‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 637 sur 649 · LE DUC ET DANVILLE · texte numérisé non relu

LE DUC ET DANVILLE

danvilie, courant ouvrir le cabinet.

Sortez , c'est trop longtemps éviter ma présence. Venez.

LE DUC

Que voulez-vous?

DANVILLE

Punir votre insolence.

LE DUC

Qui, vous?

„ . DANVILLE

Moi.

DIALOGUES

So-

le DUC.

Mais, monsieur...

DANVILLE

Quand? dans quel lieu? comment?

LF. DUC.

Que votre sang plus froid se calme un seul moment.

DANVILLE

Ah ! ce peu que j'en ai, s'il est glacé par l'âge, Bouillonne et rajeunit aussitôt qu'on l'outrage. Vous m'aviez confondu parmi ces vils époux Qui , de tous méprisés et bien reçus de tous, Diffamés par l'affront moins que par le salaire, Vivent du déshonneur qu'ils souffrent sans colère.

LE DUC

Pourquoi le supposer, et qui vous le prouvait?

DANVILLE

Avant de le nier, reprenez ce brevet.

Tenez, prenez-le donc , tenez, je le déchire.

Je ne vous dois plus rien , et je puis tout vous dire.

LE DUC

Du moins si mon amour, follement déclaré, Offense un titre en vous qui dût m'être sacré. Votre épouse innocente...

DANVILLE

A quoi bon cette ruse?

LE DUC

Ma voix doit la défendre.

DANVILLE

Et votre aspect l'accuse.

LE DUC

Quand c'est moi qui l'atteste, osez-vous en douter?

DANVILLE

Quand c'est une imposture, osez vous l'attester?

LE DUC

Cette lutte entre nous ne saurait être égale.

DANVILLE

Entre nous votre injure a comblé l'intervalle : L'agresseur, quel qu'il soit, à combattre forcé, Redescend par l'offense au rang de l'offensé.

LE DUC

De quel rang parlez-vous? si mon honneur balance , C'est pour vos cheveux blancs qu'il se fait violence.

DANVILLE

Vous auriez du les voir avant de m'outrager. Vous ne le pouvez plus quand je veux les venger.

LE DUC

Je serais* ridicule et vous seriez victime.

DANVILLE

Le ridicule cesse où commence le crime,

Et vous le commettrez; c'est votre châtiment.

Ah ! vous croyez, messieurs, qu'on peut impunément,

Masquant ses vils desseins d'un air de badinage,

Attenter à la paix , au bonheur d'un ménage.

On se croyait léger, on devient criminel :

La mort d'un honnête homme est un poids éternel.

Ou vainqueur ou vaincu , moi , ce combat m'honore;

Il vous flétrit vaincu , mais vainqueur plus encore :

Votre honneur y mourra. Je sais trop qu'à Paris

Le monde est sans pitié pour le sort des maris;

Mais dès que leur sang coule, on ne rit plus, on blâme. Vous ridicule ! non , non : vous serez infâme !

LE DUC

C'en est trop, à la fin, et j'ai fait mon devoir; Ma crainte fut pour vous, j'ai pu la laisser voir; Mais, contraint de céder, je vais vous satisfaire. Vous êtes, je l'avoue, un bien digne adversaire. Ah! pourquoi votre bras est-il donc aujourd'hui D'un aussi noble cœur un aussi faible appui !

DANVILLE

Ma vengeance par lui ne sera pas trompée.

LEDUC

Votre heure?

DANVILLE

Au point du jour.

DE DUC

Et votre arme?

DANVILLE

L'épée.

LE DUC

Le lieu?

DANVILLE

J'irai vous prendre.

LE DUC

Adieu, je vous attends.

DANVILLE

Vous n'aurez pas l'ennui de m'attendre longtemps.

Casimir delavicne. École des vieillards , act. 4, se 4.

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