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LA COMÉDIE, OU MOLIÈRE

De son génie éteint avec les grâces Il ne restait ni vestiges, ni traces, Avant qu'Armand4, heureux à tout tenter, Eûl entrepris de le ressusciter.

Mais ce génie alors en son enfance,

3 j.-b. Rousseau. (N. E.)

4 Le cardinal Ue Richelieu, {». K.)

CARACTERES OU PORTRAITS

Dans son berceau dépourvu d'assistance,

Faute d'un maître habile à l'essayer,

N'avait encore appris qu'à bégayer,

Lorsqu'assisté de Térence et de Plaute,

Molière vint, dont la voix lière et haute

Lui fit d'abord, par de justes leçons,

Articuler et distinguer ses sons ;

Bientôt après, sur ses avis fidèles,

S'apprivoisant avec ces grands modèles,

Et dans leur lice instruit à s'exercer,

11 apprit d'eux l'art de les devancer.

Sous ce grand homme enfin la comédie

Sut arriver, justement applaudie,

A ce point fixe où l'art doit aboutir,

Et dont sans risque il ne peut plus sortir.

Ce fut alors que la scène féconde

Devint l'école et le miroir du monde,

Et que chacun , loin d'en être choqué

Fit son plaisir de s'y voir démasqué.

Là le marquis, figuré sans emblème,

Fut le premier à rire de lui-même,

Et le bourgeois apprit , sans nul regret ,

A se moquer de son propre portrait.

Le sot savant, la docte extravagante,

La précieuse et la prude arrogante,

Le faux dévot, l'avare, le jaloux,

Le médecin, le malade, enfin tous,

Chez une muse en passe-temps fertile,

Vinrent chercher un passe-temps utile.

Les beaux discours, les grands raisonnements,

Les lieux communs et les beaux sentiments

Furent bannis de son joyeux domaine,

Et renvoyés à sa sœur Melpomène.

Bref, sur un trône au seul rire affecté,

Le rire seul eut droit d'être exalté.

C'est par cet art qu'elle charma la ville,

Et que toujours, renfermée en son style,

A la cour même, où surtout elle plut,

Elle atteignit son véritable but '.

J.-B. ftODSSEAU. Épitre il, liv. u.

Mais à mes yeux encor plus familière, Plus près de moi , plus facile à saisir, La vérité, dans les jeux de Molière, De ses leçons sait me faire un plaisir. Enseigne- nous où lu trouves la rime, Lui dit Boileau, sans doute en badinant : Est-ce donc là ce que ton art sublime, Divin Molière, a de plus étonnant?

Enseigne-nous plutôt quel microscope, Depuis Agnès jusqu'au fier Misanthrope, Te dévoila les plis du cœur humain; Quel dieu remit ses crayons dans ta main? Dans tes écrits, quelle sève féconde, Quelle chaleur, quelle âme tu répands!

La cour, la ville, et le peuple et le monde , Tu fais de tout une étude profonde, Et nous rions toujours à nos dépens.

Le jaloux rit d'un sot qui lui ressemble; Le médecin se moque de Purgon; L'avare pleure et sourit tout ensemble D'avoir payé pour entendre Harpagon ;

'Voyez Caractères , en i

Le seul Tartufe a peu ri , ce me semble. Moi qui n'ai point le masque d'un dévot, Quand la vapeur d'une bile épaissie S'élève autour de mon âme obscurcie, Quand de l'ennui j'ai bu le froid pavot. Ou que la sombre et vague inquiétude Trouble mes sens fatigués de l'étude, J'appelle à moi Sottenville etDandin, Le bon Sosie , et Nicole, et Jourdain.

Le rire alors dans mes yeux étincelle, A pleins canaux mon sang coule soudain; De mes esprits le feu se renouvelle , Je crois renaître, et ma sérénité En un jour clair me peint l'humanité.

Tous ces travers qui m'excitaient la bile, Ne sont pour moi qu'un spectacle amusant; Moi-même enfin je me trouve plaisant D'avoir tranché du censeur difficile 2.

marmontbl. Êpitre aux Poètes.

Molière! A ce nom seul se rassemblent les ris; Les fronts sont déridés, les cœurs épanouis. Qui dans les plis du cœur surprend mieux la nature f Qui sait mieux lui donner cette adroite torture Qui rend le ridicule ou le vice indiscret, Et fait, avec le rire, éclater leur secret? Quel naïf, et souvent quel sublime langage! 0 Molière! ô grand homme! ô véritable sage! Avec un vain amas de sots admirateurs , Je ne te loûrai pas, dans mes portraits flatteurs, D'avoir du cœur humain corrigé le caprice, Détruit le ridicule et réformé le vice : Tous deux sont immortels , et ne font que changer; Tu peux charmer le monde, et non le corriger. Comme par une vague une vague est poussée, La sottise du jour est bientôt remplacée. Sans cesse variant nos volages humeurs, Le temps conduit la mode, et la mode, les mœurs : Ainsi pour un travers il s'en reproduit mille. Mais, puisqu'il nous distrait, ton art nous est utile. Tous ces fous , tous ces sots par toi si bien décrits , Incommodes ailleurs , charment dans tes écrits. Que dis-je? chacun d'eux, grâce à ton art suprême, Chez toi, sans le savoir, vient rire de lui-même : Ainsi l'oiseau léger, crédule et curieux, Vient se prendre au miroir qui le montre à ses yeux. delille. L'Imagination, cU.V-

tfUlNAULT.

Chantre immortel d'Atys et de Renaud, O toi, galant et sensible Quinault, L'illusion, aimable enchanteresse, Mêla son philtre à tes vives couleurs.

Le dieu des vers, le dieu de la tendresse, T'ont couronné de lauriers et de fleurs. Et qui jamais ouvrit à l'harmonie Un champ plus vaste, un plus riche trésor? En créant l'art , ton cœur fut ton génie.

