‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 599 sur 649 · OPINION SUR COLBERT · texte numérisé non relu

OPINION SUR COLBERT

Le jeune Louis était tout à fait propre à jouer un rôle magnifique. Sa froide et solennelle figure plana cinquante ans sur la France avec la même majesté. Dans les trente premières années, il siégeait huit heures par jour aux conseils, conciliant les affaires avec les plaisirs, écoutant, consultant mais jugeant lui-même. Ses ministres changeaient , mouraient ; lui , toujours le même , il accomplissait les devoirs, les cérémonies, les fêtes de la royauté, avec la régularité du soleil qu'il avait choisi pour emblème.

L'une des gloires de Louis XIV, c'est d'avoir gardé vingt-deux ans pour ministre l'un des hommes qui ont fait le plus pour la gloire de la France ; je parle de Colbcrt. C'était le petit-fils d'un marchand de laines de Reims, à l'enseigne

CARACTÈRES POLITIQUES

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du £01131 vc'u >' un esprit quelque peu pesant et dur, mais solide, actif, invincible au travail. Il réunissait les attributions de l'intérieur, du commerce, des finances, celles même de la marine qu'il plaça entre les mains de son fils-; il ne lui manquait que les ministères de la guerre et de la justice pour être roi de France. La guerre était dirigée (depuis 1G66) par Louvois, exact , violent, farouebe administrateur, dont l'influence balança celle de Colbert. Louis XIV semblait placé entre eux , comme entre son bon et son mauvais génie ; et toutefois l'un et l'autre étaient nécessaires ; à eux deux , ils formèrent l'équilibre du grand règne.

Colbert; sorti d'un comptoir, avait le sentiment de la grandeur de la France. Il oubliait son économie pour toutes les dépenses glorieuses.

« Il faut, écrivait-il à Louis XIV, épargner cinq sols aux eboses non nécessaires , et jeter les millions quanti il est question de voire gloire. Un repas inutile de 3,000 livres me fait une peine incroyable , et lorsqu'il est question de millions d'or pour la Pologne, je vendrais tout mon bien, j'engagerais ma femme et mes enfants, et j'irais à pied toute ma vie pour y fournir. > Les principaux monuments de Louis XIV, ses plus beaux établissements, observatoire, bibliothèque, académies, tout cela revient à Colbert. Il fit donner des pensions aux gens de lettres , aux artistes de France et même des pays étrangers. « Il n'y avait point de savant distingué , dit un contemporain, quelque éloigné qu'il fût de la France, que les gratifications n'allassent trouver chez lui. »

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CARACTÈRES LITTÉRAIRES

Mais à peine a-t-on parlé de Démosthènes, à peine a-t-on prononcé ce nom dans lequel se résume toute l'éloquence politique de la Grèce, que ceux qui l'ont précédé s'éclipsent à nos yeux, et qu'il reste là seul , avec sa magie, et ne permet plus à notre pensée de s'arrêter ailleurs. Démosthènes est l'homme le plus éloquent peutêtre qui ait existé. On a épuisé sur lui toutes les formules admiratives; et en effet, tout ce que le talent le plus instinctif et le plus spontané, soutenu du travail le plus opiniâtre et enflammé par le plus ardent patriotisme, peut produire de noble, d'énergique, de sublime, se trouve dans les discours de cet homme extraordinaire. Et cependant il est difficile de faire sentir tout son mérite, parce qu'il est presque impossible de détacher de ses discours quelqu'un de ces morceaux saillants qui suffisent pour apprécier un homme. Assurément toutes les idées mères des discours de Bossuet sont bien étroitement liées entre elles ; il n'y a point chez lui de ces épisodes et de ces hors-d'œuvre qu'on puisse découdre en quelque sorte du reste de l'étoffe et qui forment un tout à eux seuls : eh bien ! le discours de Démosthène est encore plus un , plus homogène que celui de Bossuet. La passion de la patrie est, dans son âme, comme une fournaise où bouillonnent les idées qu'il jette ensuite toutes ardentes dans le moule de son discours, et dont elles sortent bientôt après, ainsi que la statue de bronze, ne formant plus qu'un bloc , et si bien mêlées et fondues ensemble qu'elles deviennent inséparables autant qu'indestructibles. C'est là le grand , l'inappréciable mérite de Démosthènes ; il n'y a jamais la moindre apparence d'art cl de travail, pas la moindre recherche dans la pensée ou dans l'expression ; il est impossible de concevoir qu'on puisse dire ni plus ni moins, ni mieux ni même autrement dans la circonstance donnée. Le discours est-il préparé, est-il improvise? Vous ne

sauriez le deviner. Est-ce la pensée qui vous plaît ou l'expression, le commencement, le milieu, ou la fin? Vous êtes embarrassé à le dire ; ce n'est rien de tout cela , c'est l'ensemble, l'ensemble depuis le premier mot jusqu'au dernier. Vous ne vous arrêtez pas, car où est le repos? Où est le morceau à relire avant de poursuivre? Vous n'y avez pas même pensé, vous êtes entraîné, convaincu, subjugué; vous voilà à la dernière page, sans savoir comment vous y êtes parvenu, et sentant néanmoins qu'il ne reste plus rien à ajouter, tant la composition est naïve et pleine, rapide et vivante. C'est la perfection de l'éloquence.

a. baron. Revue encyclopédique belge

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