‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 2)Chapitre 24 sur 140 · LA SCULPTURE EN GAULE · texte numérisé non relu

LA SCULPTURE EN GAULE

« En étudiant autrefois nos premières inscriptions chrétiennes, j'ai montré que leur répartition dans l'étendue de la Gaule y jalonnait, si Ton peut dire ainsi, la marche, le progrès de la foi nouvelle. »

Le iv" siècle, vers le milieu duquel se rencontre pour la première fois une épitaphe à date certaine, ne nous fournit que quatre monuments épigraphiques ; le v'^ en compte cinquante-quatre ; le vi", cent trente et un; il n'en est que vingt pour le vu". On peut donc penser que nos premières inscriptions chrétiennes dépourvues de marques chronologiques se répartissent de même dans les âges et que le plus grand nombre d'entre elles appartiennent au vi^ siècle.

Ce qu'on a dit des inscriptions peut se dire des sculptures. Cependant il ne faut pas oublier qu'on a cessé de sculpter vers le vi" siècle.

En Gaule, le plus ancien des marbres chrétiens datés appartient à l'an 334 (Le Blant, Introcl. des inscn'plions chrélieniies de la Gaule.). Mais on peut, à l'aide de certains signes, arriver à fixer l'époque d'exécution de quelques monuments. Un relevé chronologique de l'ensemble des symboles gravés sur nos monuments dépigraphie chrétienne antérieure au vni'" siècle, permet d'estimer l'âge des inscriptions dépourvues de dates sur lesquelles ils se rencontrent souvent. M. Le Blant en a dressé le tableau.

Symbole de l'Ancre : C'est tout ce qu'il y a de plus ancien.

>^ de l'an 347 à l'an 493.

A Cû de 377 à 547.

Colombe, 378 à 612.

^ de 400 environ à 52.'^ ou 5 40.

3 Épitaphe delà façade de l'église Saint-Martin.

^'ase, de 450 à 563.

Poisson, de 474 à 631. ,-,■ „

Vous avez vu ce qu'étaient les sarcophages, c'est- Couvercle de sar- , , • , , • 1 I 1 1 ■ ' - copha^e avec le

a-dire les auges de pierre ou de marbre destinées a chrisme trouve

former les tombeaux. Quand ces tombeaux étaient P''V* 'i^.,^ ?f^^'^^ . . baint-Hilaire de

apparents, ils étaient ornés de sculptures'. Poitiers.

1. Ils étaient, à l'origine, aussi bien en Gaule qu'en Italie, placés à découvert soit sur de petits édicules soit dans des églises et des chapelles, soit enfin sur des arcades, dans des cryptes ou des caveaux funéraires.

loi LA SCILPTURE EN GAUl^E

Je VOUS ai montré comment les sarcophages étaient décorés clans Técole de sculpture de Rome.

Il y eut, dans le monde occidental, quatre écoles principales de sculpture de sarcophag-es.

1" L'Ecole romaine qui exporta ses productions dans tout le bassin de la Méditerranée et surtout dans tout TOccident.

2° L'Ecole de Ravenne, que nous étudierons à part en la rattachant à l'art byzantin, ce qu'on n'avait pas tenté jusqu'à présent. Je vous montrerai, en eiret, que Vécole latine pure n'est pas restée longtemps maîtresse des idées en Italie. Je ferai voir de bonne heure, en Italie, la part de l'influence grecque et orientale, aussi bien dans la sculpture que dans l'architecture.

3" Au nombre des principales Ecoles de sculpture qui fournirent la Gau^e de sarcophages, il y eut l'Ecole d'Arles que je vous ai déjà signalée et que nous étudierons principalement aujourd'hui. On retrouve ses produits dans toute la France.

Elle est restée purement romaine et latine.

4° Enfin, il y eut l'Ecole du Sud-Ouest, école qui au point de vue de ses origines et de ses inspirations, a été bien à tort confondue ou mélangéejusqu'à présent avec l'Ecole d'Arles et avec l'Ecole romaine. Les archéologues ne se sont pas assez aperçus de la nécessité absolue qu'il y a d'enlever à l'Ecole latine pure la vaste entreprise de fabrication de tous les sarcophages du Sud-Ouest.

Je vous démontrerai que cette école du Sud-Ouest, loin de participer du style latin de l'h^cole d'Arles et de Rome, rappelle au contraire le style bvzanlin de Ravenne et se rattache par un contact ])lus ou moins direct à l'art chrétien de l'Orient. Ce point de fait est très important à mettre en relief.

L'interprétation symbolique des sujets est quelquefois dangereuse. Cependant la décoration de la sculpture des sarcophages vécut de symbolisme. Dans lespremiers siècles du christianisme, les mosaïques, les peintures murales et les sculptures des sarcophages représentaient souvent le Christ, les Apôtres et d'autres personnages, tantôt sous leur forme véritable, tantôt sous diverses formes emblématiques dont l'usage fut conservé à partir du V siècle.

M Ainsi, dit M. de Caumont [Abècêdnire d'Archéologie, Arch. Belixj. p. 39), le Sauveur est souvent figuré par un Agneau élevé

LA SCrM'TlRK EN GAVLE

sur un tertre d'où sortentquatre fleuves et auquel rendent hommage douze autres moutons représentant les douze apôtres. L'Agneau seul avec la croix représente Jésus-Christ. Tout le monde sait que la figure du Bon-Pasteur, portant un agneau sur ses épaules et tenant à la main la houlette ou pediim, est l'image de la communauté chrétienne. Le hœuf, l'ange, l'aigle et le lion furent très anciennement les symboles des quatre évangélistes.

Plusieurs autres animaux expriment des idées symboliques. Los colombes sont prises pour l'image de la pureté et de la douceur chrétienne. Le paon et le phénix sont l'emblème de l'immortalité de l'âme et de la félicité éternelle. Les cerfs ou les daims qui viennent se désaltérer à une fontaine figurent les chrétiens aspirant aux eaux vivifiantes. J^es poissons étaient l'emblème de la qualité du chrétien.

O n'était point seulement par la parole que le fidèle confessait sa croyance; les images, ces livres des illettrés, servaient encore à la faire éclater.

Parmi les représentations diverses qui attestent la foi de nos pères dans la Renaissance du corps, il en est deux que je dois signaler : le mort figuré debout et en prière; Daniel qui annonça la résurrection et que Dieu délivra des lions comme il nous a sauvés de la mort (E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, tome II, n° 467, p. 165).

Il faut examiner soigneusement la sculpture des premiers temps chrétiens; elle a reçu quelquefois l'empreinte de deux époques. *

Les cjirétiens des premiers siècles utilisèrent, pour se procurer des sarcophages, les débris des monuments romains qu'ils avaient à leur portée et s'en firent des tombeaux. A Bayeux, à Poitiers et dans beaucoup d'autres villes, ils avaient creusé des cercueils dans des colonnes milliaires. A Vieux, toujours en Normandie, une frise corinthienne avait été employée de même. A Poitiers, couvercle de petit sarcophage d'enfant taillé dans une statue. Autre sarcophage creusé dans une colonne. A ^Angers se voient des sarcophages et leurs couvercles pris dans des architraves.

Ecole latine des sarcophages de la gaule. — Cette école est surtout représentée par l'atelier d'Arles.

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