RÉSUMÉ GÉNÉRAI
Il résulte de tout ce que j’ai dit jusqu’ici , que led arthropathies désignées sous le titre de tumeurs blanches, peuvent être distinguées sans trop de difficulté les unes des autres par des signes spéciaux , et qu’elles sont loin de réclamer toutes le même traitement. Ainsi nos entretiens cliniques
dies des yeux, d’après les Leçons cliniques de M. le professeur Velpeau.
DES TUMEURS BLANCHES
sur ce sujet peuvent être résumés de la manière suivante :
Les tumeurs blanches appartiennent à deux grandes classes d’arthropathies :
A . Des parties molles. — B. Des parties dures. — La première classe se divise naturellement en trois genres : 1° arthropathies externes; 2° arthropathies capsulaires; 5° arthropathies internes. Il en est de même de la seconde, qui se présente sous forme : 1° d’arthropathies cartilagineuses; 2° d’arthropathies osseuses superficielles; 5° d’arthropathies osseuses profondes ou parenchymateuses.
Quant à leur nature, toutes ces arthropathies peuvent être ou rhumatismales, ou scrofuleuses, ou tuberculeuses, ou syphilitiques, ou scorbutiques, ou cancéreuses, etc., ou simplement inflammatoires.
On peut encore résumer ce sujet comme il suit :
1° Arlhropathie extra-capsulaire. — Empâtement; quelquefois douleurs; gonflementirrégulier, sans épanchement à l’intérieur de l’articulation; en général peu grave; exigeant le traitement, soit des érysipèles phlegmoneux, soit des engorgements du même genre développés dans les couches souscutanées du reste des membres. S’il s’établit une collection purulente, y appliquer le bistouri avec hardiesse et sans crainte.
2° Arlhropathie capsulaire pure. — Due aux entorses, aux violences extérieures de toute espèce, aux affections rhumatismales, accompagnée de douleur dans certains mouvements , douleur que la pression augmente quelquefois; faisant naître un gonflement régulier ou irrégulier des couches extra-capsulaires; produisant parfois un degré variable d’épanchement interne; maladie plus grave que la précédente; servant d’origine à plusieurs de celles qui vont être rappelées; exigeant une médication antiphlogistique active; se trouvant bien ensuite des pommades résolutives, des grands vésicatoires, de la compression, et des mercuriaux à haute dose.
5° Arlhropathie blennorrhagique , des femmes en couche. — Lésion qui arrive brusquement ; qu'un épanchement abondant caractérise bientôt; qui n’est accompagnée que de peu de douleur dans la première nuance et qui revêt promptement tous les caractères de l’arthrite aiguë dans la seconde; qui exige un traitement assez énergique, mais plutôt évacuant et révulsif qu’antiphlogistique. Vésicatoires volants; frictions mercurielles; compression; à l’intérieur des purgatifs; le calomel à haute dose; quelquefois aussi les substances balsamiques, anti-blennorrhagiques.
4° Arlhropathie fongueuse. — Quelquefois primitive, le plus souvent consécutive, toujours lente,
rarement douloureuse; annoncée par des bosselures élastiques plus ou moins épaisses, roulant quelquefois sous la pression à la manière des corps étrangers ; faisant naître l’idée de la fluctuation ; quelquefois combinée avec un épanchement réel; pouvant donner à l’articulation un volume énorme, n’empcchant pas absolument la marche; généralement grave par sa ténacité; résistant quelquefois à tous les moyens thérapeutiques; ne cédant jamais aux émissions sanguines seules; se trouvant mieux des vésicatoires très-étendus, des pommades résolutives, de la cautérisation transcurrente , des moxas, des sétons, des cautères, de la compression et du calomel à haute dose.
Arlhropathie synoviale pure. — Lésion essentiellement caractérisée par un épanchement de sérosité; sans douleur, sans épaississement sensible des enveloppes articulaires; naissant brusquement ou avec lenteur; ne gênant que modérément les fonctions de l’article; réclamant l’emploi des purgatifs, des mercuriaux à haute dose, du colchique ou des diurétiques associés aux grands vésicatoires et aux frictions résolutives.
