MEMBRE SUPÉRIEUR
A. Fractures de la main.
1° Fractures des doigts. — Il faut ici une bande d’un demi-pouce environ de largeur. On entoure
1 Depuis quelques années, on a beaucoup écrit sur les nouveaux appareils à fracture; on a discuté longuement leurs avantages et leurs inconvénients ; et tout porte à penser que la nouvelle méthode de traiter les ruptures osseuses sera bientôt généralement substituée à l’ancienne. Il devient donc nécessaire de faire connaître comment on doit procéder à l’application de ces appa-
d’abord le doigt fracturé d’un linge fin et sec ; cela fait, on applique par-dessus un plan de bandage roulé avec la bande imbibée de dextrine, en commençant par l’extrémité libre du doigt. Autrefois, après ce premier plan, M. Velpeau appliquait une plaque de carton étroite et d’une longueur conve-
reils. Ce travail a déjà été fait pour le bandage amidonné de M. Seutin *; je crois devoir le faire ici pour le bandage dextriné de M. Velpeau. Ce sera d’ailleurs là le com-
* Aperçu succinct sur le mode général d'application du bandage amidonné, par P.-J.-C. Simonart et U. Pourcelet, élèves internes à l’hôpital Saint-Pierre Je Bruxelles.
GGO
APPLICATION DU BANDAGE DEXTRINÉ
nable, qu’il recouvrait ensuite d’un second et même d’un troisième plan de bandage ; aujourd’hui, sauf quelques cas exceptionnels, il ne fait plus usage de carton ; il se borne à appliquer sur le linge sec deux ou trois plans du bandage roulé sans aucune espèce d’intermédiaire; après quoi il porte la bande sur la région métacarpienne, où il fait deux ou trois circulaires, et revient enfin la coller autour de la racine du doigt malade. Abandonné à l’air libre, le bandage ainsi posé se dessèche et acquiert la dureté du bois dans l’espace de quelques heures. Alors il se trouve à l’abri de tout déplacement, et, sauf quelques indications spéciales, on le laisse en place jusqu’à la consolidation de l’os. Pour obvier à toute direction vicieuse de l’organe blessé pendant que l’appareil n’est pas encore solide, on place, jusqu’à sa dessiccation complète, la main sur une palette que l’on fixe d’une manière convenable à l’aide d’une bande sèche. Ce que je dis ici pour un seul doigt s’applique également à plusieurs.
2° Fractures du métacarpe. — Que la lésion porte sur un ou plusieurs os métacarpiens, on se comporte à peu près de la même manière. Les parties étant préalablement enveloppées d'un linge sec, on entoure successivement les doigts de bandes séparées, étroites, dextrinées; on place ensuite sur le dos du métacarpe un carré de linge doublé d’une plaque de carton mouillé, puis un carré semblable ou un peu plus épais dans la paume de la main. Cela fait, on applique plusieurs tours de bande dextrinée autour de la main et du poignet, en ayant soin de comprimer très-modérément le bord de la main vers la racine des doigts, et de n’opérer aucune sorte d’étranglement au poignet. La main est ensuite convenablement placée sur une palette en bois maintenue en place par une bande sèche, jusqu’à la dessiccation complète du bandage.
Fractures du carpe. — L’appareil est ici le même que dans le cas précédent; seulement on élève le bandage jusqu’au tiers inférieur de l’avant-bras.
B. Fractures de l’avant-bras.
1° Fractures de l’extrémité inférieure du radius.
pléraent des considérations émises dans le précédent article.
Nous supposerons prises toutes les précautions préliminaires à l’application du bandage : réduction, extension, contre-extension, soins de propreté, imbibilion du bandage dans la solution de dexlrine, etc. Mon seul but est de faire connaître purement et simplement comment on procède à l’hôpital de la Charité, dans le service de
— Après avoir redonné au poignet sa direction normale, le chirurgien applique sur le linge sec qui doit recouvrir immédiatement la peau, un plan de bandage roulé dextriné, depuis la racine des doigts jusqu’au coude ; il place ensuite par-làdessus deux compresses graduées, une sur la face antérieure, l’autre sur la face postérieure de l’avant-bras, et s’étendant jusque sur les faces correspondantes de la main. Quelquefois M. Velpeau double ces compresses d’une attelle de carton mouillé; le plus souvent il ne prend point cette précaution. -Quoi qu’il en soit, dès que les compresses sont placées, il applique un second, puis un troisième plan de bandage roulé, établi du coude à la racine des doigts et de la racine des doigts au coude. La solidité de ce bandage, sa dessiccation ne s’établissant que par degrés, permet de redresser insensiblement, mais aussi exactement qu’on peut le désirer, la partie inférieure de l’avant-bras. On peut, du reste, comme M. Velpeau le fait assez souvent, poser par-dessus le bandage une attelle en bois pour maintenir la partie dans une direction convenable, jusqu’à ce que l’appareil soit complètement solidifié.
