‹ Leçons orales de clinique chirurgicaleChapitre 20 sur 84 · GG · texte numérisé non relu

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ARTICLE HUITIÈME

tait gros. La résolution ne marchant point assez vite, on reprend les fomentations vineuses, en y ajoutant six gros d’hydrochlorate d’ammoniaque par litre. 15 avril, la tuméfaction commence à diminuer ; les rides du scrotum commencent à reparaître. Le 2 mai, la tumeur reste de nouveau stationnaire. (Frictions sur la langue avec l’hydrochlorate d’or et de soude, à la dose d’un quinzième de grain chaque malin). Le 6 mai, la diminution commence de nouveau à se manifester. Le 24 mai, la résolution est complète, la bourse du côté malade est tout à fait revenue à son état naturel 1.

Je pourrais vous citer encore d’autres observations de ce genre, mais elles ne seraient que la répétition de celle-ci.

Lorsque la tumeur est très-volumineuse, Bertrandi veutqu’onfasseavecle trois-quarts plusieurs ponctions successives à quelques jours d’intervalle, afin de vider en partie la tumeur et de lui laisser le temps de diminuer d’étendue, et d’injecter alors le vin. Ceci est fait dans le but de ne pas enflammer une poche aussi large. Cette précaution est bonne, sans doute, mais on peut s’en passer sans inconvénient et opérer des hydrocèles très-volumineuses. C’est ainsi que j’ai opéré, sans faire ces ponctions préparatoires en quelque sorte, un homme âgé de quarante- huit ans, qui avait une hydrocèle très-ancienne, et de vingt-quatre pouces de circonférence. La guérison se fit dans le laps de temps ordinaire. J’ai opéré également à l’hôpital de la Pitié, en 1853, par l’injection vineuse, une hydrocèle du volume d’une petite tète d'adulte et qui contenait une pinte de sérosité, et il ne survint point d’accidents.

Pendant qu’on injecte le vin dans la tunique vaginale, les malades éprouvent ordinairement une douleur qui se propage dans le trajet du cordon et des vaisseaux spermatiques, dans le flanc, et qui se termine dans les reins. Cette douleur est considérée par la plupart des auteurs comme une preuve que l’irritation est arrivée dans la tunique vaginale, au degré convenable pour qu’elle s’enflamme et que ses parois adhèrent entre elles. On est même plus certain, dit-on, de ce résultat, quand la douleur s’étend dans le flanc ou les régions lombaires. Plusieurs chirurgiens même augurent mal de l’opération quand ces phénomènes n’ont pas lieu. Mais c’est une erreur : la tunique vaginale étant ordinairement plus ou moins altérée et épaissie, son irritabilité n’est plus alors la même, et d’ail-

1 Recueilli par M. Agnesi.

2 J’ai souvent vu Dupuytren opérer des hydrocèles par l’injection vineuse, à l’Hôtel-Dieu de Paris. Certains malades souffraient peu et même ne souffraient point

leurs tous les sujets ne sont pas doués du même degré de sensibilité 2. Il ne faut pas trop compter sur ce signe, et croire que l’opération ne réussira pas par cela seul que la douleur ne s’est point manifestée. Quand on soupçonne que le kyste est épaissi, lorsque l’hydrocèle est ancienne, que les malades sont âgés et d’une sensibilité obtuse, il est utile de chauffer assez fortement le vin ou de le rendre plus excitant par l’addition de quelque substance active, telle que l’alcool camphré.

Un des accidents les plusfàcheux qui puisseavoir lieu dans l’opération de l’hydrocèle par le procédé de l’injection vineuse, c’est la sortie de la canule de la tunique vaginale, pendant que l’on fait cette injection. Le liquide s’infiltre alors entre les tuniques du scrotum. Il en résulte infailliblement une inflammation sur-aiguë qui se termine presque toujours par la gangrène. On a souvent observé ce fâcheux accident. Boyer fut témoin d’un cas de ce genre. Sir Aslley Cooper dit en avoir vu plusieurs exemples en 1824. J’ai été aussi témoin d’un pareil accident. L’injection fut aussi poussée dans le scrotum, les téguments et les tissus sous-jacents se gangrenèrent dans presque toute l’étendue du scrotum. Le maladefinit cependantpar se rétablir. L’inflammation qui résulte de cette infiltration du sang dans le tissu cellulairedu scrotum, est quelquefois assez étendue et assez grave pour amener la mort.

