‹ Leçons orales de clinique chirurgicaleChapitre 50 sur 84 · ACCIDENTS SUITES DU CATHÉTÉRISME · texte numérisé non relu

ACCIDENTS SUITES DU CATHÉTÉRISME

sidérable du canal de l’urètre. J’étais déjà parvenu à introduire dans son canal et dans la vessie une bougie très-fine, lorsqu’il voulut un jour se sonder lui-même; il y réussit, mais en déterminant quelques douleurs et l’écoulement d’une certaine quantité de sang. Le lendemain, je le trouvai avec une fièvre violente et qui avait été précédée d’un tremblement très-fort. La saignée générale, la diète, les émollients ne calmèrent pas les accidents. Le jour suivant, douleurs vives dans les articulations tibio-larsiennes, avec gonflement considérable; les accidents allèrent toujours en augmentant, et le cinquième jour je crus devoir donner issue au pus qui dislendaitces deux articulations. Pendant trois semaines, il y eut une suppuration abondante, et le malade fut en danger de mort. Mais enfin il guérit avec une ankylosé des deux articulations. Ce fait me frappa , car je n’observai chez ce malade aucun accident du côté du bas -ventre, les voies urinaires ne donnèrent aucun signe d’irri talion ; je continuai à opérer chez lui après sa guérison la 'dilatation du canal de l’urètre, et il ne survint aucun accident pendant la duréede ce traitement.

J’observai ensuite deux autres exemples pareils. Chez un sujet, l’inflammation articulaire siégeait au genou; chez l’autre, ce fut au coude.

Il y a deux ou trois ans, un imprimeur bien portant et seulement atteint d’un léger rétrécissement de l’urètre, entre dans cet hôpital. A ma première visite depuis son entrée, je lui passai sans difficultés une bougie fine dans le canal; le soir même il fut saisi d’un violent frisson; le lendemain, des symptômes tétaniques se manifestèrent, et il mourut dans la soirée, vingt-quatre heures après le développement des premiers symptômes. A l’autopsie, nous cherchâmes en vain la cause de la mort, nous ne trouvâmes absolument rien; les voies urinaires étaient parfaitement saines.

Après ce troisième ou quatrième cas, si extraordinaire et en même temps si effrayant, j’en observai encore deux autres. Un jeune homme, fort et bien constitué, entre à l’hôpital; le lendemain du jour de son entrée, il est sondé. Dans la soirée, il est pris de frissons violents, et je le trouve le lendemain, froid, livide, violacé, en proie à des accidents cholériformes; il meurt au bout de quarantehuit heures. A l’autopsie, je ne trouvai rien, si ce n’est un engouement pulmonaire. Je ne trouvai rien non plus à l'autopsie du second.

Voilà donc, Messieurs, un assez grand nombre d’exemples d’accidents les plus graves, et même de morts survenues après l’opération du cathétérisme, sans qu’on puisse trouver à l’autopsie d’autres lésions qu’une très-légère maladie de l’urètre; cela

mérite donc une grande attention. Entrons dans quelques détails à ce sujet.

Dans la pratique soit en ville, soit dans les hôpitaux, il est commun d’observer quelques accidents à la suite de l’opération du cathétérisme. Ces accidents se présentent principalement sous la forme d’accès de fièvre intermittente. Us ont lieu, soit que le cathétérisme ait été difficile, soit qu’on n’ait eu aucune peine à le pratiquer. Les lilhotriteurs se plaignent beaucoup de cet obstacle, et souvent on voit des malades soumis à l’opération de la litholritie qui ne supportent jamais une séance consacrée au broiement de leur pierre sans éprouver après un véritable accès de fièvre intermittente, caractérisé par un frisson, suivi de chaleur et de sueur. En 1827, j’ai vu un perruquier venu de province à Paris pour subir la lithotrilie, et qui, après chaque séance, était pris d’un accès violent de fièvre intermittente. Une fois même, cet accès fut si violent, que je le crus véritablement en danger. M. Sanson aîné, auquel je parlais de ces accidents survenus après le cathétérisme, me dit aussi avoir observé deux ou trois de ses malades qui en furent également atteints, et qui l’inquiétèrent vivement. J’ai vu en ville, il y a deux ou trois ans, un malade qui, après chaque cathétérisme, fait d’ailleurs sans beaucoup de difficultés, était toujours pris d’un violent tremblement, suivi de fièvre et même de délire; si bien que je fus obligé de suspendre le traitement que je me proposais de lui faire suivre pour le rétrécissement dont il était affecté. En résumé, voici les caractères que présentent les accidents sur lesquels je veux fixer votre attention aujourd’hui, et qui suivent quelquefois l’opération du cathétérisme. Ce sont des tremblements violents qui se manifestent au bout de quelques heures, tremblements suivis d’une forte réaction, de chaleur, de soif, puis d’une sueur plus ou moins abondante. Prenez enfin, Blessieurs, dans vos meilleurs auteurs la description d’un accès de fièvre intermittente, et vous aurez le tableau des accidents que je vous trace ici. Ordinairement cet accès est unique, et le lendemain il n’y paraît plus; le malade est dans le même état qu’avant l’opération. Mais chez d’autres sujets les choses ne se passent pas aussi heureusement; ainsi, l’accès se renouvelle le lendemain avec les mêmes caractères, la même force. S’il ne cesse pas au bout de quarante-huit heures, c’est alors qu’on voit survenir des phénomènes nerveux, ou bien des accidents inflammatoires, une cystite, une néphrite ou bien une autre affection viscérale. La maladie prend chez d’autres sujets un caractère tout différent. C’est ainsi qu’il survient tout à coup une arthrite; un épanchement rapide et considérable se fait dans

ARTICLE VINGT-CINQUIÈME

une ou plusieurs articulations importantes, au coude, au genou, à l’épaule, aux pieds; l’articulation se gonfle d’une manière presque subite; la tuméfaction est énorme, elle apparaît en même temps que la douleur; la chaleur et la rougeur s’y joignent très-promptement. Enfin, tous les caractères de l’arthrite purulente se manifestent. C’est alors qu’il existe un véritable danger pour la vie du malade. Vous connaissez tous, en effet, les dangers d’un épanchement purulent dans une grande articulation.

