‹ Leçons orales de clinique chirurgicaleChapitre 73 sur 84 · GG'Î · texte numérisé non relu

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voir l’employer de nouveau. Le baume de styrax, qu’un élève interne a préconisé aussi, il y a trois ou quatre ans, comme un spécifique très salutaire, ne m’a pas paru mériter plus de confiance; après l’avoir expérimenté à la Pitié sur plusieurs sujets, j’ai dû y renoncer. A ce sujet, j’ai à vous citer un fait assez singulier. Par un mal entendu, un des malades que j’avais soumis à ce traitement, reçut, non pas du baume de styrax, mais de Yonguent styrax ; il l’avala cependant, et il n’en fui nullement incommodé. Le tannin a aussi été cité comme guérissant la gonorrhée dans l’espncede troisjours; je l’ai encore expérimenté à la Pitié, et je n’ai pas trouvé qu’on dût lui accorder plus de confiance qu’aux moyens précédents. Je ne pousserai pas plus loin l’analyse des moyens doux que l’on a mis en usage contre la maladie qui nous occupe; je ne vous entretiendrai point non plus de tous ces remèdes de commères, qui sont plutôt du domaine du charlatanisme que d’une bonne thérapeutique. Qu’il vous suffise de savoir que ces moyens ne sauraient en aucune manière arrêter la gonorrhée; pour la plupart, ils ne s’opposent pas h la guérison, mais ils sont incapables de la produire.

Je me hâte de passer à la seconde classe, à ces moyens plus ou moins énergiques, dont l’action est plus ou moins prompte, et qui, par conséquent, ne peuvent laisser de doute sur l’influence qu’ils ont eue sur le succès ou l’insuccès.

Il est une idée généralement répandue parmi les militaires, c’est que le moyen le plus sûr et le plus prompt de guérir les blennorrhagies est la poudre à canon délayée dans l’eau-de-vie. Vous avez sans doute entendu dire à des soldats qu’ilsont guéri ou vu guérir une foule de gonorrhées par ce moyen. Dans l’année 1836, je l’ai expérimentée devant plusieurs d’entre vous et sur quatre sujets à la fois. En admettant qu’elle soit réellement efficace, je désirais savoir quel était l’élément actif de la poudre auquel la guérison devait être attribuée; pour cela j’ai essayé, l’un après l’autre, les trois corps qui entrent dans sa composition. J’ai d’abord tenté le nitrate de potasse à la dose d’une demionce par jour;je l’ai élevée jusqu’à deux onces. Les fonctions digestives ont été plus ou moins troublées, et comme d’ailleurs il n’y avait pas d’amélioration, j’ai cessé l’emploi de ce sel. Je n’ai pas été plus heureux dans les expériences que j’ai faites sur le soufre et le charbon isolément : j’ai alors administré la poudre elle-même. Les sujets sur lesquels j’ai tenté cette dernière expérience ont été plus ou moins incommodés; mais tous ont éprouvé à la suite de l’emploi de ce médicament de violentes coliques et des nausées. Il ne me restait plus, pour compléter l’expérience, qu’à administrer la

poudre dans l’eau-de-vie.; mais les malades n’ont pas voulu s’y soumettre au delà de trois jours, et l’écoulement n’a point été arrêté.

Nous voilà maintenant arrivés au cubèbe et au copahu. Ceux d’entre vous qui suivent mon service ont du se convaincre de celle erreur assez généralement répandue, savoir que le cubèbe est plus irritant que le copahu. Parmi les malades soumis à nos expériences, dix-huit sur vingt ont très-bien supporté le cubèbe; je dirai même que l’organisme s’en est parfaitement trouvé. Un malade entre autres, couché au n° 16, salle Sainte Vierge, en novembre 1833, atteint d’une gonorrhée ancienne, avait perdu l’appétit et sa santé était languissante. Après l’administration du cubèbe, nous observâmes une amélioration générale sensible. Ceux, au contraire, que nous avons soumis au copahu seul, ne l’ont en général supporté que très-difficilement; chez plusieurs même nous avons été obligés de le suspendre, tant les symptômes qu’il déterminait étaient sérieux. Mais si les accidents occasionnés par le cubèbe sont beaucoup moins fréquents et moins graves, son efficacité est aussi moins constante.

Voici ma méthode dans l’administralion du cubèbe : d’abord trois gros de cubèbe dans les vingtquatre heures, à prendre en trois fois, le matin, à midi et le soir; augmentation de la dose jusqu’à six gros par jour, pourvu toutefois que les organes digestifs n’accusent aucun trouble. C’est en poudre que le cubèbe doit être administré; et ici il faut dire qu’on doit souvent la renouveler, car je me suis convaincu que le cubèbe perd sa propriété curative en vieillissant. On place cette poudre au fond d’un verre, on verse dessus une infusion de tilleul édulcorée avec le sirop de gomme; le malade avale le tout d’un seul trait, immédiatement après, il prend de l’eau sucrée à petites gorgées, pour se laver la bouche. Plusieurs d’entre vous ont vu, dans mon service, des gonorrhées céder à ce moyen après deux ou troisjours de traitement, quelquefois même le lendemain l’écoulement a été entièrement supprimé. Or, dans ces cas, est-il possible de douter un seul instant de l’efficacité du remède? Mais si le cubèbe ne produit pas d’amélioration après le quatrième jour, on doit y renoncer. Je me suis convaincu qu’alors on ne pouvait que rarement en obtenir le moindre effet salutaire.