L’insuffisance de l’injection vineuse dans certains cas, les inconvénients et les dangers qui l’accompagnent ou la suivent dans quelques autres, me firent chercher de nouveaux moyens pour guérir l’hydrocèle chronique de la tunique vaginale.

J’eus recours d’abord à l’acupuncture. Quelques faits de guérison qui m’avaient été rapportés par des médecins ou que j’avais lus dans de récentes publications, m’autorisaient à tenter l’emploi innocent d’ailleurs de ce remède. Suivant M. Brossard, il parait que dans l’Inde ce moyen est trèssouvent employé. En 1831 un jeune médecin m’avait rapporté l’observation d’un malade atteint d’une hydrocèle depuis trois ans et guéri en quelques jours par suite de la piqûre d’une longue aiguille introduite accidentellement dans le scrotum. M. Monro a publié en Angleterre un fait à peu près semblable. Il a guéri en six jours une hydrocèle de la tunique vaginale avec une aiguille qui fut laissée en guise de séton dans la cavité de cette tunique. Je tentai donc cette méthode dans cet hôpital; en 1836 j’en fis usage deux fois sans succès

du tout, et n’en guérissaient pas moins bien que ceux qui donnaient les signes d'une vive sensibilité et jetaient les hauts cris pendant l’injection.

HYDROCÈLES DE LA TUNIQUE VAGINALE

et j’y ai renoncé depuis. M. Lewis a même réduit l’acupuncture à une simple piqûre d’aiguille, sans laisser celle-ci en place dans le scrotum. Suivant ce chirurgien, on guérit très bien par cette méthode les hydrocèles chroniques de la tunique vaginale. Je n’ai obtenu aucun succès de l’acupuncture pratiquée de cette manière. Cette année (1858, leçon du 21 août) j’ai renouvelé ces piqûres sans plus de succès. J’ai obtenu, je l’avoue cependant, des effets très-singuliers sur une hydrocèle volumineuse sur laquelle je pratiquai une simple piqûre suivant la méthode de M. Lewis. Le lendemain la tumeur était disparue, il n’y avait cependant pas d’infiltration dans les enveloppes du scrotum qui étaient souples et sèches comme dans l’état sain. Il n’y avait aucune douleur, mais l’épanchement est promptement revenu. Sur une autre hydrocèle, je pratiquai trois piqûres; le lendemain il y avait une diminution notable de la tumeur, mais au bout de quelques jours, elle était revenue. J’avais cru jusqu’à présent que la diminution du volume de la tumeur après celte piqûre provenait de l’infiltration de la sérosité dans le tissu cellulaire des bourses. Mais je me suis assuré de mon erreur en examinant avec soin les membranes du scrotum. Vous pouvez vous en convaincre encore sur cet homme (leçon du 12 avril 1859) atteint d’une hydrocèle enkystée du cordon. Sa tumeur était assez volumineuse, j’ai fait, il y a à peine une demi-heure, une piqûre dans celle tumeur qui était fort tendue et très-rénitente, il n’est sorti qu’une gouttelette de sérosité, eh bien, la tumeur est déjà considérablement diminuée; elle est devenue molle, flasque, et il n’y a cependant aucune infiltration dans les tissus sous-jacents. Au lieu de laisser l’aiguille en place, j’ai passé un simple fil en croix au travers de la tumeur, j’ai laissé ce petit séton pendant trois jours; la suppuration s’est établie, et- la guérison a eu lieu. J’ai délivré de cette manière quelques malades de leur hydrocèle, mais beaucoup plus lentement que par l’injection vineuse. Cette manière d’opérer l’hydrocèle, que M. Mayor a de nouveau proposée en 1857 avecquelques modifications, me semble devoir être aussi rejetée de la pratique.

J’essayai ensuite la compression après avoir vidé la tumeur par la ponction. J’employai les bandelettes dedyachylon sur trois malades, en septembre et en octobre 1856. Le scrotum y compris le testicule du côté malade en fut enveloppé immédiatement après la ponction. Ces bandelettes furent appliquées de manière à mettre en contact les deux parois de la tunique vaginale. Je voulais employer cette méthode chez les personnes qui ne veulent ou ne peuvent pas se soumettre aux moyens mis

en usage pour obtenir la cure radicale. Je n’en obtins aucun succès. L’épanchement se reproduisit au bout de peu de temps.

