‹ Leçons orales de clinique chirurgicaleChapitre 74 sur 84 · GC · texte numérisé non relu

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cuisses : ces moyens ont élé aidés par des cataplasmes émollients, des bains, une diète plus ou moins sévère, et des boissons mucilagineuses. Je ne crois pas qu’on doive accorder, dans cetle circonstance, une aussi grande confiance à cetle méthode. Je sais bien que souvent l’état inflammatoire de l’urètre réclame impérieuse ment le secours de ces moyens; mais je soutiens que ce n’est qu’à titre d’auxiliaires, cl non pas comme curatifs qu’on doit s’en servir. Ainsi, qu’un malade éprouve dans l’urètre une douleur très-vive, un sentiment trèsprononcé de brûlure, enfin lecorlége plusou moins complet des symptômes inflammatoires, alors tout bon chirurgien devra recourir aux antiphlogistiques, et ils ne lui feront pas défaut. En effet, sous leur influence, il verra le plus souvent l’inflammation perdre de son intensité, s’arrêter même; cependant, s’il n’a recours à aucun autre moyen, l’écoulement persiste, ou, s’il s’arrêté, c’est pour reparaître plus tard. C’est là un fait confirmé par l’expérience de chaque jour. Qu’on associe, au contraire, à cette méthode, un des moyens que nous indiquons, et on aura lieu de s’applaudir de cette union. Mon opinion est donc qu’on ne doit pas employer la méthode antiphlogistique d’une manière exclusive. Certes, c’est un puissant auxiliaire; mais si le chirurgien attendait d’elleseule unecure radicale, il serait le plus souvent frustré dans ses espérances.

Passons au traitement externe, local ou direct. Ici nous trouvons une foule de topiques dont on a encore exagéré l’efficacité. Comme le siège du mal est dans l’urètre, les moyens curatifs ont été dirigés, les uns à l’intérieur de ce canal, les autres sur les téguments qui sont le plus en rapport avec lui. Passons brièvement en revue les seconds; mais examinons les premiers avec plus de détails.

On a prétendu que la gonorrhée était guérie dans l’espace de sept à huit jours par des frictions mercurielles sur le trajet de l’urètre; j’ai expérimenté ce moyen sur plusieurs sujets, et je n’ai pas eu lieu d’en être satisfait. Je dois dire toutefois, qu’on ne doit pas le rejeter, car c’est un bon auxiliaire dans plusieurs cas. Ainsi, lorsque l’urètre est comme endurci, qu’il présente des nodosités, qu’il y a des raisons de supposer des ulcérations dans le canal, on pourra retirer quelques avantages des frictions mercurielles; mais seules, elles produiront rarement une cure radicale.

On a conseillé les vésicatoires d’un très -petit diamètre et en plus ou moins grand nombre. M. Poirson m’a dit en appliquer du diamètre d’une pièce de deux francs, et successivement depuis l’anus jusqu’à la racine des bourses, ou bien entre les bourses et le niveau de la fosse naviculaire; ce !

praticien croit en avoir obtenu de très-bons effets, surtout lorsque les gonorrhées sont anciennes. J’ai aussi expérimenté cette méthode sur six sujets : deux ont été guéris rapidement; il n’a pu meresler de doute sur l’efficacité du remède; je n’avais employé que lui. Chez les quatre autres malades, le succès n’a pas été aussi complet. Sous l’influence des vésicatoires, l’écoulement diminuait et augmentait tour à tour, cessait même, pour recommencer le lendemain; et je crois pouvoir affirmer que ce sont les autres moyens que j’ai employés avec les vésicatoires qui ont amené la guérison. Je crois donc être en droit de conclure que cette méthode est bonne dans les cas de gonorrhée ancienne, mais qu’on ne doit l’admettre qu’à titre de méthode auxiliaire ou exceptionnelle.

Quant aux frictions résolutives avec les préparations d’iode-, et quelques autres substances plus ou moins actives, je crois que ce ne sont là encore que des auxiliaires dont on peut tirer parti dans certaines circonstances seulement.