Après lecubèbe vient le copahu. Celle substance, comme on le sait, a un goût très-désagréable; elle provoque des nausées, cause des douleurs d’estomac, du dévoiement, etc.; aussi les thérapeutistes ont-ils cherché de bonne heure à en masquer plus ou moins les propriétés désagréables. Ainsi Chopart a mélangé le copahu avec l’alcool et autres

ARTICLE TRENTE-CINQUIÈME

substances; de là celte potion qui porte le nom de ce chirurgien. Je dois vous dire que beaucoup de malades ne peuvent pas la supporter. On solidifie cette résine avec du sucre, on la donne sous forme de dragées; mais, quoi que l’on fasse, on ressent toujours en l’avalant un goût plus ou moins désagréable. Jedois ajouterque son administrationest d’autant moins efficace que les substances auxquelles on la mêle sont plus suaves.

Frappé des bons effets que l’on pourrait retirer du copahu, s’il ne produisait de si grands troubles sur l’estomac, je résolus, en 1826 et 1826, de l’expérimenter en lavements. Je pensais éluder ainsi les inconvénients que présentait le médicament donné par la bouche. Ce fut à l’hôpital de l'Observance que je fis mes premières expériences. Voici la formule que j’avais adoptée: un, deux, trois, quatre gros de copahu dans quatre onces d’un liquide gommeux, camphré et opiacé. Je commençais par la dose d’un gros, qu’on répétait trois fois dans les vingt-quatre heures, et chaque jour j’augmentais d’un gros pour chaque dose. Mais une grande difficulté se présentait; le plus souvent, le malade ne pouvait garder le lavement, quel que fut le véhicule employé; chez quelques-uns qui le gardèrent, j’obtins la guérison en trois ou quatre jours. Depuis, on l’a aussi administré par en bas dans des capsules gélatineuses. M. Donné l’a employé sous forme de suppositoires, et il m’a dit en avoir retiré de bons effets. De tous ces faits répétés depuis par d’autres praticiens, je suis porté à conclure que ce mode d’administrer le copahu, lorsque le malade peut le garder, présente à peu près les mêmes avantages que lorsqu’on l’administre par la bouche, sans en présenter les inconvénients.

Mais si le cubèbe et le copahu, employés séparément, comptent des succès, les guérisons sont bien plus nombreuses lorsque ces deux substances sont réunies. Voici la formule de ce mélange tel que je l’emploie depuis longtemps : deux gros de copahu et quatre ou six gros de cubèbe; on forme ainsi avec de la magnésie et deux grains d’opium une pâle que Ton divise en six parties, et qu’on fait prendre en deux jours : une le matin, une à midi, une le soir ; trois doses suffisent ordinairement pour opérer la guérison. Assez souvent l’écoulement est arrêté après deux jours, mais il ne faut pas cesser pour cela l’emploi du remède, l’écoulement reparaîtrait bientôt en plus grande abondance. Il est d’observation qu’alors il offre plus de ténacité. Voici donc la marche générale à suivre dans l’emploi de ce moyen : après la première dose, on donne un jour de repos au malade; on reprend une nouvelledose lequatrièmejour, laquelle dure trois jours; le septième jour nouveau repos;

on commence la troisième dose le huitième jour, on la fait durer quatre jours. Il est inutile de dire que cette marche pourra être plus ou moins modifiée, selon la manière dont le médicament affectera l’organisme.

On a prétendu que le copahu et le cubèbe causaient des métastases, telles que des arthrites. Je crois que ce reproche n’est pas fondé, et ici on a confondu probablement une coïncidence avec un véritable effet. Il est vrai de dire que les arthrites sont fréquentes chez les sujets affectés de blennorrhagie. Je vais plus loin, la blennorrhagie peut être une cause prédisposante d’arthrite, mais on ne doit pas en conclure que l’arthrite blennorrhagique reconnaît pour cause l’emploi du cubèbe et du copahu, car une observation attentive démontre que les vénériens sont souvent affectés d’arthrite, quel que soit d’ailleurs le traitement qu’on ait mis en usage. Mes observations particulières tendraient même à prouver que les sujets traités par le copahu et le cubèbe en sont moins souvent atteints que les autres.

On a fait une autre objection fondée sans doute, mais d’une importance très-minime; le cubèbe et le copahu produisent, dit-on, une éruption rubéolique; c’est un fait que j’ai observé plusieurs fois, mais cette éruption n’offrant pas la moindre gravité, l’objection tombe d’elle-même.

On ne peut douter que ces médicaments n’exercent une certaine action sur les voies urinaires. L’odeur des urines rend évidente celte proposition. Quant au mode d’action du cubèbe et du copahu, on a prétendu qu’il agissait comme révulsif, et on s’est fondé, pour établir cette proposition, sur les troubles que le médicament opère sur le tube digestif. Je crois que c’est une erreur, et je n’en veux pas d’autre preuve que celle-ci : il est généralement admis que le médicament agit d’autant mieux que les voies digestives semblent moins s’en ressentir. En définitive, le copahu et le cubèbe unis ensemble sont, jusqu’à présent, le meilleur remède interne à opposer à la blennorrhagie.

En parlant des moyens généraux que Ton peut opposer avec plus ou moins d’efficacité à la gonorrhée, j’ai omis à dessein de faire mention du traitement antiphlogistique. Avant de vous entretenir aujourd’hui des moyens locaux ou externes, je désire vous présenter sur cette médication quelques considérations pratiques.

On a dit que Ton guérissait une foule de blennorrhagies par des évacuations sanguines proportionnées à la constitution du sujet et à l’intensité de la phlegmasie; ainsi on a employé les saignées générales, les sangsues sur le trajet de l’urètre, au périnée, à la partie supérieure et interne des

TRAITEMENT DE LA GONORRHÉE

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