RÉSUMÉ
Après une si longue discussion, qui aurait dù être beaucoup plus longue encore pour être complète, je crois utile de résumer en peu de mots l’opinion de M. Velpeau sur les ophthalmies spécifiques. Disons avant tout, car c’est là le point capital de la question, que ce n’est pas la spécificité en elle-même des ophthalmies que ce chirurgien repousse, mais bien la manière dont on l’envisage. S’il accorde que les inflammations peuvent être modifiées par la nature de leurs causes, il soutient, d’un autre côté, que les recherches auxquelles on s’est livré dans ces derniers temps pour le démontrer sont complètement en dehors do la question.
Pour M. Velpeau, la spécificité de la phlegmasie se trouve dans l’agent inflammatoire. Il admet dès lors une ophthalmie syphilitique spécifique, une ophthalmie blennorrhagique spécifique, parce qu’il est prouvé que ces ophthalmies sont produites chacune à leur manière par un principe morbifique particulier. Il est porté à croire que l’ophthalmie des Belges, d’Égypte, des nouveaunés même, que les ophthalmies épidémiques en
général, sont aussi des ophthalmies spécifiques, parce que de nombreuses raisons indiquent qu’il y a là un principe général comme cause déterminante de la maladie ; mais il n’admet pas au même titre les ophthalmies dites catarrhale, rhumatismale, scrofuleuse, arthritique, etc., etc.; parce que rien ne prouve que les maladies ainsi désignées sont entretenues par un agent morbifique particulier, spécial. Ce n’est pas à dire même que, sous ce dernier point de vue, M. Velpeau rejette comme impossible l’influence des constitutions scrofuleuse, rhumatismale, arthritique, etc., etc., sur les ophthalmies dont les sujets qui en sont atteints peuvent être pris; mais il maintient qu’alors on a affaire à des ophthalmies développées chez des sujets scrofuleux, rhumatisants, goutteux, etc., etc.; et non pas à des ophthalmies scrofuleuse, rhumatismale, arthritique, ayant des caractères locaux particuliers. En un mot, tout se passe ici comme pour les phlegmasies des autres organes; et qu’on ne dise pas que toute cette discussion ne repose que sur des jeux de mots : il suffit d’y réfléchir un instant pour être immédiatement frappé de l’influence fâcheuse que les idées combattues par M. Velpeau exercent sur les progrès de la science.
Disons, en terminant, que les idées que nous venons d’émettre font tous les jours de nouveaux prosélytes, et que bientôt, sans aucun doute, tous les bons observateurs les embrasseront définitivement. Dès lors l’ophthalmologie sera, pour ainsi dire, réduite à sa plus simple expression, et rentrera dans le domaine de la pathologie générale. La science aura beaucoup gagné à ce changement; et le nom de celui qui aura marché à la tête de ce mouvement progressif sera inscrit dans les annales de la science.
APPENDICE