‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 2)Chapitre 122 sur 140 · L*ILE-DE-FRANCE · texte numérisé non relu

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que les garnisaires romains, grâce à un savant système d'engrenage social, entretenaient clans l'aristocratie et dans la classe moyenne des financiers, des marchands et des enrichis, l'art officiel, l'art latin et romain, privé du patronage des agents de l'autorité, ne compta plus pour grand'chose en face d'une population retrempée aux sources populaires et rurales et fortement mélangée de recrues barbares. Les descendants dégénérés et décadents du flatteur déporté d'Auguste, les Ovide de bas étage du V et du vi" siècle n'avaient pas besoin d'aller en Crimée pour s'écrier : Barbarus his ec/o suin. C'était devenir étranger sur place et dans sa patrie que de rester romain dans un milieu renouvelé au moral comme au physique. Le monde de souche aryenne et orientale, même en Occident, avait reconquis l'ingénuité de son âme, l'indépendance de son tempérament intellectuel, la liberté de ses motïvements réflexes et la sincérité de ses allures de race.

En effet, les prolétaires ruraux, les paysans, les pagani, sombres et muets témoins de l'avilissement des classes dirigeantes, n'avaient pas été entamés aussi pi'ofondément par la corruption romaine. Ils avaient pu conserver intact le dépôt des instincts nationaux.

Des monuments existent pour prouver qu'ils assurèrent, dans une certaine mesure, la survivance du génie de la Gaule et pour établir l'intervention partielle de celui-ci, à l'heure critique de la formation de l'art moderne.

Les exploiteurs de l'ordre de choses antérieur ayant disparu d'une part et, d'autre part, la matière première, le troupeau des exploités s'étant complètement modifié, le vieil instrument de gouvernement inventé par l'antiquité païenne n'avait plus de raison d'être et n'avait plus le moyen de fonctionner.

Depuis que Jésus avait parlé, les esclaves étaient en grève et l'humanité respirait une autre haleine que le vent empesté de la décadence latine, vivait d'un autre pain que celui des largesses impéi'iales distribué à la porte des cirques, parlait en matière d'art un autre langage figuré que celui de la grammaire vitruvienne. L'industrie populaire des tombeaux destinés aux prolétaires, l'hommage touchant du pauvre au pauvre, le témoignage sincère de regret donné par un parent, qui n'est pas assez riche pour offrir à un mort aimé le mensonge administratif d'une bière de marbre

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sortie des ateliers officiels ne travaillant que pour les clients de l'art latin, — la disparition même, à un moment donné, de cet art de commande imposé par la mode et par la vanité des nobles et des bourg^eois latinisés,... tout cela nous révèle que lart romain, entretenu chez nous facticement, pendant de si longues années, se trouva, un beau jour, sans adeptes, comme il y avait été sans racines. Les morts eux-mêmes n'en voulaient plus. Quant aux Dieux païens qui se seraient contentés de ses derniers hommages et dont la clientèle aurait vécu de ses restes, ils s'étaient évanouis.

Voilà ce que nous racontent avec plus d'éloquence qu'un livre ou qu'une chronique, voilà ce que nous dépeignent les fouilles pratiquées depuis quarante ans dans les principaux cimetières mérovingiens de Paris, à Montmartre, à Sainte-Geneviève, à Sain t- Germain-des-Prés et à Saint-Marcel. Voilà ce que vous verrez ce soir.

En présence de l'hostilité ou de l'indifférence non moins redoutable des populations nouvelles, l'effondrement de l'organisation latine avait été complet. Tout était à réviser dans le pacte social qui régissait l'univers. Le droit romain aura besoin, encore une fois, de se retremper dans la force avant de consacrer de nouveau l'expression de celle-ci. Les inventeurs de ce droit, héritiers des vieux bandits du Latium, étaient ramenés au berceau de leur entreprise.

Ils avaient à remonter sur nouveaux frais leur maison de commerce et leur agence de domination universelle, en complotant dans les cavernes et les montagnes de leur pays, pour s'entretenir la main et en guettant le moment propice pour détrousser une seconde fois l'Europe trop confiante.

Ils retournaient à l'éternelle école de leurs Abruzzes.

Pendant mille ans ils auront à se faire vagabonds et proscrits avant de redevenir magistrats et proscripteurs.

Pardonnez la liberté de mon langage. Tacite a pu impunément pratiquer cette liberté sous les empereurs romains, même en parlant contre son pays : Solitudiiiem fecerunl, pacem appellant.

Il serait dangereux aujourd'hui d'en dire autant en France, dans certains endi'oits.

