C. Fractures de l’humérus
i° Fracture du corps de l’os. — Un simple bandage roulé imbibé de dextrine suffit ici. Les compresses graduées ne sont indiquées que rarement. Ce n’est aussi que dans quelques cas exceptionnels que M. Velpeau fait usage des plaques de carton. Le plus ordinairement deux ou trois plansdc bandage roulé, étendusdepuis la main jusqu’à l’épaule,
' Velpeau, Médecine opératoire, 2e édition, 1839, t. I, p. 227.
et placés sur un linge sec qui doit avoir été préalablement appliqué sur la peau, constituent tout l’appareil.
2° Fracture de l’extrémité inférieure de l’os. — Les fragments osseux étant préalablement fixés dans leur position normale, et un linge sec étant appliqué sur les téguments, le chirurgien place une compresse graduée en avant sur le pli du coude, une autre en arrière sur l’olécrâne, et applique par-dessus un premier plan de bandage roulé, imbibé de dextrine, s’étendant depuis le poignet jusqu’au voisinage de l'épaule. Sur ce premier plan, M. Velpeau place assez ordinairement deux plaques de carton mouillé, l’une en dehors, l’autre en dedans du membre. Reprenant ensuite la bande dexlrinée, on applique par-dessus deux autres plans de bandage roulé qui complètent l’appareil. Ici comme au poignet, il faut avoir soin de surveiller la dessiccation du bandage et de redonner insensiblement aux parties leur conformation naturelle en les soumettant à des pressions convenables. Du reste, pour éviter tout déplacement, on peut fixer deux attelles en bois jusqu’à ce que l’appareil soit complètement sec.
o° Fracture de l’extrémité supérieure de l’os. — Soit que la lésion ait lieu au col anatomique ou au col chirurgical de l’humérus, on peut se servir du bandage de la clavicule que je décrirai plus bas. Cependant le bandage suivant est préférable : on commence par garnir le creux de l’aisselle d’une épaisse plaque de linge ou de toute autre matière analogue, on applique par-dessus quatre ou cinq tours de spica, et on maintient le tout en place à l’aide du bandage roulé imbibé de dextrine.
D. Fractures de la clavicule.
L’appareil que M. Velpeau emploie exclusivement, soit pour les fractures, soit pour les luxations de la clavicule, est le suivant. Voici la description que ce chirurgien en donne dans son Traité de médecine opératoire (2mc édit., 1839, 1. 1, p. 229-250): « Il faut une bande de huit à dix aunes. Le chef de cette bande est d’abord appliqué sous l'aisselle du côté sain, ou en arrière, comme dans le cataphraste; on la conduit en diagonale sur le dos et l’épaule jusque sur la clavicule du côté malade. La main du blessé estalorsportéesur i’acromion de l’épaule saine, comme pour embrasser celle dernière. Le coude ainsi relevé correspond au-devant de la pointe du sternum, et l’épaule malade se trouve refoulée en haut, en arrière et en dehors par l’action de l’humérus, qui, prenant son point d’appui sur le côté de la poitrine, agit comme un levier du premier genre ou par un mouvement de bascule.
APPLICATION DU BANDAGE DEXTRINÉ
Pendant qu’un aide maintient les parties en place, le chirurgien abaisse la bande sur la face antérieure du bras, puis en dehors au-dessous du coude, pour la ramener en haut et en avant sous l’aisselle saine. Il recommence ainsi trois ou quatre fois, afin d’avoir autant de doloires en diagonale qui coupent obliquement et la clavicule blessée, et le haut de la poitrine, et la partie moyenne du bras. Au lieu de ramener la bande sur l’épaule affectée, on la porte ensuite horizontalement sur la face postérieure de la poitrine pour la ramener sur la face externe du bras, du coude ou de l’avant-bras, en forme de circulaires qu’on multipliejusqu’àce que la main qui est sur l’épaule saine et le moignon de l’épaule malade restent seuls à découvert. On termine par une ou deux diagonales nouvelles, et par un nombre semblable de circulaires horizontales.
» Une nouvelle bande, bien imbibéede dextrine, et appliquée exactement de la même façon par-dessus la première, fait de ce bandage une espèce de sac inamovible dans lequel le coude repose sans efforts et sans pouvoir se porter ni en arrière, ni en dehors, ni en avant. .Te l’ai employé déjà un grand nombre de fois, et il m’a paru si simple, d’une application si facile, que je n’hésite point à le donner comme préférable à tous ceux qui ont été proposés jusqu’ici. Je n’ai pas besoin d’ajouter que quelques remplissages, quelques compresses épaisses peuvent être placées au-dessous dans la région sus-claviculaire, tantôt plusprès du sternum, d’autres fois plus près de l’acromion, selon qu’il paraît convenable de comprimer plutôt tel point que tel autre. Il est bon aussi, pour éviter les excoriations de la peau , de placer un linge en double entre la poitrine et le bras, de même qu’il faudrait fixer une espèce de coin d’une épaisseur moitié moindre que celui de Desault dans l’aisselle, s’il s’agissait d’une fracture du col de l’humérus. »