2° Fractures dans le corps du membre. — Quel que soit celui des deux os qui se trouve fracturé, le bandage est à peu près le même; c’est pourquoi je crois pouvoir me borner à une seule description. L’avant-bras est d’abord entouré d’un linge sec 1 que l’on recouvre d’un premier plan de bandage roulé étendu depuis le poignet jusqu’au coude. Les compresses graduées avec ou sans les cartons sont appliquées sur ce plan en avant et en arrière. Un second plan du bandage est ramené par-dessus, du coude jusqu’au poignet. On porte ensuite la bande deux ou trois fois autour du métacarpe, entre le pouce et la racine de l’indicateur; puis on revient sur l’avant-bras, et on termine par un troisième plan de bandage roulé. Pour plus de sûreté, si on avait affaire à un sujet indocile, ou si la rupture osseuse avait son siège très-près de l’articulation huméro-cubitale, il serait bon de prolonger les plans du bandage, le membre étant dans la demi-flexion, jusqu’à quelques pouces au-dessus du coude; par ce moyen, la dessiccation de l’appareil étant opérée, l’articulation huméro-cubitale se trouverait ainsi tout à fait immobile.
M. Velpeau, au confeclionnement des appareils à fracture, suivant la région qui se trouve affectée.
1 Quelle que soit la fracture et sur quelque région qu’elle existe, M. Velpeau commence toujours par envelopper la partie blessée d’un linge sec pour éviter le contact des téguments avec la dexlrine desséchée. Cette pratique étant générale, je ne la signalerai plus dorénavant.
APPLICATION DU BANDAGE DEXTRINÉ
5° Fractures de l’olécrane. — - « Aucun des bandages proposes jusqu’à présent ne peut empêcher avec certitude l’écartement des fragments dans les fractures de l’olécràne; à moins qu’il ne soit de plus d’un pouce, cet écartement n’entraîne d’ailleurs que très-peu d’inconvénients. Ce qu’il y a de mieux à faire en pareil cas est donc de tenir le membre dans une extension très-modérée et dans l’immobilité complète pendant environ un mois. Or on obtient ce résultat de la manière la plus parfaite à l’aide du bandage imbibé de dextrine; rien n’empèche alors d’abaisser le fragment de l’olécrâne en plaçant au-dessus une compresse graduée en travers, puis quelques arcs obliques de la bande, pourvu qu’on ait le soin de ne pas comprimer beaucoup et d’établir, en sus du tout, d’une manière égale, le bandage roulé avec deux grandes plaques de carton mouillé, depuis la racine des doigts jusqu’au voisinage de l’épaule >. »
Tel est le précepte donné par M. Velpeau. Voici comment on procède dans l’application de ce bandage : après avoir mis le membre dans une extension très-modérée, on applique au-dessus du fragment supérieur de l’os brisé une compresse graduée placée en travers et que l’on maintient en place à l’aide de quelques arcs obliques d’une bande sèche. Cela fait, on applique un premier plan de bandage roulé dextriné qui doit s’étendre depuis la racine des doigts jusqu’à l’attache inférieure du muscle deltoïde : sur ce premier plan, on applique deux longues plaques de carton mouillé, l’une en dehors, l’autre en dedans du membre. Ces plaques doivent avoir la longueur du bandage. (Je dois dire que M. Velpeau se dispense assez souvent de faire usage de carton.) Le tout est recouvert d’un deuxième et d’un troisième plan du bandage roulé. L’appareil est alors complet. Pour empêcher le membre de prendre une direction autre que celle qu’on lui a donnée, on place sur le bandage mouillé une longue attelle en bois, que l’on enlève dès que l’appareil est complètement sec.