Mieux vaut goujat debout qu Empereur enterré. Cet axiome

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fut la maxime aippliquée par rOccident envahi et certain de devenir barbare de deux manières à la fois : 1" par retour à un état antérieur ; 2° par contact avec des civilisations, sœurs de la civilisalion primitive.

En elfet, le monde occidental s'était fait chrétien d'abord et se fit ensuite volontairement barbare, pour mieux et plus complètement échapper au bagne de la civilisation païenne de l'antiquité.

La question sociale, en s'emparant des esprits et en les ameutant contre la culture romaine, rompit le pacte en vertu duquel l'art latin continuait à s'imposer à des races différentes de lui ; et la religion nouvelle partie de l'Orient amena forcément avec elle une culture différente et un art profondément empreint des marques de son origine.

Troisième élément : élément chrétien, syrien., néo-(/rec. Les origines de l'Eglise de Paris sont enveloppées d'obscurité. Les controverses les plus vives et les plus prolongées se sont élevées sur la question de savoir si saint Denys, son pi'emier évêque, était le Denys Aréopagite converti dans Athènes par les prédications de saint Paul, ou s'il ne serait pas un autre personnage du même nom, envoyé dans les Gaules vers le milieu du ni" siècle seulement et martyrisé pendant la persécution exei'cée par Décius.

Ce qui demeure incontesté, c'est que le fondateur et le premier évêque de l'église de Paris portait le nom de Dionusios (Denys), et qu'il fut assisté dans ses travaux apostoliques par deux compagnons, le prêtre Rustique et le diacre Eleuthère, et qu'ils moururent tous trois martyrs.

L'église de Paris, comme celle de Lyon et de Vienne (Isère), a donc indiscutablement une origine grecque.

Première influence, néo-grecque et orientale.

La liturgie primitive est grecque.

Les plus anciennes inscriptions chrétiennes sont grecques.

Grecque et orientale était l'église de Paris, grecque et orientale elle resta comme le milieu .où elle se développait, même pendant le déluge des invasions. De ce fait les preuves abondent.

La présence en Gaule de certains éléments ethniques orientaux très importants a été constatée depuis longtemps. Je veux parler des Syriens qui vivaient chez nous pendant la période mérovin-

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gienne, y conservaient Tusage de leur langue, de leurs mœurs et de leurs arts qui étaient néo-grecs. Nous nous en sommes longuement occupés Tannée dernière.

Autre voie de communication avec rOrien», : les Golhs, les Barbares, les Wisigoths, dont nous parlerons tout à l'heure.

Tout ce que nous savons par les textes se trouve confirmé par l'examen et l'interrogatoire des monuments.

Grâce à l'activité d'un homme sincèrement ami de l'histoire parisienne, M. Vacquer, agent voyer de la ville de Paris, qui depuis quarante ans n'a pas cessé de présider ou d'assister à toutes les fouilles opérées dans le sol de nos rues, Paris possède une sorte de musée de Latran, d'où les origines chrétiennes et orientales de l'art moderne de l'Flurope, se dégagent très nettement, tout comme à Rome, mieux qu'à Rome, peut-être. Une simple série de monuments très modestes, des cercueils de plâtre consciencieusement recueillis, après avoir été restitués par le sol, professe un lumineux enseignement. Les conséquences en seront très considérables, quoiqu'on ne s'en doute pas.

Le musée Carnavalet proclame jusqu'à la plus criante évidence d'où nous est venu le renouvellement.

C'est là que vous pourrez voir combien Gibbon, dans sa haine inintelligente du christianisme, combien ses élèves et ses imitateurs nous Ont trompés quand ils ont prétendu que l'empire chrétien, que le bas empii'e n'avait été que la décadence, que la décrépitude de l'empire païen, latin et romain, que la décomposition spontanée du vieux monde, que la continuation de l'art académique et aristocratique de la Gaule roman isée.

C'est une grave erreur de croire à la survivance indéfinie, sous le régime chrétien, de l'ancien ordre de choses. La chaîne des traditions immédiates avait été rompue par suite de la disparition des anciennes classes dirigeantes et par l'avènement des classes populaires précédemment opprimées et mêlées, pendant les invasions, aux races nouvelles, tout au moins rapprochées d'elles par une foi commune et par un commun idéal atavique d'émancipation morale et politique. \'ous verrez que ce ne sont pas des mots, mais des faits.

Longtemps étoufTé par une civilisation factice, par une conspira-

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tion criminelle, le tempérament ethnique des populations autochtones se ranime et prend en plein soleil une place qui ne lui est plus dérobée ni marchandée.

