‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 83 sur 649 · LA JEUNESSE · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE

Maintenant se présente à nous la brillante jeunesse, cet âge où la nature morale et la nature physique développent et étendent leurs forces, où l'esprit se déploie , et où les impressions seraient plus profondes que jamais, si la réflexion les accompagnait , la réflexion , cette faculté qui seule peut arrêter nos idées , fixer nos sentiments , et durcir véritablement leur empreinte. C'est alors que les passions commencent à exercer leur empire orageux , c'est alors que tous les objets régnent si aisément sur l'âme ; rien ne la remue faiblement , comme dans l'enfance ; tout la secoue violemment : le jeune homme ne vit que d'élans et de transports, heureux quand ces transports ne l'entraînent que dans la route qu'il doit parcourir! heureux lorsque les mains sages qui le dirigent ne s'efforcent point d'éteindre le feu qui le dévore, et qu'elles ne pourraient parvenir à étouffer, mais qu'elles cherchent à contenir ce feu , à le lancer vers les vertus sublimes , vers tout le bien auquel la jeunesse peut atteindre !

Venant d'un âge où personne n'a eu besoin de se défendre contre lui , où personne n'a pu le redouter, où, par conséquent, rien ne lui a résisté; sentant chaque jour de nouvelles forces qui se développent en lui ; imaginant qu'elles augmenteront toujours, ne les ayant encore mesurées avec aucun obstacle ; pensant que rien ne peut les égaler; croyant que tout doits'aplanir devant lui, fier, indomptable , et voulant secouer entièrement le joug sous lequel sa faiblesse l'a retenu pendant son enfance, le jeune homme est l'image de la liberté et de l'indépendance. 11 fuit tout ce qui peut lui retracer ce qu'ilappelle son esclavage, tout ce qui peut lui peindre son ancienne soumission ; il dédaigne des demeures trop resserrées où son corps et son esprit se trouvent à l'étroit ; il ne se plaît que dans une vaste campagne, où il peut en liberté exercer ses forces à courir, son courage à dompter des coursiers sauvages, son adresse à les dresser, et son intrépidité à vaincre et à immoler des animaux féroces. Là, il saule de joie sur la terre qu'il peut maintenant parcourir à son gré; il agile ses membres vigoureux; il s'essaye à transporter de lourds fardeaux ; il croit avoir beaucoup fait lorsqu'il a renversé avec effort un bloc de rocher , abattu avec vigueur un arbre , ou devancé ses chiens à la course. Ses traits ne sont plus l'image de la grâce et de la gentillesse, comme dans l'enfance, mais celle de la fierté.

Son corps , dont les contours sont plus durement exprimés , offre des muscles dessines avec force , et dont le jeu rapide et puissant annonce sa supériorité ; ses cheveux brunis par le soleil , dont il se plaît à affronter les ardeurs , sont plus longs et plus touffus; ses yeux pleins de feu brillent de courage; ses bras portent déjà les dures empreintes , non pas de ses travaux utiles, mais de ses travaux capricieux ; sa démarche est ferme , sa tête élevée , son ton de voix imposant : il a l'air du fds d'Hercule , et paraît destiné à remuer sa massue et à dompter les monstres. Impétueux , remué aussi souvent que l'enfance , mais toujours agité violemment, transporté à la présence de chaque objet nouveau , changeant à chaque instant de place , de projets et de désirs , franchissant tous les obstacles , impatient de tout retardement ; qui pourrait s'opposer à sa course rapide et vagabonde? La voix seule du sentiment est assez forte pour le retenir. La nature , qui parle dans son cœur plus haut que tous les objets qui l'entourent, lui fait reconnaître, chérir et vénérer la voix de celui qui lui donna le jour, et qui soigna son enfance : c'est un lion que l'on conduit avec une chaîne couverte de roses, sans qu'il songe à rompre de si doux riens. Heureux le jeune homme , lorsque la tendresse paternelle est le seul frein donné à son courage, lorsque les passions, si dangereuses, si vives à cet âge des erreurs, ne s'emparent pas de son âme , et ne la livrent pas en proie à toutes les illusions, à toutes les fausses espérances, à tous les tourments; lorsque la plus terrible de ces passions ne vient pas le dominer! Elle commence par le séduire , elle lui peint tous les objets en beau ; elle présente la nature plus riante et plus belle aux yeux fascinés du jeune homme trompé ; elle conduit ses pas dans une route en apparence semée de fleurs ; par un pouvoir fantastique , elle lui fait voir , au bout de celte fatale carrière , les portes du temple du bonheur ouvertes pour le recevoir; elle lui montre sa place marquée à côté de l'objet de sa passion funeste : c'est Armide qui conduit Renaud dans une île enchantée, qui le retient éloigné de ses guerriers, de son devoir cl de sa gloire, et qui, en l'entourant de guirlandes, l'enlace dans deschainesdontbienlôlilsentirale poids.

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