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LES POETES DU SIÈCLE DE LOUIS XIV

Quelle humeur triste et dédaigneuse Nous dégoûte de notre bien?

Notre langue est riche et pompeuse Pour quiconque la connaît bien ; Et, moins brillant par son génie Qu'aimable par son harmonie, Notre Malherbe sut cueillir Ces feuilles si vertes, si belles, Dont les couronnes immortelles Empêchent son nom de vieillir.

Mais quoi ! le fer brille à ma vue, Et de morts les champs sont couverts,

s Allusion à la fëtc que l'on célèbre tous les ans, à Florence, en l'honneur de Michel-Ange.

♦ Jules Pipi, plus connu sous le nom de Jules Romain. s Le tableau de la Transnguration. (N. E.J

ET PARALLELES

L'aigle par l'aigle est abattue, On combat pour choisir ses fers.

Rome décbire ses entrailles!

Que de meurtres, de funérailles! Paix sanglante, ouvrage d'horreur!

Que de cris percent mon oreille!

Plein d'effroi j'admire Corneille, Et je me plais dans ma terreur.

Toi qui rends à la tragédie L'ornement pompeux de ses chœurs, Ta muse encore plus hardie D'un saint trouble remplit nos cœurs ; Je te suis jusqu'à la montagne, Où Dieu , que sa gloire accompagne, Vient dicter ses commandements.

Frappé du bruit de son tonnerre, Je crois sentir trembler la terre Sur ses antiques fondements '.

Au moindre zéphyr dont l'haleine Fait rider la face de l'eau , L'aimable et tendre la Fontaine M'intéresse pour un roseau.

Mais , s'il appelle la tempête Contre cette orgueilleuse tête Qui veut entraver ses efforts, Quelle chute ! quelle ruine !

Le chêne qu'elle déracine Touchait à l'empire des morts.

Que j'aime la voix languissante Qui laisse tomber faiblement Ces mots dont la douceur m'enchante, Et qui coulent si lentement !

0 grand peintre de la mollesse2 !

.l'aime encor jusqu'à ta vieillesse, Lorsqu'après dix lustres pesants Amassés sur la tête illustre, Elle y jette un onzième lustre, Qu'elle surcharge de trois ans!

Si le maître de notre lyre3 Aujourd'hui chante loin de nous, Dans l'air étranger qu'il respire , Ses accords n'en sont pas moins doux.

Non , la veine de notre Alcée N'a point encore été glacée Par la froideur de ces climats, Où si souvent de la Scythie Le fougueux époux d'Orithye Rassemble les tristes frimas.

Telle est la noble poésie

Que les Muses nous font goûter,

Qu'à son tour avec jalousie

Homère pourrait écouter.

Ne regrettons point le Méandre,

La Seine nous a fait entendre

Quelques cygnes mélodieux ;

Mais partout ils ont été rares :

Si les dieux éiaient moins avares,

Leurs dons seraient moins précieux.

Amateurs des pointes brillanles, Des jeux d'esprit et des éclairs,

» tlacine dans Eslhtr et -Hlialie. (N. E.J ï Roileau. (N.E.i

Toutes ces beautés pétillantes N'immortalisent point nos vers.

Mais une constante harmonie A la raison toujours unie De l'oubli nous rendra vainqueurs.

Qu'elle soit l'objet de nos veilles :

C'est l'art d'enchanter les oreilles Qui fait la conquête des cœurs.

racine le fils. Ode surf Harmonie»

BOrLEAO PEINT PAR LUI-MEME.

. . . Que si même, un jour, le lecteur gracieux, Amorcé par mon nom, sur vous tourne les yeux, Pour m'en récompenser, mes vers, avec usure, De votre auteur alors faites-lui la peinture : Et , surtout, prenez soin d'effacer bien les traits Dont tant de peintres faux ont flétri mes portraits. Déposez hardiment qu'au fond cet homme horrible Ce censeur qu'ils ont peint si noir et si terrible, Fut un esprit-doux, simple, ami de l'équité, Qui , cherchant dans ses vers la seule vtirité, Fit, sans être malin , ses plus grandes malices, Et qu'enfin sa candeur seule a fait tous ses vices. Dites que, harcelé par les plus vils rimeurs, Jamais, blessant leurs vers, il n'effleura leurs mœurs; Libre dans ses discours, mais pourtant toujours sage, Assez faible de corps, assez doux de visage, Ni petit, ni trop grand , très-peu voluptueux, Ami de la vertu, plutôt que vertueux.

Que si quelqu'un, mes vers, alors vous importune, Pour savoir mes parents, ma vie et ma fortune , Contez -lui qu'allié d'assez hauts magistrats, Fils d'un père greffier, né d'aïeux avocats, Dès le berceau perdant une fort jeune mère, Réduit seize ans après à pleurer mon vieux père, J'allai d'un pas hardi , par moi-même guidé, Et de mon seul génie en marchant secondé, Studieux amateur et de Perse et d'Horace, Assez près de Régnier m'asseoir sur le Parnasse ; Que, par un coup du sort, au grand jour amené, Et des bords du Permesse à la cour entraîné, Je sus, prenant l'essor par des routes nouvelles, Elever assez haut mes poétiques ailes; Que ce roi, dont le nom fait trembler tant de rois, Voulut bien que ma main crayonnât ses exploits ; Que plus d'un grand m'aima jusques à la tendresse, Que ma vue à Colbert inspirait l'allégresse ; Qu'aujourd'hui même encor, de deux sens affaibli. Retiré de la cour, et non mis en oubli , Plus d'un héros, épris des fruits de mon étude, Vient quelquefois chez moi goûter la solitude. Épitre s.

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