L'art populaire du vi'', du vii"^ et du vni'' siècle, nous le savons, déjci surabondamment par les fibules, n'était pas la dégénérescence de l'art romain.

Il n'en était pas l'imitation ni la conséquence.

Il en était, au contraire, avant tout, la négation, la bravade, l'in^ soient et provocant mépris.

C'était une protestation de la conscience indignée.

On imitait tout, on acceptait tout pourvu que le modèle ne fût pas romain.

Je commente par avance les monuments que je vous ferai toucher ce s^r.

A côté du luxe et de la richesse de l'art romain, de l'art antinational qui s'étalait chez nous, introduit par la force, entretenu par la plus injuste des organisations sociales, par la plus ignoble des combinaisons d'intérêts, dans un monde qui finit au milieu d'une abjecte pourriture, que voyons-nous apparaître tout d'un coup : un art tout nouveau, radicalement différent, tout modeste, incomparablement pauvre et misérable, sans aucun trait d'union avec le style occidental du passé.

Les modèles romains ne manquent pas cependant.

Le sol en est couvert ; on en est entouré. Ils s'offrent à tous les regards au vi" siècle comme au xix''.

Le Français chrétien et pauvre, une fois qu'il est débarrassé de toute pression, aime mieux tout ignorer que de rien devoir à un passé qui lui fait horreur.

Dans le seul luxe qu'il se permette, à savoir quelques ornements estampés sur un cercueil de plâtre, le prolétaire parisien ne veut pas dormir son dernier sommeil sous la flétrissure d'un signe païen ou romain.

Il estampe et reproduit à satiété des modèles qui lui sont venus d'Orient avec les reliques de quelques martyrs. Il les altère par des interprétations et des surmoulages successifs. Il les copie, sans les comprendre toujours, graphiquement. Mais, quand les modèles orientaux et syriens lui font défaut, il aime mieux créer une œuvre

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enfantine et grotesque que de surmouler les plus beaux motifs décoratifs de Tart romain qui sont cependant sous sa main.

C'est une haine de race qui se trahit. Les riches avaient été moins difficiles ; les sarcophages de marbre des ateliers d'Arles n'avaient pas proscrit l'intervention de lart païen et romain.

Voilà le grand enseignement que renferme le Musée Carnavalet, qui ainsi se trouve bien être par excellence le Musée de la Révolution.

On avait cru ne le dédier qu'à l'histoire de la Révolution française qui, elle, n'était qu'une révolution politique.

Il est devenu, sans s'en apei'cevoir, le Musée d'une Révolution bien plus grande, bien plus auguste, bien plus respectable, qui s'appelle le christianisme et qui celle-là est une Révolution sociale, dont nous sentons encore les elfets bien que nous ne sachions pas toujours en discerner les causes.

Quatrième élément: Félément barbare. — II nous sera souvent assez difficile de séparer cet élément de son premier amalgame avec l'art byzantin et néo-grec.

Je n'ai pas à revenir sur ce que je vous ai dit des Goths et des Wisigoths d'une façon générale ; mais seulement au point de vue particulier parisien.

La vieille basilique de Saint-Vincent, devenue plus tard Sainl- Germain-des-Prés, fut fondée sous une influence néo-grecque, byzantine ou plus exactement byzantino-barbare, sous l'influence wisigothique.

Dom Bouillard débute ainsi dans son Histoire de Saint-Germaindes-Prés :

« L'abbaye de Saint-Germain-des-Prés est un illustre monument de la piété et de la magnificence de Childebert, fils et successeur du grand Clovis.

u II la fonda quelques années après avoir fait la guerre en Espagne à Tendis, roi des \'isigoths, ennemis mortels des Français. Glotaire, frère de Childebert, se joignit à celui-ci, les deux fils de Clovis s'emparèrent de l'Aragon et assiégèrent Saragosse,

w Les deux rois promirent de laisser les Visigoths en paix à deux conditions : l'une que l'ariauisme serait entièrement banni de l'Espagne ; et l'autre qu'on leur donnerait la tunique de saint Vincent.

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— Childeberl apporta la tunique à Paris avec beaucoup de solennité. Quelque temps après il résolut de bâtir une église pour y mettre cette sainte relique et une grande croix qu'il avait apportée de Tolède. « » Cette croix était d'or et d'un grand prix, tant par son poids que par le nombre et la grosseur des pierreries qui en faisaient l'ornement (Gislemar, Vie de S. Droclovée) ».

Je vous ai expliqué depuis trois ans comment et pourquoi les Wisigoths furent les porteurs de la culture byzantine.