Dans d’autres circonstances, il se présente quelque chose de plus effrayant encore, des symptômes cholériformes se déclarent, les traits s’altèrent profondément, il y a une sidération complète des forces, des vomissements abondants, de la diarrhée, et la mort arrive en vingt-quatre ou quarante-huit heures. Voilà, Messieurs, un ensemble d’accidents bien terribles, sans doute, et bien tristes pour la chirurgie. Un homme très-fort, très-bien portant, est sondé avec plus ou moins de difficultés, souvent sans aucune difficulté, et peu de temps après il est pris de phénomènes des plus graves, et succombe en vingt-quatre, quarante-huit heures, trois, cinq ou six jours. La cause d’accidents si fâcheux n’a pas été bien comprise. On a cité quelques faits qui prouvent qu’à l’autopsie on a constaté la phlébite des veines qui entourent la prostate, ou des épanchements dans les cavités séreuses, ou dans certaines grandes cavités articulaires. Vous avez vu sur les pièces que je viens de vous présenter une inflamrnatiop évidente des veines qui entourent la prostate; mais il y a beaucoup d'autres circonstances dans lesquelles on ne trouve absolument rien qui puisse expliquer la mort. Il y a donc ici quelque chose de très-obscur dans l’étiologie.

Du reste, tous les faits que je vous ai cités, tous les symptômes que je vous ai tracés , viennent, je crois, à l’appui d’une hypothèse que j’ai souvent l’occasion d’émettre ici, c’est qu’il y a un assez grand nombre de maladies qui consistent dans un véritable empoisonnement, dans l’introduction par une voie quelconque dans l’économie animale d’un agent toxique qui cause tous les phénomènes observés. Ces maladies si terribles s’annoncent presque toujours par un violent frisson ou tremblement : c’est le début du mal, et il proclame sa gravité. Je vous ai déjà parlé de l’infection purulente, et vous savez que c’est par de violents tremblements que commence ordinairement la maladie; ils annoncent l’introduction dans le sang d’un agent septique, le pus; il en est peut-être ainsi dans la maladie que je viens de vous décrire. L’urine,

ainsi que vous le savez, est un des liquides les plus dangereux, les plus perfides de l’économie, et qui produit les ravages les plus affreux quand il est sorti de ses canaux naturels, quand il est épanché dans les cavités séreuses, infiltré dans le tissu cellulaire, etc. Serait-il donc étonnant que quelquesuns de ses principes, forcés, on ne sait comment, de rentrer dans le torrent de la circulation, par suite de l’opération du cathétérisme pratiquée dans certaines conditions peu ou mal connues, ne devinssent la cause de tous ces phénomènes. Je •n’insisterai pas plus longtemps sur ce point, Messieurs, car il serait trop facile de s’égarer dans le champ des hypothèses. Le plus important à connaître actuellement serait le traitement. Malheureusement je ne puis rien vous dire à son sujet; comme traitement préservatif, il est impossible de rien déterminer, puisque les accidents arrivent dans les circonstances les plus opposées, quand le canal est libre ou à peu près, quand le caLhétérisme est facile ou pénible. Comme traitement curatif, je ne vous éclairerai guère plus; j’ai employé sans succès les saignées, les sangsues, les émollients, les antispasmodiques. La maladie a marché malgré ces moyens, et dans d’autres circonstances elle s’est arrêtée d’elle-même, et sans qu’on ait rien fait.

Eaut-il ouvrir les articulations quand elles sont distendues par le pus? Je vous ai cité un cas de guérison, celui dans lequel j’ai ouvert les deux articulations libio-tarsiennes, opération qui a été suivie de guérison; mais ce n’est là probablement qu’une exception, et la mort est le plus ordinairement le résultat de ces ouvertures. Au genou, vous savez tous que l’arthrite purulente est une maladie presque toujours mortelle. L’amputation du membre est le meilleur remède dans ce cas; mais quand plusieurs articulations, trois, quatre ou cinq, sont prises à la fois, que ferez- vous? Ouvrirez- vous toutes ces articulations, ou pratiquerez-vous l’amputation de plusieurs membres sur le même sujet? S’il s’agit, comme j’ai une certaine tendance à le croire, d’un empoisonnement par un agent délétère introduit dans l’économie animale à l’occasion du cathétérisme, comment le combattre, puisque nous ignorons sa nature? En attendant que de nouvelles recherches nous fassent découvrir le remède de ces terribles accidents, j’ai diï vous les signaler, vous engager à les bien étudier, car leur étiologie est extrêmement obscure, et surtout à vous tenir en garde contre eux, car vous voyez par ce que je vous ai dit combien nos ressources actuelles sont peu efficaces.

ARTICLE XXYI

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