‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 580 sur 649 · LA GLOIRE ET LA RÉPUTATION · texte numérisé non relu

LA GLOIRE ET LA RÉPUTATION

Qu'est-ce que la gloire? Le jugement de l'humanité sur un de ses membres ; or l'humanité a toujours raison. On n'a de gloire qu'à la condition d'avoir beaucoup fait, d'avoir laissé de grands résultats. Distinguez bien la gloire de la réputation. Pour la réputation, qui en veut en a. Voulezvous de la réputation, priez tel ou tel de vos amis de vous en faire ; associez-vous à tel ou tel parti; donnez- vous à une coterie, servez-la; elle vous louera. Enfin, il y a cent mille manières d'acquérir de la réputation : c'est une entreprise tout comme une autre; elle ne suppose pas mênie une grande ambition. Ce qui dislingue la réputation de la gloire, c'est que la réputation est le jugement de quelques-uns, et que la gloire est le jugement du plus grand nombre, de la majorité dans l'espèce humaine. Or, pour plaire au petit nombre, il suffit de petites choses : pour plaire aux masses, il en faut de grandes.

La gloire est le cri de la sympathie et de la reconnaissance; c'est la dette de l'humanité nvers le génie; c'est le prix des services qu'elle

reconnaît en avoir reçus , et qu'elle lui paye avec ce qu'elle a de plus précieux, son estime. Il faut donc aimer la gloire , parce que c'est aimer les grandes choses , les longs travaux , les services effectifs rendus à la patrie et à l'humanité en tout genre, et il faut dédaigner la réputation, les succès d'un jour, et les petits moyens qui y conduisent; il faut songer à faire, à beaucoup faire, à bien faire; à être, et non à paraître : car, règle infaillible , tout ce qui est , par la vertu de sa nature, paraît tôt ou tard. La gloire est presque toujours contemporaine, ou du moins il n'y a jamais' un grand intervalle entre le tombeau d'un grand homme et la gloire.

cousin- Cours d'Histoire de la philosophie.

D'autres l'ont déjà dit , le drame est un miroir où se réfléchit la nature. Mais si ce miroir est un miroir ordinaire, une surface plane et unie, il ne renverra des objets qu'une image terne et sans relief; fidèle, mais décolorée : on sait ce que la couleur et la lumière perdent à la réflexion simple. Il faut donc que le drame soit un miroir de concentration qui, loin de les affaiblir, ramasse et condense les rayons colorants, qui fasse d'une lueur une lumière, d'une lumière une flamme. Alors seulement le drame est avoué de l'art.

Le théâtre est un point d'optique. Tout ce qui existe dans le monde, dans l'histoire, dans la vie, dans l'homme, tout doit et peut s'y réfléchir, mais sous la baguette magique de l'art. L'art feuillette les siècles, feuillette la nature, interroge les chroniques, s'étudie à reproduire la réalité des faits, surtout celle des mœurs et celle des caractères , bien moins léguée au doute et à la contradiction que les faits , restaure ce que les annalistes ont tronqué, harmonise ce qu'ils mt dépareillé, devine leurs omissions, et les repare, comble leurs lacunes par des imaginations qui aient la couleur du temps, groupe ce qu'ils ont laissé épars , rétablit le jeu des fils de la Providence sous les marionnettes humaines, revêlle tout d'une forme poétique et naturelle à la fois, et lui donne cette vie de vérité et de saillie qui enfante l'illusion, ce prestige de réalité qui passionne le spectateur, et le poète le premier, car le poète est de bonne foi. Ainsi le but de l'art est presque divin : ressusciter, s'il fait de l'histoire ; créer, s'il fait de la poésie.

C'est une grande et belle chose que de voir se déployer avec celle largeur un drame où l'art développe puissamment la nature; un drame où l'action marche à la conclusion d'une allure ferme et facile, sans diffusion cl sans étrangle-

DÉFINITIONS

ment; un drame enfin où le poète remplisse pleinement le but multiple de l'art, qui est d'ouvrir au spectateur un double horizon , d'illuminer à la fois l'intérieur et l'extérieur des hommes ; l'extérieur par leurs discours et leurs actions, l'intérieur par les à parle et des monologues; de croiser en un mot, dans le même tableau, le drame de la vie et le drame de la conscience...

Ce n'est point à la surface du drame que doit être la couleur locale, mais au fond, dans le cœur même de l'œuvre, d'où elle se répand au dehors, d'elle-même, naturellement, également, et pour ainsi parler, dans tous les coins du drame,

comme la sève, qui monte de la racine à la dernière feuille de l'arbre. Le drame doit être radicalement imprégné de cette couleur des temps; elle doit, en quelque façon , y être dans l'air, de façon qu'on ne s'aperçoive, qu'en y entrant et qu'en en sortant, qu'on a changé de siècle et d'atmosphère. Il faut quelque étude, quelque labeur pour en venir là; tant mieux, il est bon que les avenues de l'art soient obstruées de ces ronces devant lesquelles tout recule, excepté les volontés fortes. C'est d'ailleurs cette étude soutenue d'une ardente inspiration , qui garantira le drame d'un vice qui le lue, le commun.

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