Je repris alors les injections irritantes après la ponction, maisje fis choix d’un agent nouveau. Les préparationsd’iodeayantétéemployées en topiques sur l’hydrocèle, et avec succès, disait-on, j’imaginai de les employer en injection dans la tunique vaginale elle-même. J’y trouvai des avantages nombreux et très-supérieurs à ceux de l’injection vineuse, j’ai depuis lors complètement renoncé à celle-ci. Voici comment je fis usage de ces préparations; je me suis servi d’un mélange d’eau et de teinture alcoolique d’iode, un à deux gros de cette dernière substance par once d’eau. Après avoir vidé le kyste par la ponction ordinaire, j’y fais une injection de une à quatre onces du mélange précédent. Je crois inutile d’en remplir toute la tunique vaginale, il suffit, après avoir fait l’injection, de frictionner et de malaxer la tumeur contenant le liquide injecté pour qu’il en baigne et touche tout l’intérieur; on l’évacue ensuite comme on le fait pour l’injection vineuse. Il est inutile de chauffer ce liquide avant de l’injecter, ni d’en remplir la tumeur : il n’est pas indispensable de l’évacuer en totalité, on peut sans aucun inconvénient en laisser une portion dans la tunique vaginale. Une trèspetite seringue suffit donc pour l’injecter; celle qu’on emploie, par exemple, pour les injections del’urètre peut très bien servirà cet usage. Jusqu’à présent je ne me suis servi cependant que des seringues d’étain. Si l’hydrocèle est très- volumineuse, on peut remplir plusieurs fois facilement et promptement celte petite seringue et la vider dans la tunique vaginale.

On n’a donc besoin ni de réchaud pour faire chauffer le liquide, ni de seringue faite exprès, quand on substitue les injections iodées aux injections vineuses. On n’est pas obligé de distendre la tunique vaginale par une grande quantité de liquide, l’expérience m’ayant prouvé qu’il suffit d’en injecter une petite quantité; ces avantages sont déjàd’unecertaineimporlance: elles en ont encore d’autres. Ainsi les malades souffrent généralement beaucoup moins que par l’injection vineuse. Ils pourraient sans inconvénients se lever et marcher, reprendre immédiatement après l’opération, leurs occupations ordinaires. J’ai vu plusieurs malades venir de la ville se faire opérer à l’hôpital, s’en aller immédiatement après et ne pas interrompre leurs travaux, sans qu’il leur soit arrivé rien de fâcheux.

La guérison par les injections iodées est plus prompte que par les injections vineuses. Après l’injection iodée, commeje vous l’ai dit, le malade

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peut ne pas rester couché; le scrotum se gonfle promptement pendant trois ou quatre jours sans causer de fièvre, ni de douleur sérieuse, la résolution commence ensuite et s’opère ordinairement avec rapidité. En huit, dix, quinze ou vingt jours, la guérison est complète, je l’ai vue même se faire en cinq jours. Un des premiers individus que j’avais traités par l’injection iodée, et qui était guéri au bout de dix jours, mourut quelque temps après des suites d’une amputation : je profitai de l’occasion pour voir l’état des parties, je disséquai avec soin son scrotum et je vis que des adhérences cellulaires qui s’étaient déjà établies sur tous les points de la tunique vaginale rendaient impossible une récidive.

Vous savez qu’un engorgement chronique du testicule complique très-souvent l’hydrocèle de la tunique vaginale; que cet épanchement n’est même le plus ordinairement qu’un symptôme d’une affection du testicule ou de l’épididyme. L’action de l’iode est des plus efficaces pour le résoudre, et j’ai été plusieurs fois surprisde la rapidité avec laquelle il se dissipait sous son influence.

Les injections iodées sont employées avec la même efficacité dans les hydrocèles enkystées du cordon. Je les ai substituées aux injections vineuses, et j’ai obtenu des résultats absolument semblables à ceux que j’ai observés dans les hydrocèles chroniques de la tunique vaginale.

Un autre avantage précieux de l’injection iodée, c’est de ne pas faire courir par son infiltration dans le tissu cellulaire du scrotum, les dangers redoutables qui arrivent presque toujours à la suite des infiltrations vineuses. Quelques observations récentes me porteraient même à regarder son contact avec le tissu cellulaire comme presque innocent. Je voulus une fois tenter la guérison d’une hernie par l’injection de teinture d’iode dans le sac herniaire, je ne réussis pas à guérir la hernie, car la teinture n’arriva pas dans le sac et s’épancha dans le tissu cellulaire du scrotum, il ne survint pas d’accidents. La même chose m’est encore arrivée tout récemment. Un étudiant en médecine (leçon du 4 janvier 1839) voulant opérer, il y a peu de jours, une hydrocèle, injecta la teinture d’iode .dans le tissu cellulaire du scrotum, au lieu de l’injecter dans la tunique vaginale, il n’en résulta point d’accidents ou très-peu.

