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Mesdames, M^ssieius,
Je veux prouver surtout aujf)urcrhui la communication avec le Nord ; prouver l'existence certaine de modèles choisis dans l'art barbare par les prétendus « Romans. » Prouver, enfin, dans une certaine mesure, l'existence d'un art saxon et d'un art normand, comme disaient les vieux auteurs dont les pédants du xix'^ siècle se sont tant moqués.
On remarquera le caractère j^^énéral d'intransigeance du g'oût normand, c'est-à-dire du goût barbare en Normandie.
\'oilà ce qui devra vous frapper dans l'étude spéciale que nous allons l'aire.
Il faut observer et constater la remarquable imperméabilité du goût barbare en Normandie, sous la pression de l'art classique.
C'est en Normandie et dans l'Ouest de la France comme dans le Nord que se révèle le mieux le tempérament des races nouvelles, ignorantes ou dédaigneuses du passé latin et romain, du passé classique.
L'art moderne s'y développe à partir du xT' siècle presque comme si l'art classique n'avait jamais existé.
Cependant la Normandie n'a pas été totalement indemne, pas plus
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que loute autre province de France, de toute inj;érence latine et f^allo-romaine.
A propos de certains fragments retrouvés sous les murs de Baveux et à propos de HucqueA'ilie et de Hoscherville, je ferai le compte de cette iniluence. Mais cette iniluence, pour être perceptible, n'est pas rinfluence dominante, loin de là!
En Normandie, comme dans les provinces de TOuest, on sent mieux qu'ailleurs que l'art roman n'est pas sorti de l'art romain.
C'est là qu'on peut comprendre loute la valeur des autres facteurs de l'art roman, de cet art roman qu'on avait de bonnes raisons autrefois d'appeler, à un certain moment, art normand et saxon avant la vulgarisation des théories romanistes.
Ces autres facteurs principaux que nous verrons agir sont : 1° Wirt bijzanlin ou uéo-(/rec reçu directement ou par transmission gothique, wisigothe et lombarde ; l'art byzantin de la Méditerranée, de l'Alexandrie chrétienne et de l'Egypte copte : exemple à Gournay ; 2° l'art oriental venu des sources les plus reculées de l'extrême Orient, venu de la Perse, surtout de l'Inde; vous entendez bien, de l'INDE : exemple et preuves à Bayeux ; 3° l'art barbare commun à toutes les races indo-germaniques, l'art populaire de l'industrie du vêtement et de la parure : preuves partout; 4° l'art autochtone de la Gaule, art autochtone pré-romain, qu'on appelait autrefois celtique et à qui je laisserai ce nom pour que nous puissions nous comprendre : nous l'étudierons surtout en Bretagne; 5° l'art de la charpenterie barbare dont nous trouverons les traces très manifestes dans la décoration des églises de l'Ouest, mais dont nous constaterons à Thaon et dans les chapiteaux cubiques de la Normandie des inspirations certaines ; 6" l'art de la décoration irlandaise et anglo-saxonne, qui se confond quelquefois avec l'art de l'extrême Orient et avec l'art syrien et se mélange à l'art pré-romain de la Gaule, Nous établirons ce fait à propos de certaines sculptures conservées à Caen et provenant d'h^vrecy.
Chacun de ces coeiîicients individuels ne se présente presque jamais à l'état de pureté complète.
Vous devez isoler avec nous ces principes pour les connaître dans leur essence.
Il faut d'abord que je vous donne la sensation du milieu nor-
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niand. Il faut que je vous plonge en quelque sorte clans un bain rempli de tous les principes subtils de Tesprit nouveau, de l'esprit barbare, tel que le mélange des races et les événements de l'histoire l'avaient l'ormé en Xorniandie au xi" siècle.
Ces événements de l'histoire, vous devez les connaître; je vous en ai fait un résumé dès la première année de nos entretiens sur les origines du style gothique.
\'ous savez qu'avant d'être le siège principal de populations danoises arrivées en France pendant le ix« siècle et lixées chez nous pendant le x'', la plus grande partie du littoral français de la Manche s'appelait Lillus Snxonicum.
