‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 2)Chapitre 11 sur 140 · Baden est le nom d'une petite île du ^oUe de Morbihan · texte numérisé non relu

Baden est le nom d'une petite île du ^oUe de Morbihan

2. Décoration des sarcoptia^esclirétiens du musée du temple Saint-Jean, Poitiers. — Voir les sarcophages dAnti^ny notice Espérandieu, p. 25 . Les dessins qu'on y remarque rappellent par leurs formes certains dessins de l'époque fiauloise. A'oir les sarcophages de Maillé (lîspérandieu, p. 25). La décoration de ce couvercle a été faite à la pointe avec un art et une originalité, (pii donnent à penser au Père de la Croix quelle a été l'œuvre de quelque ouvrier indigène à qui ce genre d'ornementatir.n traditionnelle était particulitMcment cher.

5'2 i/kliî.me\t celtIqie ol' gailoIs

Parmi les produits des fouilles du mont Beuvray, on a rencontré beaucoup de poteries à dessins ondulés et en zigzaj,^?. On peut les voir au musée de l'Hôtel Rollin à Aulun. Les similaires sont au musée de Saint-Germain,

Au musée de Niort, sur un vase de terre grise, se trouve un des éléments du dessin gaulois à rayures dirigées dans des sens différents ^ .

Les spirales constituent encore un des éléments de l'ornementation gauloise. Dans son Art de terre chez les Poitevins, M, Benjamin Fillon nous montre un type très intéressant de spirales et de zigzags sur un vase de verre '^. La Phalène d'Auvers, le casque de Beru, le casque d'Amfreville nous en fournissent d'autres exemples^.

Quant au signe en S, c'est un idéogramme.

« Il eût été plus rationnel, dit M. Flouest, de l'appeler la double crosselle ou la double spirale. «

L'élégance de ses enroulements a facilement prêté à ce signe les allures d'un motif ornemental. Il ne faut pas contester qu'en certains cas, dans quelques lieux et surtout à des époques se rapprochant des temps modernes, il apparaisse uniquement comme moyen de décoration.

Mais ce n'est pas, dans son principe essentiel, un simple élément décoratif, une gracieuse alternance de spirales imaginées par la fantaisie d'un artiste et aussitôt propagée par ses émules ; c'est d'abord et avant tout un signe religieux, un symbole sacré, traduisant pour les initiés une idée mystique. Il appartient ainsi à la série des idéogrammes hiératiques.

1. Au musée des Antiquaires de l'Ouest à Poitiers, il existe des poteries noires du 1='^ au y" siècle, décorées de traits en sens différents. — iJes pierres de 1 époque {gauloise du musée Calvet à Avijfnon sont ornées éjïalenicnt de dessins à stries. — Au sujet de rornemenlation géométrique, on peut surtout consulter les volumes de dessin de M. Couraull à la Bibliotlièque nationale, et les dessins du recueil de M. Flouest.

2. A comparer avec le verre de Copenhague [V. le catalogue illusti-é du musée de Copenhague, p. 78).

3. Relativement aux spirales il y ad intéressants rapprocliements à opérer en étudiant les figures 24. 110, J 11, 142, lil, 113 de l'ouvrage de M. Schlicmann : Mycènes. récit des recherches et découvertes fuites ii Mycènes et à Tirynthe. Tout cela s'appelle l'ornement mycénien et ressemble étrangement à l'ornement uaulois.

l'élément celtique ou gaulois 53

V^enu d'Orient ou d'Occident, comme la croix gammée ou Swastika, à une époque très reculée, cet idéogramme a suivi une marche parallèle et acquis une importance égale, quoique moins remarquée. Il n'est peut-être pas de peuple de race aryenne chez qui on ne l'ait rencontré.

Le signe en S ' a favorisé la recherche d'arrangements divers, de modifications partielles, de groupements ingénieux, dont il a été fort habilement tiré parti, soit pour la décoration, soit même pour l'accentuation plus vive des conceptions qu'il représente. Le célèbre casque d'Amfreville acquis par le Musée du Louvre et plus récemment encore le beau disque en or, recueilli à Anvers et donné au Cabinet de Prance, ont prouvé, à la suite d'autres antiques, tout ce que signe olfrait de ressources au goût délicat d'un habile artiste.

Fraternité et origines communes des races celtique et germanique. — Certains systèmes d'art, certains principes de décoration, certains genres d'ornements sont en quelque sorte éternels. Depuis qu'ils ont été formulés jDour la première fois par une civilisation, ils circulent dans le monde moral, comme le sang des races qui les inventèrent circule dans les veines des descendants de ces races.

Mystérieux hiéroglyphes, écritures dessinées, ils sont fixés sur les monuments par les générations successives qui ont déposé en quelque sorte leur signature et enregistré leur présence partout où elles ont passé ou régné.

Malgré les combinaisons infinies et les amalgames divers auxquels ces signes se prêtent, ils sont presque toujours assez facilement reconnaissables.

