PROCLAMATIONS DU GÉNÉRAL BONAPARTE A SES SOLDATS
Soldats,
Vous avez, en quinze jours, remporté six victoires, pris vingt drapeaux, cinquante pièces de canon, plusieurs places fortes , conquis la partie la plus riche du Piémont ; vous avez fait quinze
ET MORCEAUX ORATOIRES
mille prisonniers , tué ou blessé plus de dix mille hommes.
Vous vous étiez jusqu'ici battus pour des rochers stériles , illustrés par votre courage , mais inutiles à la patrie : vous égalez aujourd'hui par vos services l'armée conquérante de Hollande et du Rhin; dénués de tout, vous avez suppléé à tout ; vous avez gagné des batailles sans canons , passé des rivières sans ponts , fait des marches ibrcées sans souliers , bivaqué sans eau-de-vie et quelquefois sans pain. Les phalanges républicaines , les soldats de la liberté étaient seuls capables de souffrir ce que vous avez souffert. Grâces vous en soient rendues , soldats ! la patrie reconnaissante vous devra sa prospérité ; et si , vainqueurs de Toulon , vous présageâtes l'immortelle campagne de l'an m , vos victoires actuelles en présagent une plus belle encore.
Les deux armées qui naguère vous attaquaient avec audace , fuient épouvantées devant vous. Les hommes pervers qui riaient des privations auxquelles vous étiez condamnés , et se réjouissaient , dans leur pensée , du triomphe de vos ennemis , sont confondus et tremblants.
Mais, soldats, il ne faut pas le dissimuler, vous n'avez rien fait, puisqu'il vous reste encore à faire : ni Turin ni Milan ne sont à vous ; les cendres des vainqueurs des Tarquins sont encore foulées par vos ennemis.
Vous étiez dénués de tout au commencement de la campagne : vous êtes aujourd'hui abondamment pourvus ; les magasins pris à nos ennemis sont nombreux; l'artillerie est arrivée; la patrie a droit d'attendre de vous de grandes choses : justifierez-vous son attente? Les plus grands obstacles sont franchis , sans doute ; mais vous avez encore des combats à livrer, dès villes à prendre, des rivières à passer. En est-il d'entre vous dont le courage s'amollisse ? en est-il qui préféreraient de retourner sur les sommets de l'Apennin et des Alpes , essuyer patiemment les injures d'une soldatesque esclave? Non, il n'en est point parmi les vainqueurs de Monlcnolte , de Millesimo, de Dego et de Mondovi!
Tous brûlent de porter au loin la gloire du peuple français , tous veulent humilier ces rois orgueilleux qui osaient méditer de nous donner des fers , tous veulent dicter une paix glorieuse , qui indemnise la patrie des sacrifices immenses qu'elle a faits ; tous veulent , en rentrant dans leurs villages , pouvoir dire avec fierté : Tétai* de l'armée conquérante de l'Italie l
DERNIÈRE ALLOCUTION DE NAPOLÉON h SA GARDE. Fotaineblcau , 21 avril 1814.
Généraux, officiers, sous-officiers et soldats de ma vieille garde, je vous fais mes adieux : depuis vingt ans je suis content de vous; je vous ai toujours trouvés sur le chemin de la gloire.
Les puissances alliées ont armé toute l'Europe contre moi;... la France a voulu d'autres destinées.
Avec vous et les braves qui me sont restés fidèles, j'aurais pu entretenir la guerre civile pendant trois ans; mais la France eût été malheureuse, ce qui était contraire au but que je me suis proposé.
Soyez fidèles au nouveau roi que la France s'est choisi ; n'abandonnez pas notre chère patrie, trop longtemps malheureuse ! Aimez-la toujours , aimez-la bien , cette chère patrie !
]Jj[e plaignez pas mon sort; je serai toujours heureux lorsque je saurai que vous l'êtes.
J'aurais pu mourir, rien ne m'eût été plus facile; mais je suivrai sans cesse le chemin de l'honneur. J'ai encore à écrire ce que nous avons fait.
Je ne puis vous embrasser tous, mais j'embrasserai votre 'général... Venez, général... (il serre le général Petit dans ses bras.) Qu'on m'apporte l'aigle... (il la baise) chère aigle! que ces baisers retentissent dans le cœur de tous les braves!... Adieu, mes enfants!... mes vœux vous accompagneront toujours ; conservez mon souvenir...