J’ai varié les proportions de teinture d’iode dans le mélange que j’en faisais avec l’eau. Ainsi j'employai d’abord, comme je vous l’ai dit, un gros de teinture alcoolique d’iode par once d’eau. J’augmentai ensuite la quantité de teinture, j’en mis un tiers, la moitié, je l’employai pure, je laissai même de cette teinture seule dans la tunique vaginale,

j’en ai laissé une once, une once et demie, et j’ai réussi delà même manière et sans plus d’accidents.

Je me contentai dans quelques circonstances de n’évacuer par la ponction qu’une très petite quantité de la sérosité contenue dans le sac et d’injecter la teinture d’iode pure pour la mêler avec cette sérosité, j’eus encore le même résultat.

Quand les malades atteints d’hydrocèle de la tunique vaginale ont en même temps un gonflement peu considérable du testicule et de l’épididyme, et que ce gonflement est sans douleur, on conseille généralement de passer outre et de ne songer qu’à l’hydrocèle; mais si le gonflement s’accompagne de bosselures, d’inégalités et de douleurs lancinantes qui font craindre une dégénérescence, les auteurs recommandent de se garder de faire l’injection irritante dans la tunique vaginale; suivant eux la dégénérescence en serait accélérée. L’expérience m’a prouvé que c’était une erreur.

J’ai employé tantôt l’injection vineuse, tantôt l’injection iodée dans des cas d’hydrocèle compliquée de tubercules du testicule, de sarcocèle squirrheux ou encéphaloïde déjà avancé, et la tunique vaginale s’est oblitérée sans que la maladie principale ait été exaspérée. Je vous ai dit, du reste, que les injections, et particulièrement l’injection iodée, étaient un des meilleurs résolutifs qu’on puisse employer contre les engorgements chroniques du testicule. J’ai opéré d’après cette idée des individus qui avaient l’épididyme aussi gros qu’un œuf, et douloureux depuis plusieurs années, et qui ont été promptement délivrés de cet engorgement par l’injection iodée : aussi suis je d’avis, lorsqu’il y a des doutes sur la nécessité de procéder à la castration dans le cas d’engorgements testiculaires compliqués d’hydrocèle, de recourir avant tout à l’injection rendue irritante, soit par le vin, soit par l’iode.

Ne croyez pas que la teinture d’iode guérissetoujours les hydrocèles avec la rapidité que je vous ai signalée, huit, dix, quinze ou vingt jours. La guérison larde quelquefois à se faire par suite de circonstances souvent très-difficiles à apprécier; elle ne se fait même quelquefois qu’au bout d’un temps fort long. J’avais opéré un individu par l’injection iodée, il y a quelques mois; au bout de six semaines, la guérison n’était pas encore obtenue. Je voulais l’opérer de nouveau, il s’y refusa. Je restai trois mois sans le revoir. Au bout de ce temps il vint chez moi, sa maladie était complètement dissipée; il ne restait plus la moindre trace d’épanchement. M. le docteur P... avait opéré un malade par l’injection iodée : au bout de cinq ou six semaines l’épanchement était à peu près comme avant l’opération; M. P... voulait opérer de nouveau, mais le

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malade voulut encore attendre : au bout de quelques mois, tout était résorbé. J’ai vu ce malade hier (5 avril 1839), il est parfaitement guéri.

Ceci vous prouve, Messieurs, qu’il ne faut pas se hâter de croire qu’on a échoué par l’injection iodée, et d’opérer de nouveau les malades quand la guérison ne s’est point opérée dans le temps ordinaire. Une raison d’insuccès par l’injection iodée pourrait se trouver dans la proportion trop faible de teinture d’iode que l’on mêle à l’eau; c’est ainsi, par exemple, que M. Frick de Hambourg ne met qu’un gros de teinture d’iode sur six onces d’eau; cette proportion est évidemment trop faible, aussi je ne m’étonne pas des insuccès qu’il dit avoir en employant l’injection iodée.

Toutefois l’opération peut échouer complètement, et on peut se trouver dans la nécessité de recommencer. Parmi les malades que j’ai opérés par l’injection iodée, je n’ai constaté qu’un seul insuccès. (Leçon du 21 août 1838.) On m’a parlé aussi d’un ou deux autres sujets qui n’ont point été guéris. Mais avec les autres espèces d’injections vineuses alcooliques ou autres, on a autant sinon plus de revers; et quand même, ce que je n’admets pas, du reste, il y aurait égalité sous le rapport du nombre des guérisons délinilives, les autres avantages des injections iodées n’en resteraient pas moins démontrés.

