (N. E.)

A de Vitruve encor connu tous les secrels '.

Sous ta touche ardente, enflammée,

Ici , la toile est animée , Et la matière emprunte une âme à ton pinceau; Là, pour peupler les arcs et les brillants portiques

De ces bâtiments magnifiques,

Les dieux naissent de ton ciseau.

Quel est ce temple au dôme immense2,

Ce temple où tous les arts rivaux, Unis pour décorer sa pompeuse ordonnance , Épuisaient sous tes yeux leurs magiques travaux?

De Rome antique altière idole,

Tombe, ô fastueux Capitole!

Cède à la majesté de ce lieu solennel. Faux dieux ! renversez-vous. Voici le sanctuaire

Où, dans sa grandeur solitaire,

Réside à jamais l'Éternel,

C'est ainsi que , par ce grand homme , Les talents furent ranimés ; Il fit luire à la fois, sur la moderne Rome, Les trois flambeaux des arts par ses mains rallumés; C'est par ses soins que l'Italie, De ses chefs-d'œuvre enorgueillie, De l'univers encore a conquis les regards, Et par lui cette terre illustre et fortunée, Aux grands triomphes destinée , Fut deux fois la mère des arts.

O toi que la gloire environne

De ses feux les plus éclatants, Toi , que les arts ont ceint d'une triple couronne Que ne pourront flétrir les outrages du temps ;

Vois , vois ta patrie éplorée

Payer à ton ombre sacrée L'honorable tribut de son long souvenir 3; Souris du haut des cieux à ses justes hommages,

Et, planant par delà les âges,

Embrasse tout ton avenir !

CUÊNBDOLLÉ. Études poétiques.

J'allais cesser mes chants : aux sources d'Hippocrène Quelle divinité malgré moi me ramène?

Ange de la peinture, ô divin Raphaël!

C'est toi : reçois l'encens que j'oifre à ton autel ! Gloire à ton ombre illustre, émule heureux d'Apelle, O des peintres futurs digne et parfait modèle! Je te vois entouré de disciples chéris, Et tel qu'un tendre père au milieu de ses fils , De ton art enchanteur expliquant le mystère, Eclairer leurs esprits de ta vive lumière ; Ou par des traits savants , retracés à leurs yeux, Les charmer encor plus, les instruire encor mieux. Ils puisent dans ton àme une nouvelle vie; A ton génie ardent s'allume leur génie. Jules4, ton bien-aimé, moins pur, moins gracieux, Prend un élan plus fier et plus audacieux. De tes nobles pensers , non moins noble interprète ,

l Scopas, sculpteur; Apelle, peintre célèbre du temps d'Alexandre. Vitruve , architecte romain, connu surtout par ce qu'il a Ccrit sur son art; il vivait sous Auguste. (N. E.) 2 Saint-Pierre de Rome- in. E.j

CARACTÈRES OU PORTRAITS

Tu conçois; et soudain il trace la défaite

Du farouche tyran , fils de Maximien :

Le pieux fondateur de l'empire chrétien

Ici montre aux soldats armés pour sa défense,

Écrite dans les cieux la chute de Maxence.

Jule, en ces grands travaux, ô divin Raphaël !

Associait son nom à ton nom immortel.

L'orgueilleux Vatican, sur ses murs magnifiques,

Déjà rivalisant les prodiges antiques,

Orné par tes pinceaux étonnait les regards;

Devant lui reculaient les limites des arts :

Jeune Apelle, ah ! pourquoi d'une fougue effrénée

Toi-même as-tu borné ta haute destinée?

Le plaisir t'abusait; son charme séducteur,

En abrégeant tes jours, abrège ton bonheur.

O douleur! ô regrets! dans sa tristesse amère,

De son maître adoré, qu'il chérit comme un père,

Jule, éperdu, saisit le pinceau défaillant,

Et termine à regret le chef-d'œuvre brillant.

Grand Raphaël ! encor dans l'été de ton âge,

Tu l'aurais achevé cet immortel ouvrage,

Où le Christ, radieux, des sommets du Thabor,

Vers le ciel qui l'attend prend un divin essor.

Son visage éblouit; son vêtement éclaire;

De sa gloire accablés, la face contre terre,

Ses disciples tremblants n'osent lever les yeux,

Pour suivre dans les airs son vol majestueux 5.

Faut-il , si jeune encor, que Raphaël succombe!

Muses, Grâces, Vertus, de fleurs couvrez sa tombe !

Ses élèves, en proie à leurs sombres chagrins,

Autour de lui pressés, accusaient les destins.

Mais soudain apparaît, majestueuse et belle,

De lumière entourée, une jeune immortelle.

Un céleste rayon brille dans ses regards ;

Elle tient dans sa main les palmes des beaux-arts :

C'étaitla Gloire ! «O vous,disciples d'ungrand homme.

Que d'un regret si tendre honore aujourd'hui Rome,

Quand j'affranchis son nom de l'oubli du cercueil ,

Gardez de l'affliger par un profane deuil.

Séchez vos pleurs; vos pleurs offenseraient sa gloire.

L'univers et les temps maintiendront sa mémoire.

Oui , de mon noble éclat, toujours environné,

Des peintres le plus grand, par ma main couronné,

Dieu des arts, et rival du dieu de l'harmonie,

Va cueillir dans les cieux les palmes du génie. »

GIRODET-tiuoson. Le Peintre, eu. vi.

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