‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 55 sur 649 · PAYSAGES DE LA SUISSE · texte numérisé non relu

PAYSAGES DE LA SUISSE

La beauté des paysages de la Suisse est un sujet inépuisable pour le poète et pour le peintre. Cependant, lorsqu'après avoir lu leurs descriptions et vu leurs tableaux, on voyage sur les Alpes, on sent vivement l'impuissance où est l'art de rendre sensibles les beautés sublimes de la nature. Ce calme et cette pureté de l'air qu'on y respire, l'aspect imposant de cent montagnes colossales enfoncées dans les nues et chargées de glaciers, la multitude de fleurs qui émaillent, au printemps, les pâturages des hauteurs, clcontrastent

SI

par la vivacité des couleurs avec la sombre verdure des bois d'arbres résineux ; ces chalets solitaires adossés contre les rochers ou protégés par les tiges élancées des sapins ; ces troupeaux qui animent les tapis de verdure, et que Ton voit paître jusqu'au bord des abîmes; la fraîcheur des eaux vives qui jaillissent sur les flancs des montagnes et dans tous les vallons; ces nappes d'eau tlcuâtre qui remplissent plusieurs bassins des vallées et brillent dans le lointain ; la situation pittoresque de tant de hameaux et d'habitations isolées : tous ces objets divers font sur le voyageur une impression que ni le pinceau de l'artiste ni la plume du poëte ne peuvent se flatter d'égaler. L'imagination peut se la figurer; cependant la réalité est encore au-dessus des effets de l'imagination ; elle y ajoute toujours des incidents dont on n'a guère d'idées dans les pays de plaine. Tantôt ce sont des vapeurs qui couronnent la cime du rocher d'où se précipite un torrent, en sorte que la masse d'eau paraît tomber des nues ; tantôt ce sont des brouillards blanchâtres qui remplissent les vallées et toute la région inférieure, au point de faire croire au voyageur, arrivé au sommet d'une montagne, qu'il est entouré d'un vaste océan; tantôt c'est la foudre qui de toutes parts s'élance d'épais nuages d'une teinte de cuivre rouge , et sillonne les airs au-dessous du spectateur , autour duquel l'air conserve une sérénité parfaite ; tantôt ce sont les derniers rayons du soleil qui éclairent les pyramides, plateaux et masses de glace au haut des Alpes, les transforment en objets fantastiques et leur prêtent les couleurs les plus variées et les plus vives , les rapprochent de l'œil du spectateur, et leur laissent , en se retirant, une teinte pâle et grisâtre qui les a fait comparer à des fantômes gigantesques; quelquefois il semble que les arêtes et les brècbes des rochers et des glaciers s'appuient sur des nuages et composent des citadelles aériennes ; d'autres fois les nuages paraissent s'élayer à leur tour sur deux montagnes opposées, et former, en se rejoignant, une arcade immense au-dessous de laquelle on aperçoit en perspective un paysage riant, éclairé par le plus beau soleil. En un mot, la nature réserve toujours à l'étranger qui voyage en Suisse, et même à l'indigène , des sujets de surprise, et il serait souvent tenté de croire qu'il est transporté dans un monde nouveau.

depping. La Suisse-

COUP d'oeil sur l'espagne.

Considérée géographiqiicment et physiquement, l'Espagne lient presque autant à l'Afrique qu'à l'Europe; on ne peut en douter, quand sur I» cane ticia Méditerranée, à côté dçs péninsules

de Grèce et d'Italie , on voit celle d'Espagne donner, pour ainsi dire, la main à la pointu d'Afrique, qui semble n'être que sa continuation, malgré le nom et le détroit qui les séparent... A travers les différences que la religion , le gouvernement et les lois ont établies dans les mœurs, dans le costume, dans le langage, on voit que les rapports matériels et terrestres, le sol, les eaux, la culture, se retrouvent encore les mêmes entre des pays voisins qu'une longue suite d'événements a rendus étrangers l'un à l'autre. Ainsi le même soleil brûlant dévore la Barbarie, et l'Andalousie ou les Algarves. Les montagnes , dépouillées de forêts, n'y amassent plus les nuages et les pluies. Les plaines et souvent les vallons sont en proie à la sécheresse. Partout, il est vrai, où l'art rencontre des eaux fertilisantes, il en profite avec un succès prodigieux pour demander des à récoltes la terre. Mais auprès de ces riches campagnes sont des déserts ou des despoblados * immenses , où l'œil se perd et la pensée s'attriste , en embrassant de toutes parts l'espace aride et solitaire. Quand on s'élève sur le sommet de quelques-unes des nombreuses montagnes qui traversent l'Espagne, on n'aperçoit sous un ciel presque toujours ardent que des plateaux incultes et des pentes nues, dont rien de vivant ne coupe l'uniformité. Seulement au fond des vallées serpente au loin une rivière ou un ruisseau, entouré d'une lisière de verdure, où l'on suit comme à la trace les moissons, les plantalions et les habitations des hommes. Une carte enluminée, présentant la forme de tous les bassins, les eaux avec une teinte d'azur, et leurs bords avec une teinte verte plus ou moins large , serait un tableau fidèle , où l'on pourrait reconnaître l'état réel de ce terr-toire , qui , à peu près égal en surface à celui -.k la France , ne contient cependant et ne nourrit qu'une population à peine égale au tiers de la nôtre. On embrasserait d'un coup d'œil , comme par l'anatomie , les veines et les artères de ce grand corps , qui manque d'embonpoint , mais qui a encore des nerfs et des muscles si l'on ose employer une telle comparaison , et dont la structure présente une charpente taillée pour la grandeur et la force.

Mémoires du maréchal s c guet.

Page 1