M. Dresser a dit avec raison dans son ouvrage sur le Japon, son architecture, son art, et son industrie (1882) :

« Les formes ornementales et le système décoratif employés par un peuple ont plus d'importance que les faits ethnographiques ou les particularités d'architecture pour déterminer les relations et les migrations des races. »

1. Le S Gaulois se retrouve dans la décoration du filigrane du griffon du musée d'Arras. (Voir la planche de Linas, p. 26» et dans la décoration du vase de Gourdon de la Bibliothèque nationale A oir le dessin donné par Bordier et Charton, t. I, p. 171. — C'est une preuve de la survivance de ce signe sous les Mérovingiens.)

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M. Poltier est très ingénieusement revenu sur cette idée en août 1890 dans la Gazette des Beaux-arts, au cours d'un charmant article intitulé : Grèce et Japon.

L'art ornemental gaulois ou celtique était un instinct commun à toutes les races indo-européennes. Il se retrouve encore dans l'art indien. Il y eut fusion de cet instinct gaulois des décorations géométriques et ondulantes avec l'esprit des peuplades germaines, saxonnes, angles, Scandinaves, qui participaient du même principe à un degre encore supérieur parce qu'elles étaient restées près de la source primitive.

La parenté originelle entre les Celtes et les Germains a été démontrée par M. d'Arbois de Jubainville au point de vue de la langue dans plusieurs mémoires dont voici les titres : Les Celtes et les langues celtiques, leçon d ouverture du cours de langue et littérature celtique fait au collège de France (Paris, 1882) et Celtes et Germains, étude grammaticale (Extrait des Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions, avril 1886). M. d'Arbois de Jubainville a traité de nouveau la question, dans la Nouvelle Revue historique de Droit français et étranger et enfin il va la traiter encore une fois dans la Revue archéologique . '

-Dans le travail que j'annonce, M. d'Arbois de Jubainville démontrera la fraternité ou tout au moins l'alliance des deux langues au moyen de nouveaux arguments philologiques. V\\ç des preuves qu'il fournira nous touche particulièrement. Le motif décoratif de la spirale, qui est commun aux deux arts celte et germain, est en même temps désigné par un même mot commun aux deux langues. Il est utile de comparer les différents arts et les différentes civilisations. On enseigne en ethnographie que nos races de l'Ouest sont d'origine caucasienne. L'étude de l'art nous pi'ouve également que certains éléments qu'on retrouve aux hautes époques dans la Russie méridionale ont existé et ont survécu dans l'art celtique. — Analogie signalée par \'iollet-le-Duc entre les bijoux du Bosphore Cimmérien et certaines inspirations d'entrelacs de l'art celtique (casque de Beru).

1. L'article a paru dans la Revue archéologique T. XVII, 3'"" série, p. 187 : Les lénioifjnages linguisliques de la civilisnlion commune aux Celtes et aux Germnina pendant le V' et le IV' siècle avant J.-C.

DOCUMENTS COMPLÉMENTAIRES

Dans ces leçons le professeur a dû lire et commenter les textes suivants que nous avons retrouvés dans ses dossiers.

1° VioLLET-LE-Duc. Dictionnaîrc raisonné cl' architecture, tome VIII, p. 189. Citations indiquant que Tart roman est composé de différents éléments.

2° ViOLLET-LE-Duc. Dictionnaire raisonné d'architecture, tome Vlll, p. 194 et suivantes. Citation relative à la sculpture dans l'Ile-de-France à la fin du xi" siècle, dans laquelle Fauteur voit le réveil d'un esprit gaulois et des réminiscences de la sculpture gauloise.

3° RupRicH-RoBKnT, Architecture normande, t. I, p. 182, fig. 192. Description d'un chapiteau d'Aurona (Lombardie). On voit sur le tailloir de ce chapiteau des spirales du style gaulois.

4» Lefèvre-Pontalis, Gazette archéologique, 1887, p. 29. Article relatif aux chapiteaux de l'église de Chivry, que M. Fleury avait classés à l'époque mérovingienne et qui datent en réalité du xi'' siècle, d'après M. Lefèvre-Pontalis.

Vy° Honoré Gibeht, Le Musée d'Aix. Description du bas-relief gaulois trouvé dans l'oppidum d'Entremont.

6° J. Quicherat, Mélanges, tome I, p. 402. Description d'une stèle du Musée d'Épinal.

7" A. Bertrand, La Gaule avant les Gaulois, p. 182. Etude sur le Swastika.

9"BuHOT DEKEn?>ER, Statistique monumentale du Cher. Époquegauloise.

■lO" Jules Qiicuerat, Mélanges, tome I, p. 412. Damasquinage du bronze à l'aide du fer.

H" A. Bertrand, Archéologie celtique et gauloise, p. 376.

12° Ji;les QiricHERAT, Mélanges, tome 1, p. 187. — Description dune épée gauloise trouvée à Salon (Aube).

13° A. Flouest. Suite de la citation de M. Flouest, le signe en S, dont une partie a été utilisée dans la leçon. Bulletin Soc. Ant. de France 1884, p. 110 et 310.

14° F. Thiollier. — Le Forez pittoresque et monumental, tome I, p. 401. Description d'un chapiteau sur lequel on voit la croix gammée ou swastika.

15° Jules Quicherat, Mélanges, tome I, p. 402. L'art décoratif des Gaulois.

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