Toutes ces nuances ont pour caractère commun d’être annoncées par du gonflement ou des douleurs superficielles dès le principe, et de ne jamais durer longtemps sans changer la forme de la partie.
6° Arlhropathie cartilagineuse. — Maladie toute mécanique qui comprend l’ulcération, lacontusion des cartilages et l’ulcération de la membrane synoviale, ou l’affection décrite sous ce nom par M. Brodie ; résultant de pressions exercées perpendiculairement ou dans un sens oblique par les surfaces cartilagineuses les unes contre les autres; pouvant être comparée à un écrasement, à une usure, ou à des écorchures de plaques inorganiques; naissant tout à coup; s’annonçant pardu craquement, par une douleur vive qui cesse complètement pendant l’immobilité, et qui revient lors de certains mouvements; pouvant se compliquer d’arlhropathie osseuse; ne guérissant à la longue qu’au moyen du repos et d’une grande réserve dans les mouvements ou par suite de l’affaissement des rugosités cartilagineuses.
7° Arthropathie osseuse superficielle. — Maladie dont la cause est le plus souvent interne; annoncée par des douleurs sourdes lorsque l’articulation est immobile, et causant des douleurs aiguës souvent intolérables lorsque le malade exécute le moindre mouvement. Ici l’épanchement, le gonflement, les fongosités, les bourrelets élastiques et mobiles ne se montrent que secondairement. Lésion toujours dangereuse, souvent incurable; exigeant ou repoussant les saignées générales, les ventouses, les sangsues, les mercuriaux, les purgatifs, suivant l’état général du sujet; lésion qui n’est que faiblement
ARTICLE QUATRIÈME
modifiée par les pommades résolutives, les vésicatoires et la compression;réclamantplutôt!es moxas et les cautères; exigeant impérieusement l’immobilité la plus complète; nécessitant à la fin l’amputation, ou se terminant par ankylosé.
8° Arlhropathie profonde des os. - Maladie annoncée par des douleurs sourdes et toujours profondes, soit dans la marche, soit dans le repos; plus vive la nuit que le jour; accompagnée de chaleur; sans gonflement d’abord; pouvant durer des mois, des années sans le moindre épanchement dans l’articulation ; envahissant quelquefois le cartilage d'incrustation et se transformant en affection excessivement douloureuse; se portant assez souvent vers le contour de la tête de l’os malade; faisant naître alors les symptômes d’une inflammation ou lente, ou aiguë; se comportant enfin à la manière des exostoses, accompagnées d’ostéite; maladie toujours excessivement longue, nécessitant fréquemment l’amputation du membre, ne se terminant d’une manière heureuse qu’après l’élimination ou la sortie des tissus nécrosés ou altérés; exigeant, comme traitement, les moyens internes surtout; les vésicatoires volants, les cautères, les moxas sont aussi utiles.
On voit que dans ce dernier groupe, c’est-à-dire dans les arthropathies des parties dures, la douleur est le symptôme dominant comme signe primitif, et que le plus souvent elle existe plusieurs semaines, plusieurs mois même avant qu’il y ait le moindre gonflement.
C’en est assez, je pense , pour montrer que la classe de maladies connue sous le nom de tumeurs blanches se compose d’une infinité de lésions diverses, et qu’à moins de les étudier ainsi séparément dans leurs éléments principaux, il est tout à fait impossible d’en perfectionner la thérapeutique.
Il me resterait maintenant à vous parler en détail de l’état purulent des articulations, état auquel peuventconduire toutes les variétés d’arthropathies que nous avons étudiées; des dangers que ces maladies font courir àla viequand elles seprolongent, et des indications de l’amputation ou de la résection. Mais chacune de ces questions exige des développements nombreux, dans lesquels je ne puis point entrer en ce moment. Nous y reviendrons dans une autre circonstance. Vous trouverez d’ailleurs des détails circonstanciés sur cette matière dans plusieurs bons ouvrages.