ACCIDENTS SUITES
Parmi les accidents qui suivent l’opération du cathétérisme chez l’homme, il en est un des plus dangereux, qui n’a cependant pas fixé l’attention des praticiens, et dont vous ne voyez aucune description dans vos auteurs. Cet accident, je veux vous en entretenir aujourd’hui, car il est important que vous le connaissiez. Les pièces pathologiques que vous voyez ici m’en fournissent l’occasion, et, dans l’intérêt de votre instruction, je ne dois pas la laisser échapper. Ces pièces pathologiques appartiennentà un jeune homme atteint d’un rétrécissement du canal de l’urètre, et qui est mort il y a deux jours. J’avais déjà traité ce jeune homme il y a plusieurs années pour cette même maladie à l’hôpital de la Pitié ; il était sorti de cet établissement assez bien guéri : il urinait facilement, et il avait pendant longtemps, depuis sa sortie de l’hôpital, conservé l’habitude de s’introduire de temps en temps une bougie dans le canal, lorsqu’il commençait à éprouver quelque difficulté à uriner. De cette manière, il passa plusieurs années sans trop d’incommodités. Mais ayant négligé depuis quelque temps de dilater ainsi lui-même son canal au moyen des bougies, son rétrécissement reparut, et c’est pour s’en faire traiter de nouveau qu’il était venu me voir. Je le fis recevoir dans cet hôpital. Il ne pouvait plus se sonder luimême, je le sondai il y a quelques jours. Je parvins dans sa vessie sans beaucoup de difficultés et d’embarras, et lui-même put recommencer à se passer une bougie comme il le faisait auparavant. Le lendemain d’un dernier cathétérisme que je lui avais pratiqué, je le trouvai atteint d’une fièvre très-forte. Cette fièvre avait été précédée d’un violent frisson, et même d’un tremblement qui dura longtemps avant la réaction, qui fut elle-même très-forte, et qui fut suivie d’une sueur abondante. Cette fièvre se maintint. Je fis faire à ce malade plusieurs saignées, le mis à la diète absolue et à l’usage des boissons émollientes. La fièvre continua, le genou droit devint très-douloureux, se gonfla d’une manière démesurée : une arthrite
DU CATHÉTÉRISME.
purulente devint manifeste. Malgré le traitement antiphlogistique le plus actif, les accidents persistèrent, la langue se sécha, le délire survint, l’adynamie se déclara, et le malade succomba le sixième jour après l’invasion des premiers symptômes de sa maladie.
Ainsi, Messieurs, voici un individu bien portant, bien constitué et vigoureux, qui, à la suite du cathétérisme pratiqué sans difficultés, sans douleurs, est pris subitement de frissons, de fièvre, d’un gonflement énorme au genou, de délire, et qui succombe. Voici les pièces pathologiques; y trouverons-nous l’explication des symptômes et de la mort? Voyons. L’urètre présente une petite excoriation récente dans la fosse naviculaire, plusieurs traces d’anciennes fausses routes près de la portion rétrécie; au-dessous du rétrécissement, un tissu épaissi et comme lardacé, ainsi que cela se remarque souvent, mais pas de pus autour. La prostate ne présente rien, non plus que la vessie, les uretères, ni les reins; les voies urinaires enfin, sont parfaitementsaines;mais les veines qui entourent la prostate, celles qui sont à la surface des vésicules séminales et qui constituent une espèce de tissu caverneux, sont évidemment enflammées. L’articulation du genou est enflammée et contient du pus. Les autres viscères étaient parfaitement sains; aucune lésion n’y a été remarquée.
Messieurs, il s’agit ici, comme vous le voyez, d’une maladie bien grave; elle a cependant été passée sous silence par les auteurs; vous n’en trouverez aucune description. J’ai été peut-être le premier à en dire quelques mots à l’article Articulation du Dictionnaire de médecine , car je parlai alors de l’arthrite suite du cathétérisme.
J’avais déjà vu, lorsque je rédigeais cet article, plusieurs cas de mort ou d’accidents graves survenus à la suite du cathétérisme, et qui avaient fixé mon attention. Je reçus, alors que j’étais chargé du service chirurgical à l’hôpital de la Pitié, un individu, marchand des quatre saisons, et qui était atteintd’une gonorrhée etd’un rétrécissement con-