‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 54 sur 649 · LES MONTAGNES DE LA SUISSE · texte numérisé non relu

LES MONTAGNES DE LA SUISSE

Tantôt d'immenses roches pendaient en ruines au-dessus de ma tête ; tan tôt de hautes elbruyantes cascades m'inondaient de leurs épais brouillards ; tantôt un torrent éternel ouvrait à mes côtés un abîme dont les yeux n'osaient sonder la profondeur. Quelquefois je me perdais dans l'obscurité d'un bois touffu; quelquefois, en sortant d'un gouffre , une agréable prairie réjouissait tout à coup mes regards. Un mélange étonnant de la nature sauvage et de la nature cultivée montrait partout la main des hommes , où l'on eût cru qu'ils n'avaient jamais pénétré. A côté d'une caverne , on trouvait des maisons ; on voyait des pampres secs , où l'on n'eût cherché que des ronces , des vignes dans des terres éboulées, d'excellents fruits sur des rochers, et des champs dans des précipices.

Ce n'est pas seulement le travail des hommes qui rendait ces pays étranges si bizarrement contrastés ; la nature semblait encore prendre plaisir à s'y mettre en opposition avec elle-même , tant on la trouvait différente en un même lieu sous divers aspects! Au levant, les fleurs du printemps ; au midi, les fruits de l'automne ; au nord, les- glaces de l'hiver. Elle réunissait toutes les saisons dans le même instant , tous les climats dans le même lieu , des terrains contraires sur le même sol , et formait l'accord , inconnu partout ailleurs , des productions des plaines, et de celles des Alpes.

J.-J. ROUSSEAU

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