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ABCÈS DE LA RÉGION ILIAQUE

Plusieurs malades atteints d’abcès dans la région iliaque et qui sont dans ce moment dans nos salles, vont nous fournir l’occasion de traiter ce point de la pathologie qui est mal connu, et dont l’étude et l’histoire sont à refaire complètement, malgré les travaux assez récents de quelques auteurs modernes, entre autres, de Dupuytren 1 , Dance, de MM. Menière, Grisolle, etc.

Nous avons dans ce moment quatre malades atteints de cette affection, deux femmes, l’une au n° 12, l’autre au n° 15; deux hommes, l’un au n° 52, et l’autre au n° 44 2. Ce dernier est arrivé nu dernier terme de l’épuisement, et nous fournira très -prochainement l’occasion d’examiner, à son autopsie, les désordres que certaines variétés de cet abcès peuvent déterminer.

Les causes des abcès de la région iliaque sont innombrables. Elles résident tantôt dans les parties molles, tantôt dans les parties dures. Les inflammations des muscles, du tissu cellulaire, celles du péritoine et des os de cette région peuvent donner naissance aux abcès iliaques comme celle de parties fort éloignées. C’est ainsi que les maladies du rein, de l’intestin cæcum à droite, de l’S iliaque du colon à gauche, peuvent amener des suppurations dans la cavité iliaque et des foyers plus ou moins étendus. Les perforations, les squirres, les cancers de ces intestins, les maladies du testicule et du cordon, les hernies et surtout les hernies étranglées; les opérations que ces maladies nécessitent, les maladies de la vessie, du col de cet organe, de la prostate, de la portion spongieuse et bulbeuse de l’urètre, peuvent amener des abcès iliaques. Les maladies de l’aine, de la cuisse, peuvent aussi les déterminer; c’est ainsi que l’inflammation de la bourse synoviale des muscles psoas et iliaque, celle de l’articulation coxo-fémorale, en sont des causes très-communes, soit par la propa-

1 Leçons orales de clinique chirurgicale , 2e édit., 1859,

t. III, p. SIG.

3 Ce malade succomba le jour même de cette première leçon, le 11 novembre 1859.

galion de la maladie par le fond de la cavité colyloïde, ou par le trou sous-pubien, ou par la bourse synoviale des muscles psoas et iliaque. Les maladies des organes génitaux de la femme sont trèsfréquemment le point de départ des abcès de la région iliaque. Ainsi, les maladies de l’ovaire donnent naissance à deux variétés de ce genre d’abcès. Si l’ovaire est enflammé à sa surface péritonéale, le pus, quand il s’en forme, est dans la cavité du péritoine. Si, au contraire, c’est le parenchyme de l’ovaire qui a été le siège principal de l’inflammation, le pus sera en dehors de cette cavité; c’est, je crois, le cas de la malade placée au n° 15 de la salle des femmes. Elle me semble avoir eu une inflammation de l’ovaire, et être actuellement menacée d’un abcès dans l’épaisseur de cet organe. La péritonite est éteinte maintenant, maison sent dans la région iliaque gauche, une tumeur douloureuse à la pression. Il existe chez cette malade une particularité qui mérite votre attention, et que je dois vous faire remarquer en passant; elle a une constipation très-opiniâtre, et, malgré l’emploi de plusieurs purgatifs, elle n’estpoint alléeà la garderobe. Cette tumeur, dans la région iliaque gauche, pourrait n’être, à la rigueur, qu’un amas de matière slercorale 3.

Les maladies de la matrice, ses inflammations et ses dégénérescences squirreuse ou cancéreuse, peuvent amener et amènent souvent en effet des abcès dans la région iliaque. Cela est même assez facile à comprendre. Dans la métrite, l’inflammation s’étend facilement du tissu cellulaire extrautérin, à celui qui est contenu dans l’épaisseur des ligaments larges, et de là dans celui de la région iliaque. C’est à cette dernière espèce que je dois rapporter l’abcès dont est affectée dans la région iliaque la malade du n° 12. Cette femme est accouchée il y a deux mois à peu près ; la nuit même de

3 De nouveaux purgatifs ayant été donnés à la malade depuis, des selles abondantes ont eu lieu, mais la tumeur de la région iliaque gauche a persisté. Il est donc positif que la malade a un abcès iliaque.

ARTICLE VINGT-SIXIÈME

son accouchement, elle fut prise de symptômes de mctro-péritonite, qui furent arrêtés par un traitement approprié. Mais depuis cette époque elle a ressentidcsdoulcursdans la région iliaquegauche. 11 s’y est développé une tumeur qui s’est accrue peu à peu et que j’ai ouverte; c’était en effet un abcès énorme développé dans la région iliaque, et qui est très-certainement, suivant moi, le résultat de la mélrite dont elle a été affectée, et qui s’est communiquée du tissu cellulaire extérieur de la matrice, à celui du ligament large, et de là, à celui de la fosse iliaque.

