‹ Leçons orales de clinique chirurgicaleChapitre 71 sur 84 · C. Fractures de la rotule · texte numérisé non relu

C. Fractures de la rotule

« Comme celles de l’olécrâne, les fractures de la rotule ne se réunissent presque jamais par contact immédiat; comme elles aussi, elles permettent au membre de reprendre ses fonctions quand elles ne sont pas suivies d’un écartement de plus d’un pouce. J’ai même vu des fractures de rotule accompagnées de deux ou trois pouces d’écartement, qui n’avaient pas empêché les fonctions de la jambe de se rétablir. Si l’on considère d’un autre côté que tous les bandages sans exception, que toutes les méthodes mises en pratique contre cette maladie, exposent à une foule d’inconvénients, il sera bien permis, je pense, de la soumettre à l’emploi d’un bandage qui ne cause aucune fatigue, qui permet au malade de prendre quelque exercice, et qui procure un résultat définitif pour le moins aussi satisfaisant qu’aucun des autres. Or, ce bandage existe et n’est autre chose que le bandage roulé, imbibé de dexlrine et garni, en arrière, d’une plaque de carton qui aille du haut de la cuisse au talon. La seule précaution à prendre en l'employant consiste à tenir les deux fragments de la rotule aussi rapprochés que possible, à en garnir le bord adhérent de compresses graduées, placées en travers, à les attirer l’un vers l’autre au moyen de tours de bande passés obliquement sous le jarret, à prolonger le bandage roulé jusqu’à la racine de la cuisse, pour le redescendre jusqu’au pied

Tel est le précepte formulé par M. Velpeau. Voici le mode d’application de son appareil. Le membre est placé dans une extension modérée; le genou est enveloppé d’un linge fin et sec. Ces précautions étant prises, le chirurgien, après avoir préalablement rapproché autant que possible les deux fragments de l’os divisé, place en travers, sur leur bord adhérent, des compresses graduées qui, à l’aide de tours de bande passés obliquement sous le jarret, maintiennent les deux bouts osseux rapprochés l’un de l’autre. Cela fait, un premier plan de bandage roulé, imbibé de dexlrine, s’étendant depuis le pied jusqu’à la racine de la cuisse, est appliqué. Dès lors le chirurgien place sur la face

postérieure du membre une plaque de carton mouillé qui doit s’étendre du talon jusqu’à la partie supérieure de la cuisse. Il applique par-dessus un deuxième et un troisième plan du bandage roulé, et l’appareil se trouve terminé. Une attelle en bois est temporairement appliquée jusqu’à la dessiccation du bandage.

D. Fractures de la cuisse.

1° Fractures du corps du fémur . — Ces sortes de fractures, dit M. Velpeau, s’accommodent mieux encore que celles de la jambe du bandage roulé imbibé de dextrine.

Un premier plan de bandage roulé imbibé de dextrine, s’étendant depuis le pied jusqu’à la racine de la cuisse, est appliqué sur le linge sec, dont on a préalablement enveloppé toute la longueur du membre. Sur ce premier plan, on place trois larges attelles de carton, une en avant, l’autre en arrière, et la troisième sur le côté externe. Chacune de ces attelles doit s’étendre depuis le pied jusqu’à l’extrémité supérieure du membre; l’externe doit monter même plus haut. Cela fait, on applique deux autres plans du bandage roulé, que l’on prolonge aussi haut que possible du côté de la hanche, et qui doit même entourer plusieurs fois le bassin en forme de spica. L’appareil est alors complet.

2° Fractures de l’extrémité supérieure du fémur. — Les fractures des environs du trochanter reclament le même bandage que celui que je viens de décrire.

3° Fractures de la partie inférieure du fémur. — La seule modification que réclament celles-ci consiste à placer au-dessous du premier plan de bandage, dans le creux du jarret, quelques compresses graduées, pour refouler en avant le fragment inférieur de l’os brisé.

E. Fractures du col du fémur.

« S’il est vrai, dit M. Velpeau 2, que les fractures inlra-capsulaires du col du fémur ne puissent pas se consolider, il est inutile d’astreindre les malades qui en sont affectés à l’emploi d’un appareil fatigant; aussi ai-je contracté dès longtemps l’habitude de permettre aux malades ainsi blessés de sortir du lit et de se promener sur des béquilles à partir du dixième ou du quinzième jour de leur accident. En supposant du reste qu’il y eût lieu d'espérer la consolidation, un bandage dextriné en forme de spica bien appliqué, associé à

1 M. Velpeau, Méd. opér., 2® édit. 1839, t. I, p. 235.

a Oper. cit.} 1. 1, p. 234.

ARTICLE TRENTE-CINQUIÈME

un bandage roulé qui s’étendrait du pied à l’ischion, vaudrait assurément mieux que le bandage de Desault ou celui de Boyer, que la demi-flexion de Bell ou de Dupuylren ; enfin que les mille appareils qui ont été proposés et que l’on propose encore chaque jour, dans l’intention de guérir sans raccourcissement les fractures du col du fémur. »

J’ajouterai que, quel que soit le point du fémur qui se trouve divisé, M. Velpeau a ordinairement soin de maintenir le membre dans l’extension pendant la dessiccation du bandage. Celte précaution dispense des attelles en bois placées temporairement sur les appareils, et que l’on a désignées sous le nom d'attelles de précaution. Pour cela, on fixe au-dessus du talon et du cou-de-pied le milieu d’une bande forte dont les deux extrémités sont ensuite attachées au pied du lit. Celte bande sert à faire l’extension; tandis qu’une autre bande, également forte et beaucoup plus longue, passée en sous-cuisse sous l’ischion, et dont on fixe les deux extrémités à une colonne de la tête du lit, sert à faire la contre-extension, u Une fois que l’appareil est complètement durci, dit M. Velpeau, ces accessoires sont inutiles, car le membre n’est

plus susceptible d’aucun déplacement, et le malade est libre de se tourner et de se mouvoir sans danger. »

Fractures des côtes et du sternum.

« Toutes les fractures des côtes et du sternum, dit M. Velpeau, peuvent être pansées avec le bandage de corps ou bien avec un triple plan de ban- I dage roulé, ou mieux encore avec le cataphraste imbibédedexlrine. Le premier suffit quand la fracture est simple et sans déplacement; le deuxième ou le troisième devra être préféré dans les autres cas, parce qu’il permet d’augmenter ou de diminuer à volonté la pression sur tel ou tel point, et de refouler par conséquent pendantladessiccation les saillies qu’on veut aplatir dans telle direction qu’on désire L »

Nota. Lorsqu’une fracture est compliquée de plaie aux téguments, quelle que soit la région qu’elle occupe, on a soin de laisser cette plaie à nu en confectionnant l’appareil. Il vaut mieux, je crois, se comporter ainsi que de faire des incisions sur le bandage, d’après la pratique de M. Seutin.

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