‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 2)Chapitre 23 sur 140 · I.A SCrLPTTRE KN (.AILK · texte numérisé non relu

I.A SCrLPTTRE KN (.AILK

Nous allons aujourd'hui étudier la sculpture chrétienne en Gaule et passer en revue les principaux monuments qui nous la font connaître.

Autels dks premiers temps ciirétiens en Gaule. — Autel du Ham, table en pierre chargée d'inscriptions, déposée à la Bibliothèque de Valognes et que M. de Caumont a décrite dans son Cours dWntiquités, t. VI, p. 137 et suiv. C'est une table en pierre, d'un seul morceau, bordée d'une moulure saillante et portant une inscription attestant qu'elle avait été érigée au vn** siècle sous l'épiscopat de Saint-Fromont, évêque de Coutances. (Gravure dansl'A/ject'claire de Caumont. Arch. Relig., p. 43.) Une croix ancrée </rarc'e au trait orne le centre de la table; des croix nimbées occupent chaque angle de la partie concave de cette table. Tous les autels anciens ont, comme celui du Ham, un encadrement saillant. C'est, ainsi que l'a l'ait remarquer M. de Caumont, un caractère certain des autels antérieurs au xi»^ et au xii"^ siècle (fig. 5).

Fi};. 5. — Partie de l'autel du llaoï.

Au musée du Temple Saint-Jean à Poitiers, table d'autel chrétien en marbre blanc découverte en 1880 chez un marbrier de Poitiers. Elle provient de l'ancienne église de Vouneuil-sous-Biard et mesure l"'.'i7 de longueur sur 76 centimètres de largeur et 15 centimètres d'épaisseur. La surface est encadrée d'un liiet et de deux gorges et légèrement creusée à une profondeur de 3 centimètres. Elle est ornée de cinq croix de consécration gravées aux angles et au centre. Elle est couverte d'une multitude de gralïites gravés rapidement à la pointe, rappelant les noms des pèlerins qui sont venus prier à cet autel. On remarque, parmi eux, les noms de Maiuardus, Gimbaldus, '

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Berengarius, Aimericus, Ilaria. Ce monument remonte probablement au V'' siècle (Voir un Mémoire de Mgr Barbier de Montault dans le Bnllelin de la, Société des Antiquaires de VOuest, premier trimestre de 1880, et les deux planches qui raccompagnent).

Table d'autel de Rodez. — u J'ai donné, ditCaumont, Abécédaire p. 78, le spécimen d'un autel du vti'' siècle (celui du Ham); je puis offrir la table complète d'un autre autel conservée dans la cathédrale de Rodez. On lit sur le bord de cette table : Deus dédit, episcopus indignus fierijussit haiic arani. L'évèque Dieudonné vivait au vi" siècle ; mais on croit que cette table d'autel a été refaite. C'est toujours un monument du plus haut intérêt que les explorateurs ont été plus portés à attribuer au ix*^ siècle qu'au m''. On voit au musée de Rodez quatre colonnes en marbre très élégantes, qui portaient cette table d'autel avant qu'elle eût été déplacée. »

A signaler également un autel du vestibule de la crypte de Sainte-Marthe de Tarascon. Cet autel, très étroit, est porté sur quatre colonnes et un pivot central.

Au musée Borelly à Marseille, se trouve une table d'un autel chrétien des premiers siècles. C'est un exemple de la sculpture mérovingienne très châtiée. Il faut insister sur la valeur de cette sculpture qui est grecque de style (ne pas oublier que l'inscription est en grec).

(tram)S cimetières chrétiens e\ gaule. — Ce sont les sarcophages qui, plus encore que la décoration architectonique, nous renseigneront sur l'état de la sculpture en Gaule pendant les premiers temps chrétiens.

La Gaule possédait de nombreux cimetières très célèbres qui avaient besoin d'être approvisionnés de sarcophages.

Les tombes d'Autun sont célèbres dans la légende comme dans l'histoire. Grégoire de Tours nous parle de leur amoncellement au Polyandre de Saint-Pierre-l'Estrier qui a donné à la science de précieuses inscriptions chrétiennes. Grégoire parle des merveilles qui s'y produisaient sous les yeux des fidèles ; il nous dit un miracle accompli lorsqu'on mit saint Cassien au sépulcre. — De gloria confessnrum (cap. 73 à 75). Un de ces monuments a probablement survécu : c'est le sarcophage de Saint-Francovée,

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Le même Grégoire de Tours [Gloria Coufessorum cap. 35 et 42) mentionne au a'i*' siècle, à Dijon et à Clermont, d'anciens sarcophages : marbres de Paras, dit-il, merveilleusement sculptés et représentant les miracles du Christ et des Apôtres.

\'oil<i donc l'existence de ces pièces dûment enregistrée au vi" siècle par celui qu'on a appelé le Père de notre histoire.

A Narbonne existait une nécropole nommée Embolas ; à Bordeaux, Saint-Seurin.

Au musée de Clermont, fragment d'un sarcophage chrétien d'un assez beau style. — Inscriptions chrétiennes du vi'' siècle. Décoralion de deux colombes buvant dans des calices sous deux arcades.

A Arles, les Aliscamps. — Grande allée des tombeaux à gros et lourds couvercles bombés, en dos d'âne ou plats, munis de quatre ou six oreilles. — Imhrices terminées par une antéfixe. Majestueuse allée des Aliscamps. Longues lignes de sarcophages rangés sur trois rangs. On dirait un dortoir d'hôpital. L'histoire y sommeille.

L'impression causée par la vue de ces cimetières apparents et par les monuments hors déterre, a été énorme dans la littérature et la pensée du moyen âge.

A Marseille, crypte de Saint-\'ictor. On voit dans cette crypte une construction antique. Ce sont de grands arcs à beaux claveaux extradossés. Un arc au moins est antique. Grotte taillée dans le roc. Ce sont bien là de véritables catacombes. On y remarque de véritables loculi taillés dans la pierre, comme à Rome, ils sont taillés dans la Pouzzolane. Sarcophages aussi superposés les uns aux autres. C'est vraiment très ancien et bien semblable aux catacombes de Rome. Les grappes de vigne placées sous l'intrados d'un arc près de la grotte dite de Saint-Lazare ne sont pas mérovingiennes. C'est plutôt antérieur, car le relief est très fort et très ressenti. Aux temps mérovingiens, la sculpture aurait bien moins de saillie. En résumé, l'abbaye de saint-\'ictor fondée au commencement du vi*^ siècle n'a fait probablement que consacrer l'existence d'un hypogée antérieur.

« Deux cent quatre-vingt-quinze sarcophages ou débris, tombes sans couvercles, couvercles sans tombes, voilà, dit AL Le Blant, [Sarcophages Chrétiens de la Gaule, Introd. p. xvn-xvni) ce que j'ai pu relever de monuments, seuls types de notre sculpture chrétienne du iv'' au vi*^ siècle.

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