On conçoit tout aussi facilement les fusées purulentes qui arrivent dans la fosse iliaque à la suite des ulcérations du col de la matrice, du sommet du vagin, etc.

Les maladies des os sont des causes très -communes des abcès iliaques, et c’est à cette classe qu’il faut rapporter l’abcès iliaque du malade du n° 44, qui est mort hier. C’est ainsi que les caries de l’os coxal, des vertèbres, des côtes, y donnent très-souvent lieu.

Les bubons de l’aine amènent aussi les abcès iliaques. C’est le cas du malade couché au n° 52. Ce jeune homme, étudiant en médecine, a été affecté d’un bubon qui, après avoir été traité par les antiphlogistiques d’une manière énergique, a cependant fini par suppurer. Il y a eu orchite, inflammation du cordon des vaisseaux spermatiques. Le bubon est resté en suppuration, des fistules ont persisté; par suite des voies de communication qui existent entre les ganglions de l’aine et ceux de la fosse iliaque, l'inflammation s’est propagée à ces derniers, et de là au tissu cellulaire qui les entoure. Celui du canal y a participé également; de là, un abcès énorme que j’ai ouvert ce matin ; le pus qui s’en est écoulé était crémeux, bien lié, et très-abondant; le canal inguinal a été transformé en un vaste sac purulent.

Après avoir énuméré les causes si nombreuses des abcès de la région iliaque, je dois maintenant vous parler de leurs variétés de siège. Cela est d’une extrême importance; en effet, les abcès peuvent siéger : 1° dans la paroi abdominale qui recouvre la région iliaque; 2° dans la cavité iliaque et sous le péritoine; 5° dans cette même cavité, mais sous l’aponévrose fascia-iliaca.

1° Abcès situés dans la paroi abdominale iliaque.— Les inflammations des ganglions inguinaux en sont souvent le point de départ. Les inflammations du cordon des vaisseaux spermatiques, les hernies étranglées et même les hernies non étranglées, les opérations pratiquées sur celte région, celles du varicocèle, du sarcocèle, de la hernie étranglée, peuvent les déterminer. Les abcès de la

paroi abdominale iliaque sontde trois sortes : l°Ils peuvent être situés entre les téguments, et l’aponévrose du muscle grand oblique; dans ce cas ils peuvent devenir diffus, et constituer des phlegmons très étendus. Quelques maladies de l'urètre peuvent déterminer ces inflammations phlegmoneuses. C’est ainsi qu’une ulcération de l’urètre à la portion spongieuse ou bulbeuse, amène une infiltration urineuse qui produit une vive inflammation, laquelle traverse le scrotum sans s’y arrêter, gagne l’aine, et s’étend dans la paroi abdominale et jusqu’au flanc; cela n’est même pas trèsrare.

2° L’abcès peut siéger dans le canal inguinal.

5° Il peut enfin être situé à la face externe du péritoine, entre lui et le plan musculaire postérieur de l’abdomen.

Ces trois sortes d’abcès peuvent exister à la fois et être superposées.

Ces distinctions sont très-importantes; car, ainsi que vous le verrez, Messieurs, la manière de les traiter n’est pas la même pour chacune de ces variétés de siège.

2° Abcès de la cavité iliaque. — Ils sont toujours déterminés par l’inflammation du péritoine ou par celle des organes génitaux, et ils présentent aussi des variétés importantes à connaître sous le rapport du siège. Tantôt, en effet, l’abcès est sous le péritoine; tantôt il est en dehors de cette membrane; d’autres fois enfin, il est sous l’aponévrose fascia-iliaca. Quand l’abcès est sous-péritonéal il fuse avec une grande facilité, et s’étend promptement vers le flanc ou dans la paroi abdominale; quelquefois même ces abcès, après avoir ainsi fusé dans la paroi abdominale, passent par le canal inguinal. Quand les abcès sont dans le péritoine, ils y restent ordinairement, ils ne fusent pas au loin comme les précédents; mais ils ont une tendance dangereuse à s’épancher dans le péritoine, où ils déterminent une péritonite générale promptement mortelle.

Les causes des abcès sous-péritonéaux de la cavité iliaque sont extrêmement variées. Les maladies du rein, inflammations, suppurations, squirre, cancer de cet organe, sont souvent leur point de départ; il en est de même des caries du rachis, du bassin et des côtes, des maladies de la matrice, du sommet du vagin et du col de la vessie.

La troisième variété des abcès de la cavité iliaque ou la variétésous aponévrotique, est tout à fait distincte des précédentes; dans ce cas, l’abcès se trouve sous le fascia-iliaca. Ce feuillet fibreux, partant du ligament cintré et de l’arcade fibreuse qui embrasse l’origine des psoas, s’épaissit insensiblement en descendant vers la fosse iliaque. Se dé-

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