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CE QUE C'EST QUE L'HARMONIE

L'harmonie , en musique , est le sentiment que produit sur nous le rapport appréciable des sons. Si les sons se font entendre en même temps , ils font un accord ; et ils font un chant et une mélodie, s'ils se font entendre successivement.

Il est évident que l'accord ne peut pas entrer dans ce qu'on appelle harmonie du style ; il n'y faut donc chercher que quelque chose d'analogue au chant. Or il y a deux choses dans le chant : mouvement et inflexion.

Nos mouvements suivent naturellement la première impression que nous leur avons donnée ; " et il y a toujours le même intervalle de l'un à l'autre. Quand nous marchons , par exemple , nos pas se succèdent dans des temps égaux. Tout chant obéit également à cette loi : les pas , si je puis m exprimer ainsi , se font dans des intervalles égaux, et ces intervalles s'appellent mesures.

Suivant les passions dont nous sommes agités , nos mouvements se ralentissent ou se précipitent, et ils se font dans des temps inégaux. Voilà pourquoi , dans la mélodie , les mesures se distinguent par le nombre et par la rapidité ou la lenteur des temps.

En effet, la nature et l'habitude ont établi une si grande liaison entre les mouvements du corps et les sentiments de l'âme , qu'il suffit d'occasionner dans l'un certains mouvements pour éveiller dans l'autre certains sentiments. Cet effet dépend uniquement des mesures et des temps auxquels le musicien assujettit la mélodie.

L'organe de la voix fléchit comme les autres , sous l'eiïort des sentiments de l'âme. Chaque passion a un cri inarticulé qui la transmet d'une âme à une âme ; et lorsque la musique imite cette inflexion , elle donne à la mélodie toute l'expression possible. Chaque mesure , chaque inflexion a donc , en musique , un caractère particulier, et les langues ont plus d'harmonie x et une harmonie plus expressive , à proportion qu'elles sont capables de plus de variété dans leurs mouvements et dans leurs inflexions.

CONDIILAC.

DÉFINITIONS

LA YLRITE DU CARACTKUE.

Quelle n'est pas , pour tout être humain , Fini- | porlance de la vérité du caractère ! L'influence . de celte qualité sur l'ensemble de la moralité est j si grande qu'il semble inutile de la signaler. L'enchaînement du vice et de la fausseté est j inévitable. On s'apprend d'abord à dissimuler parce qu'on a fait mal ; on continue à faire le mal parce qu'on s'est appris à dissimuler. Personne ne conteste ces observations , ce sont des maximes reconnues ; chacun sait que la sincérité est une vertu garante de toutes les autres; mais ce qu'on ne sait pas assez dans l'éducation , c'est à quel point la possession de celte vertu est un intérêt pressant , immédiat , personnel pour chaque élève. On ne s'aperçoit pas du rang que l'opinion même la plus frivole accorde par le fait à la véracité. Ceci demande quelque développement.

Invisible cl immatérielle par son essence , l'âme ne se donne à connaître au dehors que par les actions et le langage ; il est des actions marquantes, décisives, qui suffisent à manifester le mérite intérieur aux yeux de tous ; mais celles-là sont rares dans la vie. La plupart des destinées humaines, enchaînées parla nécessité, parles habitudes, s'écoulent sans que la nature intime du cœur se soit révélée dans la conduite.

Il nous est néanmoins bien important de nous connaître les uns les autres. Les événements sont si incertains, les relations sociales se combinent, se multiplient de tant de manières, que j nul ne peut dire si les plus faibles liens ne viendront pas tout à coup à se resserrer, et si tel I individu n'influera pas sur votre vie. Il y a un | caractère moral à démêler chez les peuples , dans j les gouvernements , dans les familles ; aussi , sous j des rapports plus ou moins généraux, cette j question occupe la société entière , et , depuis le j commérage le plus futile jusqu'à la politique la j plus relevée , donne de l'exercice à tous les j esprits.

