L'ART LATIN CHRETIEN
Messieurs.
Nous avons achevé, mercredi dernier, de passer rapidement en revue le coefficient de l'art latin païen. Nous allons étudier aujourd'hui le coefficient de Vart latin chrétien. C'est, comme vous l'imaginez aisément, une des sources principales du style roman. Nous aurons à l'analyser longuement. Je vous parlerai d'abord des monuments ultramontains. Le mouvement de l'art latin partit en effet du cœur de la capitale du monde, et se répandit ensuite dans tout le bassin de la Méditerranée. Nous terminerons plus tard par la Gaule.
I^a période d'art que nous a\ ons à connaître est une de celles qui sont le mieux comprises et qui ont provoqué le plus de recherches.
Vous avez sous les yeux quelques-uns des principaux recueils où est réunie et reproduite une masse énorme de documents graphiques. Il faut que vous appreniez à les connaître et à les manier. Pendant tout le temps que je parlerai de l'art latin chrétien, il faut que je puisse supposer que vous avez lu, manié et consulté les ouvrages dont quelques volumes sont sur cette table.
Les Catacombes, de Perret.
L'Histoire de l'art chrétien, du Père Garrucci,
90 l'art latin ciirltien
Le Bnllelin crarchéologie chrétienne^ de M. de Rossi.
Le Dictionnaire des antiquités chrétiennes, de Tabbé Martigny.
L' Histoire de V art par les monuments par Seroux d'Agincourt.
Le Catalogue de la Collection Basileivski.
La foi chrétienne au IV^'' siècle, études d'iconographie religieuse, de M. Marignan.
Ces livres resteront ici à votre disposition aujourd'hui de 2 heures à 4 heures.
L'art chrétien ne pouvait pas être autre chose que la continualion de l'art païen. Je vous conseille de lire les pages judicieuses que Burckhardt a consacrées à l'appréciation de lart chrétien dans son Cicérone, 5'' édition, trad. p. Aug. Gérard, "2 vol. in-S"
A'oici quelques considérations que je crois utiles de vous signaler :
« La sculpture antique, lorsque le christianisme la prit à son service, était déjà tombée dans une décadence profonde. Depuis la fin du second siècle, elle n'était plus guère qu'une répétition, sans vie, des types anciens, et, dans l'ensemble, le travail d'exécution avait étrangement dégénéré. L'amour du colossal, le goût des matières précieuses ou extraordinairement dures avait fait sacrifier la fin idéale à la recherche des moyens et de l'habileté technique; la chute et l'écroulement de la religion païenne avaient fait le reste. En tout cas, au temps de Constantin, la sculpture ne pouvait plus créer un seul type chrétien qui pût souffrir la comparaison avec n'importe quelle statue de divinité de la bonne époque. Peut-être était-ce conscience secrète de cette impuissance, peut-être aussi défiance à l'endroit d'un art si cher au paganisme, peut-être encore était-ce égard à la loi de Moïse. — En tout cas la sculpture religieuse renonça presque entièrement aux statues. «
Il faut classer à part les différentes séries de monuments. Je veux d'abord me débarrasser des séries secondaires : Terres cuites — Ivoire — Petits bronzes.
Terres cuites. — Comme type de la plastique chrétienne je vous signale les Lampes de terre cuite avec la Croix, le Chrismeou le Poisson (fig. 3). Les lampes chrétiennes' sonl les mêmes partout
1. Voir dans \c Bullel Lino di Archeologia Cfiristinn.i [annôc 1S67) !rois articles de M. de Rossi sur les lampes chrétiennes. — Voir éjjalemenl des lampes chrétiennes dans Perret (Tome IV) et dans le ca(alof;:ue lîasiknvsky.
L ART I.ATTN CHRETIEN
en Italie, en Afrique, en Gaule. Gela provient de ce qu'il n'y avait qu'un certain nombre de centres industriels qui fournissaient tout Tunivers. Il n'y a donc presque pas d'intérêt à distinguer les pays où se font les trouvailles.
Fig-. 3. — Lampe chrétienne trouvée à Poitiers.
Ivoires. — Les usages de la primitive Eglise trouvèrent à l'ivoire un emploi. La communion n'ayant point le même caractère à l'origine que celui qu'elle a pris dans la suite, les chrétiens avaient l'habitude de garder dans l'église, dans leurs oratoires et même chez eux, des fragments du pain dont la fraction était la cérémonie typique du culte nouveau. L'ivoire était essentiellement apte à fournir la matière des boîtes' destinées à conserver ces eulogies.
Le musée de Gluny possède plusieurs spécimens de ces boîtes. L'une (n° 10.33) est ornée de motifs empruntés aux sarcophages des premiers siècles du christianisme. Les sujets sont les suivants : La