Comment furent-ils les porteurs de cette culture? Rappelez- vous les monuments de la Bourgogne, des Pyrénées-Orientales, des Hautes- Alpes, du Languedoc et de la Provence. — Bandes dites lombardes, arcatures, sarcophages du Sud-Ouest, grammaire de l'ornement. Si, à propos des bandes lombardes, nous ne constatons leur présence qu'au xi*' siècle, c'est que les monuments antérieurs qui avaient conservé simplement la tradition transmise par les Barbares avaient disparu.

Pourquoi furent-ils les porteurs de cette culture? Réponse :

Rapports directs et immédiats des Goths avec l'Asie-Mineure et avec la Syrie. Les premiers apôtres des Golhs furent des Orientaux et des Syriens. Ulphilas, le grand évoque des Goths, alla plusieurs fois à Constantinople.

«Dès le règne de Constantin, un évoque syrien nommé Audœus, qui enseignait les erreurs des quatuordécimans et des anthropomorphites, exilé pour sa résistance au concile de Nicée, s'était enfoncé dans le pays des Goths où il avait fondé des églises et des monastères. » (Ozanam, La civilisation chrétienne chez les Francs, éd. 12% p. 36).

Saint Jean-Chrysostome pressait de ses efforts le grand ouvrage de la conversion des barbares , dont le spectacle le ravissait : il y voyait les prophéties accomplies, et, selon la parole d'Isaïe, les loups devenus dociles et les lions domptés. Par ses soins, les Goths eurent à Constantinople leur église nationale et les saints mystères y furent célébrés en leur langue. Ceux qui campaient au nord de l'empire lui envoyaient un diacre chargé des lettres de leur chef et voulaient recevoir un évêque de ses mains (Ozanam, La civilisation chrétienne chez les Francs, p. .3'2j.

L'église des Goths adressa à celle de Cappadoce qu'elle honorait

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comme sa métropole, une lettre comparable à celle des chrétiens de Lyon aux chrétiens de Smyrne (Ozanam, La civilisation chrétienne chez les Francs, p. 30).

Les Goths avaient toutes sortes de communications directes avec l'Asie-Mineure et avec la Syrie. Tandis que plus tard les Goths de rinvasion se laissaient gagner par Tarianisme, on voit une autre partie de ce peuple, restée sédentaire au nord delà mer Noire, persévérer dans l'orthodoxie. Deux de ses prêtres, Sounia et Fretila, écrivent à saint Jérôme et le consultent sur les variantes de la Vulgate et de la version alexandrine. Le solitaire de Bethléem admire ce zèle des écritures; il ne voit pas sans émotion les blondes armées des Gètes portant avec elles leurs sanctuaires mobiles et les dressant comme le tabernacle au milieu du camp dTsraël.

Si, sans vouloir tenir compte de tout ce que je viens de vous dire des influences prédominantes en Gaule du prince des arts barbares (je veux parler de Vart cfoth), vous m'objectez que l'art à Paris était plutôt franc que goth, je répondrai :

Le tempérament de l'art franc était le même tempérament que celui de tous les barbares avec un sens d'intransigeance en plus. Nous l'avons étudié dans les manuscrits et dans les fibules. Il est peu diflerent du sentiment de l'art w^isigoth et de l'art burgonde.

Quand les influences exercées par l'art oriental et néo-grec pendant les temps mérovingiens et carolingiens et portées dans toute la Gaule par les barbares, en dehors et à côté des communications directes, commençaient peut-être à s'afl'aiblir, — le vent se mit à soufller de nouveau avec violence dans la même direction.

Le bienheureux Guillaume de Verceil, de race gothique [Sueviis ou Suédois), après avoir, à Cluny, à Dijon, en Normandie, introduit la main d'œuvre italienne et l'architecture byzantine barbare (nous le savons par des textes et je vous l'ai prouvé par des monuments), vint en personne, à la prière du roi Robert, s'installer à Paris pour y organiser la réforme matérielle et morale de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Ce réformateur religieux, doublé d'un constructeur et d'un artiste que vous connaissez déjà par la leçon sur l'art du xi" siècle en Bourgogne, ce puissant organisateur auquel plus de quarante monastères français obéissaient au moment de sa mort, en 1031, n'a pas dû se

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rendre à rinvitation du l'oi Robert sans profiter des dispositions favorables de celui-ci.

