‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 75 sur 649 · L'AMOUR MATERNEL · texte numérisé non relu

L'AMOUR MATERNEL

Tout Paris se souvient de cette nuit désastreuse qui fut si funeste à l'amour maternel. Un ambassadeur d'Allemagne 2 faisait célébrer le mariage d'un illustre conquérant ; mille flambeaux éclairaient un palais magique élevé avec autant de célérité que d'imprévoyance. Tous les arts avaient uni leurs merveilles pour enchanter ce beau lieu; les colonnes étaient couvertes de festons , de guirlandes, de chiffres enlacés, et autres ornements symboliques , auxquels un vernis combustible avait imprimé les plus fraîches couleurs. Qui eût cru que les larmes étaient si près de la joie ? Un torrent de feu naquit d'une simple étincelle , et enveloppa en un instant celte belle enceinte où tant de familles réunies se livraient à l'innocent plaisir de la danse. Des cris sinistres, les gémissements prolongés de la douleur succédèrent tout à coup au son des instruments qui avaient donné le signal de la fêle; les voûtes de l'édifice tremblaient , et déjà plusieurs victimes étaient écrasées. Le peu d'eau que l'on jetait à la hâte ne faisait que nourrir ce vaste embrasement; tout s'engloutissait dans ce gouffre dévorateur. On s'embarrassait dans la fuite ; mais ce qu'il y avait de plus touchant au milieu de ces scènes d'horreur et de désespoir, c'est le courage sublime d'une multitude de femmes, pâles, échevelées , s'élançant au milieu des flammes et disputant leurs filles à l'horrible incendie. Toutes les craintes personnelles s'évanouissaient devant les intérêts sacrés de la maternité malheureuse. En quelques minutes . ce théâtre d'allégresse fui converti en un monceau de cendres. Une princesse adorée y perdit la vie ; et le lendemain , quand on fouilla les décombres , on trouva le cadavre

i Voyez Tableaux on vers, même sujel.

2 Le 1er juillet 1810,1e prince de Scliwarlzenuerg, ambassadeur (l'Autriche, donna celle fête a l'occasion du mariage

d'une autre mère , qui tenait le corps de son enfant étroitement embrassé ; non loin d'elle on apercevait les fragments d'un collier, des bracelets , des pierreries, quelques diamants épargnés par le feu , et autres ornements , tristes restes de la vanité humaine , dont la vue affligeait les regards , en rappelant à l'âme contristée la futilité de nos biens et la fragilité de notre nature.

alibert. Physiologie des passions , t. il

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