Jusqu’ici nous n’avons trouvé dans le traitement externe de la gonorrhée que des médications qui aident plus ou moins la guérison. Nous allons examiner un autre ordre de moyens plus ou moins curatifs, et dont l’efficacité, dans plusieurs circonstances, ne peut être révoquée en doute. Je veux parler des moyens dirigés directement sur la membrane muqueuse de l’urètre, siège de la maladie. Ici on a mis à contribution toute la série des adoucissants et des astringents sous forme d’injection. On ne conçoit guère comment des adoucissants seuls pourraient arrêter radicalement un écoulement blcnnorrhagique, surtout s’il est ancien. On vient d’inventer un mode d’injection singulier : le malade est placé dans un bain tiède pendant plusieurs heures; durant tout ce temps, il fait des injections continues dans son urètre avec un liquide émollient. Cetle médication doit durer au moins unesemainc. On conçoit facilementqu’un pareil moyen ne peut pas être généralisé ; mériterait-il d’ailleurs toute la confiance que quelques chirurgiens lui accordent? En effet, sans parler des sujets pour lesquels la profession, les besoins, rendraient celte méthode impraticable; combien d’autres qui, voulant cacher leur position, repousseraient ce moyen !

Je ne vous entretiendrai pas de l’eau de saturne, de l’eau vineuse, du vin pur, et des autres solutions légèrement astringentes; elles sont toutes plus ou moins efficaces contre l’affection morbide qui nous occupe. Je vous parlerai avec quelques détails des injections de sulfate de zinc, de baume de copahu, de nitrate acide de mercure et de nitrate d’argent.

ARTICLE TRENTE-CINQUIÈME

Depuis très-longtemps on a conseillé contre la blennorrhagie les injections de sulfate de zinc. L’expérience démontre qu’on peut en effet retirer de grands avantages de ce moyen; mais ici, j’ai deux considérations importantes à vous présenter. La première porte sur la date de la gonorrhée, et la seconde sur la dose du sel. Ce serait en vain que l’on penserait guérir, avec cette médication, des gonorrhées nouvelles; dans ces cas, il faut avoir recours à d’autres moyens; mais c’est sur les blennorrhagies anciennes, sur ces restes d’écoulement que les gens du peuple appellent goutte militaire, que les effets du sulfate de zinc sont vraiment remarquables. Des chirurgiens, pensant à torique ce sel agit comme caustique, l’ont employé à haute dose dans les injections; aussi, les résultats ont-ils été plus ou moins fâcheux. Si, au contraire, on l’emploie à plus petite dose, on en recueillera de très-bons effets. J’ai toujours eu à me louer de l’emploi de ce moyen à la dose d’un grain par once dans une décoction mucilagineuse.

Il était tout naturel qu’après les bons effets du copahu donné à l’intérieur, on l’employât aussi comme topique ; les résultats ont été d’accord avec l’analogie; au Val-de-Grâce, M. H. Larrey en a obtenu de très-bons effets. Voici la manière de l’administrer : la seringue étant chargée, avec un doigt on comprime l’urètre au-dessous des bourses, pour empêcher le liquide d’aller au delà ; immédiatement après l’injection, on comprime la fosse naviculaire; le malade garde ainsi l’injection dans son canal pendant quelques minutes; on répète deux ou trois fois par jour cette injection ; et, dans l’espace de cinq à six jours, on a vu plusieurs malades être guéris par ce moyen, qui n’est pas très-douloureux.

Il y a environ deux ans qu’on a vanté les injections de nitrate acide de mercure. On a dit que c’était un moyen héroïque contre lequel leschaudepisses les plus tenaces ne peuvent résister, et qu’il n’a jamais échoué. Vous ne sauriez être trop prévenus contre ces éloges pompeux et absolus donnés à une méthode thérapeutique; bien loin d’y ajouter foi, nous devons nous tenir sur nos gardes. J’ai expérimenté ce moyen à différentes doses, d’abord cinq à six gouttes dans un verre d’eau gommeuse ou mucilagineuse; et quoiqu’à cette dose on ait prétendu guérir des gonorrhées dans l’espace de deux ou trois jours, je n’ai obtenu aucune amélioration. Je l’ai essayé alors à unedose plusélevée, et l’écoulement, bien loin de diminuer, a présenté un accroissement sensible; j’ai donc dü renoncer à ce moyen.

Il nous reste à examiner le nitrate d’argent. Chacun sait combien on a étendu l’usage de ce sel.