Je vous ai parlé de celle première incubation, de celle première éclosion germanique et Scandinave sous le soleil de la Gaule, éclosion qui se produisit dès le vi'' siècle (\'oyez Aug. Longnon Géographie de la (i,iuk\ nu VI^ siècle).
Je vous ai parlé des origines ethniques des Normands et des principes de leur culture nationale.
Je vous ai cité de nombreux passages du livre de M. Steenslrups.
•Vous savez ce que nous avons demandé de révélations à Saxo (iramniHlicus et à Diidon de Saiiil-Qiientin qui écrivait précisément au xi^' siècle.
Que les personnes qui n'ont pas assisté à nos pi^emières leçons s'empressent de lire l'excellenl petit résumé donné par M. Langlois dans ses Lectures historiques, chez Hachette.
Nous n'aA'ez ^as oublié que dans toute la Normandie, mais surtout à Baveux, on parlait encore le danois au xi'" siècle.
Vous allez voir que ce que l'histoire nous a aj)pris n'est pas démenti par les témoignages de l'art cl de la décoration archileclonique. Cette décoration n'a pas cessé d'être en rapport avec le sentiment populaire de la nation.
Les livres eussent-ils disparu, on pourrait reconstituer les annales normandes et relire l'histoire de cette province dans les monuments.
Les monuments de Normandie sont couverts de dessins empruntés aux libules anglo-saxonnes ou aux manuscrits, de zigzags, si aimés des Barbares, par exemple à Granville, de têtes de monstres mordant la colonne (à Saint-Contest, à Mouen, près de Caen),
survivance indéniable de l'art de charpentier dans lequel les poutres sont souvent entrées dans la gueule de quelque animal fantastique.
L'élément grotesque nest pas rare non plus; à Saint-Germain de Pont-Audemer, à Pontorson, il y a des représentations de figures humaines tout à fait extraordinaires, des monstres^ androcéphales avec des trompes enroulées, des bases qui ne sont que chapiteaux retournés. Le sentiment de la base est tout à fait perdu.
Les modillons sont ornés de têtes grotesques ou empruntées aux fibules; les stries que Ton remarque sur quelques-unes de ces tètes se retrouvent dans des monuments indiens. Rien n'égale la fantaisie déployée dans ces modillons (musiciens jouant dun instrument, tètes presque assyriennes et de belle expression, monstres diiïormes, personnages se tirant la barbe, mufles grimaçants aux yeux écarquillés, ornés de moustaches énormes, etc.). Le sentiment populaire de l'époque se traduit dans ces modillons. Les décorateurs et ornemanistes qui les exécutaient n'étaient pas les artistes savants qui avaient tracé le plan de l'église, et quand ils travaillaient tout en haut des murailles, ils saliandonnaient pl|is librement à leur instinct et à leur verve.
Les tètes plates ne sont qu'une variété de modillons, mais cette variété prend une certaine personnalité dans l'emploi qu'en firent les artistes romans pour la décoration des archivoltes et des portes d'église (fig. 27). En Normandie, comme en Angleterre, l'emploi en fut d'une fréquence extrême et dune intarissable fantaisie. Toutes ces têtes procèdent de l'orfèvrerie barbare et de l'art des fibules (exemples à Fontaine-Henry, à Caen, à Bretteville, à Mouen, etc., etc.). Fii;. -/. — Tète plato. | ^^ (^-.jç ^.ç fléforme quelquefois et
devient une espèce de triangle terminé par un long ne/. : cela procède encore directement de ces fibules, que les Barbares portaient attachées à leurs vêtements et qui tenaient à leurs instincts les plus impérissables de tempérament et de race.
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Dans d'autres monuments, les tètes plates se déforment encore ; la figure disparaît complètement et devient un coin ou une espèce de palme (Exemples à Serquigny, Granville, Evreux, etc.). Ces arrangements ont atteint quelquefois un rare degré de raffinement et d'élégance.