L'AGE HDB
L'homme jouit ici de toutes les forces de son corps et de son esprit : les passions tumultueuses, et que l'ivresse ne cesse d'accompagner, ne régnent plus avec assez de force sur lui pour offusquer sa raison. Le rayon divin qui l'anime brille de tout son éclat; son intelligence, échauffée par les feux aue le trouble do la jeu-
nesse a laissés dans son imagination, jouit de tous ses droits , et soumet tout à sa puissance. Son âme, animant alors un corps parfait, dont lous les organes ont reçu un juste degré de développement, où la force et la souplesse se trouvent réunies , et où tout seconde les divers mouvements qui l'agitent, s'élance vers les spéculations les plus sublimes , découvre les grandes vérités, entreprend, exécute, achève les plu» grands travaux: alors l'homme, véritable emblème de la majesté et de la puissance, élevant sa tète droite et auguste sur un corps robuste et endurci, marche, parle, agit en maître de la nature , lui commande , et la fait servir à ses nobles desseins.
Mais, si les passions folles de la jeunesse ne déchirent pas son âme, elle est en proie à de3 passions presque aussi redoutables , moins vives , mais bien plus constantes. L'ambition fait briller devant lui des couronnes de toute espèce ; elle l'engage dans des routes épineuses pour arriver au but éclatant qu'elle lui offre , but illusoire et fantastique qui fuit presque toujours devant ceux qui cherchent à y parvenir , et qui disparait enfin aux yeux de ceux qui sont près de l'atteindre. 11 suit la voix de cette ambition cruelle et celle de la fausse gloire; il médite des projets sanguinaires; il forge des chaînes pour des voisins dont tout le crime est d'être trop près de lui ; il court aux armes ; il aiguise le fer meurtrier ; il va, la flamme à la main, cueillir , au milieu des horreurs d'une guerre injuste et barbare, des lauriers teints de sang : assis sur les débris d'une ville fumante, entouré des victimes infortunées de sa passion forcenée, il contemple avec des yeux féroces et cruels le ravage qui couvre au loin les campagnes , et tous ses gestes sont des signes de mort et de désolation. Ici , avide d'or et de vaines richesses, quels dangers ne bravel-il pas pour assouvir sa brutale avarice? Dans sa rage féroce , il répand le sang de tout un mondç nouveau , que le génie n'avait pas découvert pour des forfaits horribles ; il le change en un vaste désert, court semer les crimes les plus atroces dans une partie immense de l'ancien monde , en réduit sous le joug les malheureux habitants , et les transporte , chargés de chaînes, sur le nouveau monde qu'il a dévasté , et où il a cru , dans sa fureur insensée , faire venir de l'or en l'abreuvant de sang.
D'un autre côté , la gloire et souvent la vertu l'appellent dans de nouvelles routes interrompues par un grand nombre de précipices, mais don t le but, bien loin d'offrir un vain fantôme, présente l'image sacrée de l'utilité publique. Alors, prince juste, bon et généreux, il donne la paix cl le bonheur au monde, et ne compte ses joursque par
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ses bienfaits. Ici, dispensateur des grâces d'une religion consolatrice , ou des lois sacrées de la propriété et de la sûreté publique, il reçoit, dans les acclamations des citoyens qu'il console et qu'il protège, la touebante récompense de ses vertus : là , il appelle l'agriculture , le commerce et les arts utiles, et leur dit de fertiliser, de peupler un pays inculte; par ses bienfaits, ses travaux et son industrie , il unit les États les plus reculés, il les enriebit par ses soins , il les protège par sa puissance guerrière , ses talents militaires , ses vertus héroïques ; faisant naître les arts agréables, il répand mille charmes au milieu des tranquilles habitations de ses semblables ; il les réunit, radoucit leurs caractères, et en affaiblit la dureté, leur inspire les vertus aimables , calme leurs peines par de vives et d'innocentes jouissances , leur retrace leurs anciens héros , leurs guerriers illustres, leurs grands hommes, fait revivre leurs hauts faits et leurs sublimes pensées. Recueilli enfin dans une paisible retraite , consultant en secret la nature, abandonnant, pour ainsi dire, sa dépouille mortelle, s'élevant sur les ailes de son génie et de la contemplation, il découvre et montre à ses semblables les vérités les plus cachées et les plus utiles.