L’hydrocèle chronique peut occuper les deux tuniques vaginales; dans ces cas, il est généralement admis de ne pratiquer l’opération par l’injection vineuse que d’un côté d’abord, autrement l'inflammation pourrait être suivie d’une réaction trop forte; on opère l’autre côté quand le premier est guéri. Mais ce que je vous ai dit des phénomènes inflammatoires peu intenses qui surviennent après l’injection iodée me fait penser qu’on pourrait sans crainte opérer les deux hydrocèles à la fois, à moins qu’elles ne soient trop volumineuses; par ce moyen le malade est moitié moins de temps à guérir que par deux opérations faites l’une après l’autre.

Dans le cas de l’existence d’une hydrocèle rendue double par une cloison complète qui sépare en deux la cavité de la tunique vaginale, on peut les opérer ensemble, ou la seconde après la guérison de la première. Leur voisinage rendrait un peu plus probable, peut-être, l’inflammation de la seconde après l’opération de la première. Je crois pourtant qu’à moins de raisons particulières, il vaut mieux procéder immédiatement à l’injection des deux kystes. Chez un homme âgé de cinquante et un ans, je n’injectai d’abord qu’un des kystes, le gonflement et les autres symptômes locaux d’inflammation furent très-prononcés; mais il n’en

fallut pas moins opérer trois semaines plus tard le second sac.

L’injection iodée convient encore dans le cas où l’hydrocèle est constituée par un fluide trouble, sanguinolent ou simplement lactescent, et que les parois du kyste n’ont pas perdu leur souplesse ; on la reconnaît aux signes que je vous ai indiqués en commençant. Pourvu que le liquide ne soit point trop chargé de flocons albumineux, et qu’il n’y ait point de concrétions dans la tunique vaginale, les injections iodées peuvent triompher de la maladie comme dans les cas les plus ordinaires.

Malgré la rapidité avec laquelle l’hydrocèle guérit en l’opérant ainsi, j’ai pensé qu’il serait peutêtre possiblede la rendre plus grande encore. Vous savez que la ponction avec la pointe d’une lancette, dans l’orchite blennorrhagique, accélère d’une manière notable la résolution de la maladie. J’ai pensé que celte ponction, faite quelques jours après l’injection iodée, et alors que l’épanchement s’est reproduit dans la tunique vaginale sous l’influence de l’inflammation aiguë qui s’est emparée de cette poche, j’ai pensé, dis-je, que les mêmes résultats qu’on obtient dans l’orchite aiguë pourraient avoir lieu ici. J’ai déjà plusieurs fois usé de ce moyen, et j’ai réussi. J’avais opéré une hydrocèle très-volumineuse par l’injection iodée. Au bout de trois ou quatre jours, il y avait dans la tunique vaginale plus de liquide qu’avant l’opération. Alors je pratiquai successivement deux ponctions, et au bout de quinze jours la maladie était complètement guérie. J’ai agi encore tout nouvellement de même, et j’ai eu un semblable succès. (Leçon du 12 mai 1859.) C’est donc un moyen qu’on peut employer sans aucune chance d’inconvénient dans l’hydrocèle opérée, et qui tarde trop à guérir.

On ne peut donc maintenant qu’être fort surpris de voir qu’après des succès aussi multipliés dans l’opération de l’hydrocèle par des moyens aussi simples, aussi faciles, si peu douloureux et si peu dangereux que l’injection, des chirurgiens de Londres, de Berlin, d’Amérique, et même dans quelques parties de la France aient encore recours, pour guérir cette maladie, à des opérations sanglantes, longues à pratiquer, dangereuses souvent dans leurs suites, et que nous avons abandonnées depuis longtemps avec raison.