Nos projets pour l'avenir, bien que fondés sur i des conjectures , reposent néanmoins sur quel- j ques données. Nous croyons savoir quelle sera, ; dans telle occasion, la conduite de telle per- j sonne, et cette connaissance, plus ou moins j exacte, c'est à l'étude de son caractère que nous la devons. Si une pareille étude était impossible, si une profonde obscurité nous dérobait com- i plétement la vue d'un être moral , dès lors il cesserait d'exister pour nous. Ne pouvant jamais compter sur lui, nous le laisserions de côté sans mot dire, cl nous irions chercher de la certitude autre part. C'est là ce qui nous arrive avec les êtres faux , affectés , avec tous ceux qui ont coupé [

le pont de communication cuire leur ànie et cdle des autres. Ils sont frappés de nullité, quoi qu'ils fassent; s'ils nous amusent ou nous instruisent, » c'est à la manière des livres; s'ils nous servent, c'est à la manière des instruments. Mais eux , ce ncsonl pas des personnes; ils n'ont pas pour nous de réalité. En abolissant leur témoignage, ils ont commis en quelque sorte un suicide moral, et leur existence reste inaperçue. Voyez-les se débattre dans le néant, entasser les gestes, les exp'ressions fortes : nul ne prend garde à eux, l'on sourit et l'on passe.

Les paroles , ce moyen de s'entendre si charmant, si facile , les paroles n'ont point par ellesmêmes de valeurfixe; elles en prennent chez chaque individu une particulière dont on est averti par des indices très-délicats, mais qui, dans leur ensemble, trompent rarement. Cette valeur peut être fort élevée. Tel mot, prononcé par tel homme, répond de sa conduite à jamais; ce mot o&l lui, il saura le soutenir, quoi qu'il en coûte. 11 empreint sa moindre expression du sceau de son âme auguste et produit une impression profonde en la prononçant. En revanche, les protestations les plus fortes de tel autre homme ne comptent pas : ce sont des assignats démonétisés dont on ne regarde plus le chiffre.

En obligeant donc votre enfant à être vrai, vous lui assurez l'existence morale , vie plus importante à conserver que la vie physique, puisqu'on ne trouve plus le repos quand on l'a perdue, et qu'on est au contraire condamné à la plus humiliante agitation. Nul ne parle des chagrins secrets , fruits amers du manque de vérité dans le caractère; on se tait sur la douleur de n'être jamais cru, jamais compté, jamais placé au poste honorable de la confiance, situation qu'il faut toujours cacher, toujours masquer sous de vaines paroles, qui ne servent qu'à la constater.

Quand on voit des peuples entiers succomber sous le poids des maux attachés à la dépréciation du langage; quand on voit que, dans leur infortune , ils excitent à peine la pitié; que des êtres distingués par les dons les plus brillants , les plus propres à émouvoir l'imagination des autres hommes , dans l'impossibilité de produire de l'impression, tombent dans le découragement ou sont réduits à recourir à une exagération ridicule, symptôme et effet désastreux du mal qui afflige leur nation; quand, au contraire, on voit combien des paroles rares et mesurées peuvent imposer de respect chez d'autres peuples, comment ne pas mettre le plus grand soin , dans l'éducation publique et particulière, à relever le prix du signe représentatif de la pensée?

Quel sera , sous ce rapport si important , reflet du changement qui s'opère dans les mœurs du

DEFINITIONS

siècle? Sous l'ancien ordre social, l'obligation d'exposer sa vie plutôt que de laisser révoquer en doute sa bonne foi, contenait, il est vrai, la fausseté en dedans de certaines bornes. Mais si l'usage barbare du duel rebaussait, d'une part, la valeur des paroles, de l'autre il la rabaissait , en mettant le courage personnel au-dessus de tout, et en substituant la bravoure à la conscience. En tout temps l'influence principale est exercée par le sentiment moral et religieux ; mais l'on peut entrevoir que le nouvel état de choses donnera un besoin plus intime et plus continuel de vérité. De nobles intérêts , des intérêts universels, confiés à l'élite des nations, sont un appel à tout ce qui est réel et sincère; les prétextes, les subterfuges , condamnés à la honte d'être dévoilés , n'osent bientôt plus sereproduire. Même dans une sphère moins élevée , l'esprit d'association , celui d'entreprise, en multipliant les transactions, augmentent le désir de s'entendre vite. Les gens fuis font perdre trop de temps, et quand on ne se défierait pas de leur probité , on éviterait d'avoir affaire à eux, parce qu'on ne sait jamais ce qu'ils veulent. De même, dans l'éducation, d'habiles instituteurs ont trouvé que des rapports actifs «t sérieux, entre des enfants chargés de fonctions importantes , les rendaient difficiles sur la sincérité , et faisaient régner parmi eux un souverain mépris, je ne dis pas seulement pour le mensonge , mais pour toute ombre de fausseté.

Mme NECIiER DU SAUSSURE-

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