On l’emploie avec beaucoup de succès en solution dans les cas d’ulcérations de la cornée; on s’en sert pour l’érysipèle et dans certaines éruptions cutanées, à titre de caustique, et dans une foule de maladies. Qui ignore son heureuse influence sur les chancres syphilitiques, sur les ulcérations vénériennes de la bouche, du gosier, etc.? Dans ces différentes circonstances, les éloges donnés au nitrate d’argent ont été unanimes; mais il n’en est pas de même pour son application dans la maladie qui nous occupe. J’ai expérimenté le nitrate d’argent à différentes doses; j’en ai obtenu de bons effets à la dose d’un grain par once d’eau, surtout dans les gonorrhées anciennes; à dose double, je l’ai essayé sur quatre sujets, dont deux ont été guéris dans l’espace de cinq jours. C’est donc un moyen dont on pourra retirer de bons effets contre les blennorrhagies anciennes. Mais si ce moyen employé seul est avantageux, quelle n’est pas son efficacité lorsqu’on l’associe à une compression méthodique du canal! Son emploi n’est plus alors borné aux gonorrhées anciennes; il est encore trèsutile contre les blennorrhagies récentes. Toutefois, hâtons-nous de dire qu’il est des gonorrhées qui ne pourront pas être traitées par ce moyen; ainsi, lorsqu’elles auront leur siège au delà du bulbe, il est évident que la compression ne pourra avoir prise sur le point affecté, puisqu’elle doit être permanente. Il serait fastidieux d’insister plus longtemps sur ce point. Pour faire la compression, je me sers de petites compresses graduées, appliquées le plus exactement possible sur l’urètre, depuis le bulbe jusqu’à la fosse naviculaire, et que l’on assujettit avec une petite bande, comme pour le bandage roulé ordinaire; cela fait, je place un doigt sur le bulbe pour empêcher l’injection de passer outre, et j’injecte le nitrate d’argent à la dose d’un grain ou deux par once d’eau; je comprime alors le méat urinaire, et je retiens ainsi la solution dans l’urètre pendant une ou deux minutes. Je répète successivement deux ou trois fois celte opération, et je fais deux séances par jour. Comme la compression doit être permanente, et que par les moyens ordinaires on est bien souvent obligé de la renouveler, on pourrait imbiber les compresses d’une solution d’amidon 1 , comme nous l’employons maintenant dans le traitement des fractures. Après avoir répété pendant trois jours les injections, je m’arrête pour les reprendre ensuite s’il est nécessaire. J’ai guéri par ce procédé cinq à six individus dont la gonorrhée avait résisté à plusieurs autres traitements. Ces deux moyens

' A celte époque M. Velpeau employait encore la dextrine.

réunis me paraissent donc offrir beaucoup de chances de succès.

Mais vous devez être prévenus contre plusieurs accidents qui surviennent à la suite de la compression. Ainsi, il n’est pas rare de voir le gland et le prépuce se boursoufler, s’enflammer, prendre une couleur plus ou moins livide. Ceci ne doit pas vous tourmenter, pourvu, toutefois, que la compression ne soit pas poussée trop loin. Si des érections fréquentes surviennent, et que le malade souffre, on doit calmer l’organisme par des adoucissants, des bains locaux ou généraux, des lavements; mais on ne doit cesser la compression que dans des cas graves.

On a adressé plusieurs objections aux injections astringentes dans le traitement de la maladie qui nous occupe. Il en est deux, entre autres, que je ne puis passer sous silence. 1° On a dit que, quelquefois, les solutions astringentes, pénétrant dans la vessie, ont déterminé des inflammations assez violentes pour compromettre la vie des malades. Celle objection a fait un si grand bruit dans la science, que plusieurs praticiens timides ont proscrit toute injection astringente. Ces accidents graves sont, je crois, chimériques; car, dans le cas où une inflammation éclaterait, on s’en rendrait faci-

lement maître par les antiphlogistiques et les émollients appropriés. 2° On a dit encore que ces injections étaient cause de rétrécissements : je ne le crois point. En effet, les rétrécissements qu’on redoute ne sont autre chose que des indurations des tissus; ce sont toujours les résultats de la persistance de la phlegmasie; on ne peut donc pas supposer que des moyens qui arrêtent rapidement l’inflammation produisent de pareils effets. D’ailleurs, l’observation des faits vient confirmer la théorie. En effet, combien de rétrécissements sur des individus qui n’ont jamais été soumis aux injections astringentes!

D’après tout ce que nous venons de dire, nous pouvons donc conclure que, dans l’état actuel de la science, les injections astringentes sont de puissants moyens contre la blennorrhagie, surtoutcontre la blennorrhagie ancienne, et nous placerons en première ligne la solution de nitrate d’argent aidée de la compression.

Il est vrai que tout n’est pas fait, qu’on pourra peut-être obtenir de plus beaux résulta tsen variant les doses du médicament; on doit donc encore soumettre ces moyens thérapeutiques à l’expérimentation; c’est ce que nous ne manquerons pas de faire lorsque l’occasion se présentera.

ARTICLE XXXYI.

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