‹ Leçons orales de clinique chirurgicaleChapitre 4 sur 84 · GÉNÉRALITÉS SUR LA · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS SUR LA

La pratique montre encore deux autres espèces d’hommes eu égard à leur état moral. Ici viennent se ranger ceux qui, ne se doutant pas des risques qu’ils courent et tenant à faire bravade de leur courage, se soumettent en quelque sorte malgré tout le monde au couteau de l’opération, et se font orgueil d’en supporter les coups sans se plaindre. La seconde classe dont je veux parler comprend les personnes naturellement timides ou très -impressionnables qui après avoir hésité longtemps, rassemblent enfin toutes leurs forces et se contraignent au point de ne pas pousser un cri et d’étouffer jusqu’à la plus légère plainte.

On se fait à peine une idée de l’influence des secousses morales sur la marche des maladies. La frayeur du pape Innocent fut si grande, dit S1- Augustin, quand on lui annonça qu’il avait besoin d’être opéré une seconde fois de la fistule à l’anus, qu’on ne trouva plus le lendemain qu’une cicatrice ferme et solide à la place des sinus et des clapiers qui existaient la veille! Une hémorrhagie, qui ne cédait à rien, s’arrêta brusquement quand Col lot dit au malade qu’il était en danger, et qu’il fallait mettre ordre à ses affaires !

A. Petit est au contraire parvenu plusieurs fois à suspendre des hémorrhagies en dissipant la frayeur dont les opérés étaient accablés. Arrivant en toute hâte près d’un homme qu’il avait opéré le matin et qui avait eu déjà plusieurs syncopes par suite d’une hémorrhagie, J. L. Petit mit un terme aux dangers que courait le malade en lui disant d’un air calme et de satisfaction que cette hémorrhagie était un bien, que sans cela il eût fallu employer sur-le-champ la saignée.

Il est quelquefois utile de calmer, de réprimer le courage de certains malades, autant que de détruire les craintes et la timidité des autres. Un stoïcisme factice n’est pas plus favorable au succès des opérations qu’une extrême pusillanimité. Aux premiers, il faut montrer toute la gravité du parti qu’ils prennent, et le besoin de ne pas s’y décider avec tant d’irréflexion. On s’efforce de faire entendre aux autres que le courage affecté ne tient jamais lieu de courage réel, qu’il est aussi dangereux de retenir ses plaintes qu’inutile de les exagérer ; rien n’est d’un plus mauvais augure que ces résolutions forcées, que ces fanfaronades de calme ou de résignation. 11 semble que la vie s’épuise en se repliant sur elle-même, au point de rester ensuite incapable de résister à l’attaque qui vient de lui être portée. Le fait est que les opérations pratiquées dans de telles conjonctures ont généralement une issue moins favorable que les autres, et qu’il faut s’en défier.

Il est des cas où la maladie est grave et l’opéra-

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