11 y a cependant dés complications de l’hydrocèle qui exigent ces opérations sanglantes; ainsi, lorsqu’il y a des masses fibrineuses ou albumineuses, soit libres, soitadhérentes, si la matière au lieu d’être séreuse est épaisse, consistante, si la tunique vaginale forme une coque dure, épaisse, solide, on peut craindre que la méthode des injections vineuses ou iodées soit insuffisante: alors il faut avoir

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recours soit à l’excision de la tunique vaginale suivant les procédés connus et décrits dans les auteurs, soit à l’incision. L’excision est une opération douloureuse et grave, suivie d’une inflammation considérable, de beaucoup de fièvre et d'une suppuration abondante. J’ai renoncé à cette méthode, que je remplace par l’incision simple ou par le séton. Je fais une incision longue d’un pouce environ sur le point de la tumeur où on enfonce ordinairement le trois-quarts : j’évacue par ce moyen tout le liquide contenu dans la tunique vaginale. A l’aide du doigt introduit dans cette cavité, je fais l’extraction de toutes les concrétions fibrineuses ou albumineuses qui peuvent s’y trouver. Si la cavité est peu étendue, je me borne à y mettre une tente et à y provoquer la suppuration; dans le cas contraire, je fais une autre incision dans le point le plus déclive du sac, et je passe à travers ces deux ouvertures une mèche de linge effilé, j’établis en un mot un séton que je supprime ordinairement au bout de quinze jours. L’inflammation qui résulte de ces incisions et de la présence de cette mèche, atteint son plus haut degré d’intensité du quatrième au huitième jour, elle décroît ensuite par degrés. La suppuration diminue peu à peu, et permet de supprimer le séton vers le quinzième jour environ. Dans certaines circonstances, au lieu d’employer le séton j’ai multiplié les incisions sur la tumeur; j’en ai fait trois, quatre et jusqu’à cinq, et la guérison a eu lieu comme lorsque j’avais placé la mèche de linge dans les ouvertures. Quand on a opéré l’hydrocèle de cette manière et à cause de cette complication, on ne doit pas oublier que le testicule et ses enveloppes conservent toujours après la guérison un volume plus considérable que dans l’état naturel.

Je vous ai dit que j’avais renoncé à l’excision de la tunique vaginale pour la guérison des hydrocèles compliquées. Il est des cas cependant où cette méthode peut devenir indispensable, c’est quand il y a dégénérescence de la tunique vaginale, que celleci est convertie en une coque pierreuse, osléo-calcaire, crétacée ou en une matière lardacée; cas dans lesquels on ne peut espérer le développement d’une inflammation qui fasse adhérer entre eux tous les points de la cavité qui contenait le liquide, et par conséquent assurer la guérison d’une manière définitive.

Si on se décidait à opérer par excision dans les cas où les dégénérescences que j’ai citées plus haut n’existent pas, on rendrait moins dangereuse l’opération, en n’enlevant pas la tunique vaginale dans toute son étendue, ainsi que le veulent certains chirurgiens, Boyer, par exemple. On pourrait n’en exciser qu’un tiers, un quart, un cinquième

même. Je me suis comporté de cette manière dans deux cas, et les malades sont bien guéris et sans accidents fâcheux.

La multiplicité des kystes dans la tunique vaginale ne permet pas d’avoir recours à la méthode par injection. La tumeur représente alors une éponge à larges mailles, qu’il n’est possible ni de vider entièrement par une simple ponction, ni d’enflammer partout convenablement. L’incision est préférable ici à toutes les autres méthodes. On fend largement le scrotum et toutes les cellules; on place des boulettes de charpie entre les lèvres et dans le fond de la plaie. On établit la suppuration sur toute l’étendue de la poche, de manière à amener une cicatrisation qui prévienne toute espèce de retour de la maladie.

La complication d’un varicocèle ne change point le traitement de l’hydrocèle. Mais il n’en est pas de même de la complication avec une hernie scrotaie. Si c’est une enterocèle, il est en effet possible alors que l’intestin proémine dans la tunique vaginale, par suite d’une déchirure faite à cette tunique, et qu’il subisse une espèce d’étranglement à celte ouverture accidentelle. laissant de côté l’embarras, on doit jeter une semblable disposition pour le diagnostic, soit de la hernie, soit de l’hydrocèle, le chirurgien ne doit point oublier que par la ponction, il peut blesser la hernie, avant d’arriver dans la tunique vaginale, si l’intestin occupe le plan antérieur de la tumeur, ou bien, après l’avoir traversée, s’il se trouve en arrière, et que si par une ouverture soit ancienne, soit récente, une injection irritante pénétrait dans le sac herniaire, il en pourrait résulter les plus graves accidents. On doit donc, avant tout, faire rentrer la hernie. Cette manœuvre opérée, si la pression ne disperse pas l’hydrocèle, on procède sans crainte à l’injection irritante, puisqu’on a acquis la certitudeque la tunique vaginale ne communique point avec le péritoine.

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