Son action si puissante à Dijon et en Normandie, où nous le retrouverons bientôt, ne put pas être nulle à Saint-Germain-des- Prés, dans le premier tiers du xi" siècle, au moment où la basilique était reconstruite. Nous rechercherons les traces de cette action. On a donc eu tort de nier la vraisemblance de tout contact de l'art roman du xi" siècle avec l'école italienne de la Lombardie. Guillaume ne dut pas se comporter à Paris autrement qu'il se comporta à Cluny, à Dijon et en Normandie.

Tout cela n'est pas de nature à faire nier l'existence de tout rapport avec le style lombard.

Vous voyez qu'à Paris, de toutes manières, l'art est obsédé de préoccupations orientales et soumis à des pressions néo-grecques et byzantines, même sous leur forme barbare.

A propos de Paris, je dois dire deux mots du roi Robert (996- 1631).

Le règne du roi Robert fut certainement le témoin de la construction d'un très grand nombre d'édifices religieux.

C'est sous le règne du roi Robert que se fît la propagande de certains éléments de décoration et de certains principes, de certains procédés que nous suivrons à la trace en démontrant à qui il faut en attribuer l'importation.

Rappelons que Constance de Toulouse fut la femme de Robert, après que Berthe, la princesse bourguignonne, eut été répudiée par ordre du pape Grégoire V.

Constance était fille de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse. Elle remplit la cour de France, au dire des historiens, d'Aquitains et d'Auvergnats, qui apportèrent leurs costumes, leurs mœurs, leurs manières de vivre et leurs arts.

Je signale ce fait : il est absolument contemporain du développement de la manière de bâtir en pierre qui se révéla, suivant Raoul Glaber, à partir de l'an 1003. La blanche robe des églises dont il parle pourrait bien avoir été taillée dans une étoffe tirée du Midi.

N'oubliez pas que c'est sous le règne de Robert que se produisit le grand mouvement de renouvellement universel signalé par Raoul Glaber.

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Ne nous étonnons donc pas si nous retrouvons, dans l'analyse de rensemble de Tart du commencement du xi^ siècle, certains éléments venus du Midi, tout en restant barbares.

La présence dans le Nord de deux reines de France, élevées et nourries au sud de la Loire, n'était pas faite pour diminuer l'influence gothique et néo-j^recque ressentie par toute la F'rance, même par la France du Nord, par l'Ile-de-France et dans le lieu de séjour par excellence des fondateurs de la monarchie mérovingienne dès le vn", le vni^ et le ix"^ siècle.

NOTES COMPLÉMENTAIRES

L'abbaye de Saint-Gcrmain-des-Près a été détruite cinq fois sous les Normands avant d'être reconstruite sous le roi Robert, en même temps que les abbayes de Bernay et de Jumièges (1023-1031). Il reste de vieux débris de la basilique de Cliildebcrt qu'on avait jetés et abandonnés à Saint-Denys ; ils sont très cuiieux et ornés d'une croix analogue à djUe que l'on voit sur un des chapiteaux du musée de Nantes. — Des corbeaux sont couverts d'entrelacs.

Quelques chapiteaux postérieurs, datant de la première moitié du xie siècle, trahissent une influence gallo-romaine; ils sont ornés de figures (Dieu bénissant, centaures); ces représentations, bien que fort grossières, sont d'un esprit tout à fait latin.

Sur certains chapiteaux, l'élément végélal domine avec des palmettcs de physionomie gréco-orientale, sans rien de corinthien.

Sur la tombe de l'abbé Morard, on a trouvé un bâton très orné, faisant olTice de crosse, décoré d'entrelacs carolingiens.

La basilique Sainte-Geneviève, construite par Clovis après la victoire de Vouillé (oOô), avait des frises (fragments conservés à l'école des Beaux- Arts) ornées d'entrelacs pareils à ceux qui se rencontrent sur les parapets en Lombardie. Il y avait aussi des animaux fantastiques dans le style des bronzes de Bernward d'IIildesheim. — Une autre frise représentait le zodiaque; il y en avait un dans beaucoup d'églises du xi« siècle. Les l'eprésentations des mois sont restées les mêmes. — Une série de chapiteaux à enti-elacs, combinés avec des oiseaux et des palmettes orientales, est si belle qu'on pourrait la dater du xii" siècle.

Dans les tombeaux en plâtre de ce Musée Carnavalet, survivances celtiques ; stries contrariées en zigzags (comparer les tombeaux de l'Ouest, ceux de Poitiers, Angers, Cologne ; le guerrier Gaulois du Musée d'Avignon).

GuiLHEiniY. Ilinéraire archéolof/if/ue de Paris. Eglise de Saint- Germain-des-Prés.

DoM BouiLLART. IHstoire de Saint-Gerinain-des-Prés.

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