‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 2)Chapitre 109 sur 140 · SAINT-MAUR DE GLANFEUII · texte numérisé non relu

SAINT-MAUR DE GLANFEUII

(lu continent, a souvent attiré l'attention des archéologues. Les tribus gothes avaient une grande prédilection pour ce motif ornemental (V. les bijoux gothiques de Kertsch, Bévue archéol.^ 1888). Sa durée persistante dans les pays où les Goths se sont maintenus le plus longtemps, indique sulRsamment son origine. »

La prédilection des Goths pour la représentation des oiseaux à bec crochu n'a échappé à aucun archéologue. On peut dire que c'est remblème par excellence des Goths et des Barbares de leur famille.

Le tvpe des oiseaux à bec crochu s'est maintenu avec persistance dans l'art ornemental des Goths comme souvenir inaltérable de l'origine scythique de cet art.

Cette forme n'est donc pas l'œuvre du hasard; on la retrouve partout où les Goths ont passé ; le xi*' siècle a repris l'art de la race, qui s'était déjà manifesté sous la forme barbaro-byzantine, aux époques mérovingienne et carolingienne. On a voulu reconnaître dans cet oiseau le gypaète ou vautour de l'Oural et de l'Altaï, berceau de ces races nouvelles.

Il est en Europe une île qui fut si bien un foyer barbare qu'elle en conserve le nom : l'île de Gotland, dans la mer Baltique. Des fouilles récentes y ont fait découvrir des fibules avec toujours le même oiseau, qui parfois perd presque son caractère d'oiseau tant il est recouvert d'ornements. L'île de Wight, comme toute l'Angleterre, renferme également beaucoup de ces bijoux émaillés et cloisonnés. C'est un art de race. Vitruve n'a rien à voir là dedans. Il n'y a rien d'étonnant à ce que les Goths aient cultivé avec succès l'orfèvrerie cloisonnée dans les plaines de la Scythie ; ils avaient été en rapport avec la Perse ; c'est de là qu'ils tenaient les procédés de fabrication qu'ils perfectionnèrent et transformèrent. C'est chez eux qu'est né l'art de l'orfèvrerie. Ils l'emportèrent avec eux en Romagne, en Bourgogne, à ïoui-nay, en Normandie, dans le comté de Kent, à Oviedo en Espagne. C'est par eux, que cet oiseau à bec crochu, ce vautour oriental a pénétré en Occident et sur les monuments où on le rencontre, il témoigne de l'influence barbare.

NOTES COMPLÉMENTAIRES

Monumcnls décrits et montrés au cours de la sixième, de la septième et de la huitième leçon.

Évangéliaire de Saint-Médard de Soissons, ix"^ siècle.

Abbaye du Rônceray, Angers. Chapiteaux avec IVancs-quarliei-s.

Eglises de Touraine où se remarque le petit appareil réticulé; Eglise de Restigné ; Église de Bourgueil; Eglise d'Esves-le-Moutier; Église d'Azay-le-Rideau.

Saiiit-Mexnie de Chinon, appareil réticulé.

Saint-Généroux, appareil réticulé.

Gravant, appareil réticulé.

Giborium de San Spirito (Ravenne).

Saiat-Seurin de Bordeaux (sur un des chapiteaux du porche occidental on voit un franc-quartier avec entrelacs).

Saint-Maur de Glanfeuil. La façade.

LiiOPOLD Delisle. Mémoires sur d'anciens sacramentaires.

DE Baye. Industrie Anglo-Saxonne, p. 48. Fibules portant des oiseaux à bec crochu.

Odobesco. Les antiquités scijthiques.

Page 1