Voyez lit paille.

ET PARALLÈLES

En vain ta gloire en naissant fui ternie; Elle renaît plus radieuse cncor.

Dans tes tableaux quelle noble magie!

Dans tes beaux vers quelle douce énergie! Si le français , par Racine embelli , Lui doit la grâce unie à la noblesse, Tl tient de toi , par ton style amolli , Un tour liant et nombreux sans faiblesse.

MARMONTEL. Épîlre UUX POÉles.

Que la nature, au génie indulgente, Traita bien mieux ce poëte ingénu, Ce la Fontaine , a lui seul inconnu , Ce peintre-né dont l'instinct nous enchante! Simple et profond , sublime sans effort , Les vers heureux , le tour rapide et fort, Viennent chercher sa plume négligente.

Pour lui sa muse, abeille diligente, Va recueillir le suc brillant des fleurs. En se jouant, la main de la nature Mêle, varie, assortit ses couleurs :

C'est un émail semé sur la verdure , Dont le zéphyr fait toute la culture , Et que l'aurore embellit de ses pleurs. Mais, sous l'appât d'un simple badinage, Quand il instruit, c'est Socrate ou Caton , Qui de l'enfance a pris l'air et le ton : De l'art des vers tel est le digne usage ».

LE MÊME. Ibkl.

MÊME SUJET

L'Imagination, dans cet auteur qu'elle aime, Du modeste apologue a fait un vrai poème : Il a son action , son nœud , son dénoûment. Chez lui , l'utilité s'unit à l'agrément; Le vrai nous blesse moins en passant par sa bouche; Il ménage l'orgueil, qu'un reproche effarouche; Sous l'attrait du plaisir, il cache la leçon, Et, par d'heureux détours, nous mène à la raison. Il ignore son art, et c'est son art suprême; Il séduit d'autant plus qu'il est séduit lui-même. Le chien , le bœuf, le cerf, sont vraiment ses amis ; A leur grave conseil par lui je suis admis. Louis, qui n'écoutait, du sein delà victoire, Que des chants de triomphe et des hymnes de gloire, Dont, peut-être, l'orgueil goûtait peu la leçon Que reçoit dans ses vers l'orgueil du roi Lion , Dédaigna la Fontaine, et crut son art frivole. Chantre aimable! ta muse aisément s'en console. Louis ne te fit point un luxe de sa cour ; Mais le sage t'accueille en son humble séjour: Mais il te fait son maître , en tous lieux , à tout âge, Son compagnon des champs, de ville, de voyage; Mais le cœur te choisit : mais tu reçus de nous , Au lieu du nom de grand , un nomcentfoisplusdoux ; Et, qui voit ton portrait, le quittant avec peine, Se dit avec plaisir : « C'est le bon la Fontaine. » Et, dans sa bonhomie et sa simplicité, Que de grâce ! et souvent , combien de majesté !

Voyez Caractères ou Portraits, en prose. : Oraison funèbre de la reine d'Angleterre.

S'il peinlles animaux , leurs mœurs, leur répuhl Pline est moins éloquent, Dutfon moins magnifiq tiFi.iLi.R. L' Imaginât lont eh vi

MÊME SUJET

Bien moins imitateur qu'il n'est inimitable, La Fontaine créa le style de la fable, Et, de Molière émule, étala dans ses vers Une ample comédie à cent actes divers.

Que j'aime à parcourir ces poétiques mondes, Ces exemples vivants et leurs leçons fécondes, Et ces avis couverts de voiles délicats! A ce guide altrayant abandonnons nos pas : Il conduit aux vertus par une pente douce; La pointe du remords entre ses mains s'émoussc. La Fontaine est pour nous le véritable ami. L'enfant , dans la carrière encor mal affermi , Sur le bras du bonhomme ingénument s'appuie; Le sage qui termine une innocente vie Redit ces mots touchants: C'est le soir d'unbeau jour Heureux amants, il est votre maître en amour! C'est lui qui du lettré charme la solitude; Au politique même il fournit une étude. Ah! puisse de ses vers l'instructive douceur Des esprits à jamais bannir la sombre erreur, La folle ambition , la stupide avarice , Et des simples vertus leur faire un pur délice! 0 champs, ô doux loisirs, ô médiocrité! Plaisir de ne rien faire, aimable liberté, Long dormir, vrais trésors, volupté souveraine, Je vous goûte bien mieux, grâce au bon la Fontaine! ciuussaud. Poétique secondaire.

Des héros dont sa voix enorgueillit la cendre. Les mânes ranimés se lèvent pour Penlendre.

F0NTANK9.

Toujours sublime et magnifique,

Soit que, plein de nobles douleurs, -Il nous montre un abîme où fut un trône antique, Et d'une grande reine étale les malheurs;

Soit lorsqu'entr'ouvrant le ciel même,

Il peint le monarque suprême Courbant tous les Etats sous d'immuables lois; Et de sa main terrible ébranlant les couronnes,

Secouant et brisant les trônes,

Et donnant des leçons aux rois 2!

Mais de quelle mélancolie

Il frappe et saisit tous les cœurs, Lorsqu'altristant notre âme et sombre et recueillie-, Au cercueil d'Henriette il convoque nos pleurs!

Et comme il peint celte princesse,

Riche de grâce et de jeunesse, Tout à coup arrêtée au sein du plus beau sort, Et des sommets riants d'une gloire croissante,

Et d'une santé florissante,

Tombant dans les bras de la mort r> !

Voyez, « ce coup de tonnerre *, Comme il méprise nos grandeurs !

3 oraison funèbre de la duchesse d'Orléans. (V s.)

4 Expression mOmc de Gossucl.

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